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> LIRE LA SUITE <Destins brisés
3 millions de personnes illettré-e-s et autant de parcours projetés dans des impasses. Face aux insuffisances des politiques territoriales, faut-il prolonger les politiques liées à l’environnement par des dispositifs de soutien direct aux personnes ?
L'auteur(e)
Dans une enquête menée sur 10 années concernant "les gars du coin" [1], Nicolas Renahy décrit par le menu l’abandon de 5,6 millions d’ouvriers (plus du quart de la population active) dont une proportion croissante se retrouve en milieu rural ou rurbain.
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Perte des outils de défense (syndicats) et des motifs de "fierté ouvrière" (dévalorisation de soi et salariale), abandon dans l’archaïsme (de la "masculinité") des oubliés du village (ceux et celles qui n’ont pu partir "en ville" comme autrefois la fuite dans le mariage avec les cols blanc par exemple...), abandonnés par les politiques publiques et...l’analyse sociologique.
De ces destins brisés, il ressort le silence de millions de citoyen-NE-s. L’archaîsme culturel et la misère sociale font le reste sur fond de politiques hors des proportions des enjeux.
Plus de 3 millions de personnes illettrées
50% des personnes illettré-e-s se retrouvent à la campagne et l’autre moitié donc, en ville. 3 millions de personnes au total dont une moitié d’hommes de plus de 45 ans dont les causes aggravantes sont des parents eux-mêmes ne lisant pas. On sait que le niveau de diplôme ou celui de la formation initiale sont autant de traceurs des parcours professionnels et plus profondément, des trajectoires de vie.
Il est indispensable de réformer notre enseignement vers des modes moins élitistes et moins anxiogènes : dans ce système, les catégories sociales populaires y laissent plus de plumes. C’est au-delà une condition essentielle pour que la crise urbaine ne soit par trop alimentée par le séparatisme scolaire des familles. Mais il serait vain de faire supporter à l’école la charge de la réduction des inégalités si on n’agît pas sur le milieu environnant.
Changer l’environnement : c’est la piste que se sont données les politiques territoriales ces vingt-cinq dernières années. La piste de la réduction des inégalités en donnant les moyens personnels à l’individu de "partir", suivre un cursus "ailleurs" (dans les bonnes écoles) est souvent négligée par les politiques publiques et probablement sous traitée.
Territoires vs individus ?
Laisser tomber les territoires pour faire la courte échelle aux individus ? C’est plutôt vers un nouveau positionnement des politiques publiques sur le cursus individuel / collectif qu’il nous faut insister.
Des pistes d’action existent et sont mises en œuvre trop timidement pour accompagner individuellement les personnes concernées. Dés la petite enfance, à l’école, des expériences réussies, dont les effets sont suivies sur le long terme démontrent l’efficacité de mesures de soutien personnalisés, massifs et ciblés.
La baisse de seulement 4 élèves par classe en ZEP permettrait, comme l’a démontré récemment l’économiste Thomas Piketty, de diminuer de 40% les écarts de performances entre classes élémentaires de ces zones et les autres.
A l’inverse, la diminution de la durée des études chez les garçons issus des milieux populaires en relation avec la suppression du service militaire [2]a entraîné une baisse des salaires moyens supérieure à 10% alors qu’il est démontré [3]qu’un soutien financier de l’ordre de la moitié d’un SMIC accroît leur probabilité de durée d’étude de 15% et leur premier salaire de 15% par année supplémentaire de scolarité. Pour des gosses assignés à résidence, souvent avec peu de moyens et l’envie de transport, un levier qui pourrait être actionné.
Sur un autre thème, l’aide personnalisé dans la recherche d’emploi pour dépasser le barrage du CV au "délit de sale nom ou de sale gueule" est une solution expérimentée qui donne des résultats probants.
Autre exemple, l’aide individuelle à la recherche du logement, expérimentée à l’étranger peut "changer par capillarité" les territoires en étant directement orientée vers les individus : comment agir sur l’école si un tiers des adolescents vivent dans des logements où vivent plus d’une personne par pièce ?
Cette "nouvelle donne", cette possibilité d’emprunter pour chacun-E des trajectoires qui ne soient pas irréversibles, ne devrait-elle pas être le coeur de notre message social pour ce nouveau prolétariat ?
Bien au-delà de l’égalité des droits, rétablir l’égalité des capacités réelles à construire sa vie, tel pourrait être une feuille de route dépassant les impasses de l’actualité et les limites des politiques de zonage.
[1] Enquête sur une jeunesse rurale, EHESS/ éd. "La découverte", 2005.
[2] La suppression de la conscription a eu des effets négatifs à ce sujet dans la mesure où elle n’a pas été remplacée par un parcours civique par exemple.
[3] Etude du CREST, 2004, confirmée par une autre expérimentation en cours en GB.
Mise à jour le 4 août 2010