CHRONIQUE
Et au milieu coule une primaire
Pierre Gandonnière, 17 octobre 2011

Et au milieu coule une primaire

Les primaires socialistes signent le retour du politique dans la sphère publique. A contrario, elles montrent la grande difficulté des écolos à faire exister les thèmes qui les préoccupent.

L'auteur(e)

  • L’Ecologie de l’Information
  • Contacter Pierre Gandonnière
Pierre Gandonnière

Ecomédias. Journaliste (web, TV, presse), bloggeur (L’Ecologie de l’Information), docteur en science de l’information (...)

> LIRE LA SUITE <

LA POLITIQUE INTERESSE

Primaires “citoyennes” : 2,6 millions d’électeurs au premier tour, quelques 3 millions au second, 5 millions de téléspectateurs devant France 2 lors du premier débat, 6 lors du dernier. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, la politique intéresse, mais pas n’importe laquelle. Il y a trois manières en journalisme de traiter la politique :

1 par les contenus, les projets

2 par la stratégie, les jeux politiciens

3 par le people, les querelles de personnes

La première est ardue, elle demande beaucoup de travail, de la recherche, de l’analyse, de la compétence. Si vous le voulez bien, nous dirons qu’elle n’intéresse pas le public et nous la laisserons de côté. La deuxième est aride. Comme : expliquer un jeu d’échec à quelqu’un qui ne connaît pas toutes les arcanes. On la réservera donc aux initiés, aux happy fews, aux intellectuels politicomédiatiques. La troisIème est bien pratique. Elle peut se développer sur le même mode narratif que “Koh Lanta, le choc des héros” ou “Secret Story, la maison des secrets”. Donc : très télévisuelle. On va prendre ça.

MAIS PAS N’IMPORTE LAQUELLE

Malheureusement le public a voté, il préfère la politique N°1, il va falloir réviser ses fiches. C’est justement parce qu’ils ont refusé la tentation du catch à 6, que les candidats ont intéressé. Ils ne sont pas tombés dans le piège, ils sont résisté aux aimables sollicitations des journalistes. Ils ont réussi à centrer le débat sur leurs propositions : pour réduire la dette, réformer la fiscalité, soutenir l’emploi, relancer le fédéralisme européen. Et même pour sortir un peu, mais pas trop, du nucléaire, à condition que ce soit lentement. On pourra toujours objecter que c’est le candidat le plus vide de propositions qui se profile comme vainqueur, ce n’est pas grave, le vide ça se remplit. Et on a bien compris que le collectif était décidé à le faire.

ECHEC DE LA PRIMAIRE DES ECOLOGISTES ?

Et les écolos ? Ils ont bien organisé une primaire eux aussi en juin, on l’aurait déjà oublié ? Les médias n’en ont retenu que le duel Hulot-Joly, ils avaient parié sur Hulot, c’est Joly qui a gagné, ils boudent. Rien n’est ressorti des propositions, sous prétexte que les candidats étaient d’accord sur presque tout. Les candidats oui, mais les électeurs ? Et bien ils ne sont pas venus. Ou peu : 22 622 votants au second tour, soit 70% du réseau EELV. Alors que les socialistes ont mobilisé 20 fois plus que leurs troupes. Et imposé leurs thématiques au coeur de l’élection.

Bien sûr, la campagne n’est pas terminée. Mais une question commence à sérieusement gratter l’oreille : et si les écolos s’apprêtaient à payer cher leur incapacité à débattre ailleurs qu’entre eux, dans la maison, l’oïkos, comme un joli écosystème fermé qu’ils sont ? Alors que les campagnes se passent dehors. Et puis une autre, pour la route : comment se fait-il, alors que la majorité de la population partage les préoccupations pour l’écologie, que EELV ne parviennent pas à s’imposer comme l’animateur naturel, l’artisan central des débats sur ces questions ? Serait-ce parce que la politique N°2 tiendrait trop de place ? Bah, c’était juste une question de journaliste !

Mise à jour le 17 octobre 2011