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> LIRE LA SUITE <Eviter le fiasco écologique ou comment réussir la conversion de nos sociétés
A la veille des élections régionales, Novo-Ideo.org relance le débat de la conversion écologique apparu lors des dernières élections européennes. "Convertir" : oui mais comment ? A l’heure où les projets des partis font l’objet d’un désintérêt relatif des médias, nous publions trois contributions émanant de représentant-E-s des Verts-Europe Ecologie et du Parti de gauche. Fiscalité locale, planification, Loi de finances : quels leviers pour changer d’échelle les politiques publiques, rendre nos sociétés plus sobres et moins riches en carbone ? Echanges et confrontations
Les auteur(e)s
Des grands ensembles à l’urbanisme pavillonnaire : un effet de balancier
Dans leur excellent ouvrage , Denis CLERC, Claude CHALON, Gérard MAGNIN et Hervé VOUILLOT dressent le bilan des évolutions urbaines sur ces dernières décennies et concluent, concernant les grands ensembles au « fiasco social ».
Les grands ensembles ont représenté dans un premier temps un incroyable succès par rapport à l’objectif de reconstruction : entre 1970 et 1985, 1 million de logements HLM ont été construits : c’est deux fois plus que ce qui a été construits depuis. Puis sont venus les phénomènes de ghethoisation, de paupérisation, de chômage massif de populations de certains quartiers grands ensembles, le manque de mixité sociale comme urbaine. Le tout a abouti à un constat de fiasco social que l’Etat s’emploie à essayer d’inverser depuis 30 ans de politiques de la ville successives.
Ce qui est à l’oeuvre, c’est un scénario analogue avec les maisons pavillonnaires. L’effet balancier des grands ensembles vers le pavillonnaire s’est enclenché depuis 30 ans, le fiasco est à nos portes. Il est et sera non seulement social mais énergétique et environnemental.
L’étalement urbain pavillonnaire en quelques chiffres-clés
Les quelques éléments suivants permettent de mesurer l’ampleur du phénomène au niveau social et géographique :
- Dans les années 1990, la population des communes périurbaines a progressé 8 fois plus vite que celles des villes-centre ;
- Au cours du dernier quart de siècle, la surface des agglomérations a presque doublé (+75%) alors que la population n’a augmenté que de 25% ;
- Pour un couple bi-actif qui habite à 3km de son lieu de travail, consommation annuelle proche de 1 500 litres.
- Trois salariés sur quatre travaillent hors de leur commune de résidence : la moitié des salariés travaillent à moins de 8 kilomètres de chez eux ;
- Le lotissement est beaucoup plus consommateur d’espaces que n’importe quelle autre forme urbaine. Quand le coefficient d’occupation au sol dans les quartiers centraux de ville est en moyenne de 3 à 4, il était entre 0,5 et 1 pour les grands ensembles (ZUP) et il est en moyenne de 0,23 pour les lotissements..... soit 1/10ème des quartiers centraux ;
- En secteur littoral, 11,5% des logements neufs construits de 1990 à 2006 l’ont été dans les communes littorales qui ne représentent pourtant que 4% du territoire métropolitain. La pression à la construction est donc 2,5 fois plus forte. 30,2% des surfaces construites en littoral l’ont été sur les côtes bretonnes
L’urbanisme pavillonnaire : un fiasco environnemental et énergétique
Reprenons l’histoire du modèle pavillonnaire : jusqu’ici, il a rencontré un incroyable succès. Avec la facilité de mobilité et grâce à la standardisation via un processus industriel de construction (moins de 10% des constructions de maisons individuelles font appel à des architectes), le rêve français de l’accession à la propriété d’une maison avec son jardin est devenu financièrement plus accessible et s’est largement démocratisé dans l’ensemble des régions françaises. Avec l’avènement des loisirs, elle s’est même couplée avec la propriété de résidences secondaires (phénomène littoral en particulier). Et l’étalement urbain se poursuit.
Rien ne semble arrêter ce phénomène. Certes, l’augmentation du prix du pétrole modifie ponctuellement les comportements mais une partie du mal est fait et de nombreux ménages sont devenus prisonniers de leurs véhicules. Structurellement, le phénomène n’est pas encore achevé. Comme le souligne les quatre auteurs précités : « D’ici 2030, la croissance du nombre de ménages va nous amener à construire 6 millions de logements supplémentaires ». En conséquence, « l’urbanisme n’est plus seulement le lieu de la synthèse et de la cohérence du bâti urbain, il devient aussi un des facteurs clé du changement climatique et de l’approvisionnement énergétique ».
Pour un Grenelle de l’urbanisme
Lieu de tous les enjeux, la ville doit abandonner le zonage qui fait de nos territoires des zones où les quartiers centraux sont devenus peu de choses ; des zones de moins en moins mixtes et de plus en plus consommatrice de déplacement, ségrégative et ghethoisée. Le lotissement d’aujourd’hui sera, de façon imminente, le fiasco écologique de demain. A aucun moment, ces enjeux n’ont été posés par le Grenelle de l’environnement : l’aménagement urbain est un des grands absents. Dommage !
Les grands ensembles ont été une étape qui a eu une fin. Il est indispensable qu’il en soit de même avec les lotissements : il faut changer de perspective et vite. Les exemples existent et se multiplient...hélas lentement : éco-quartiers célèbres et moins célèbres (Bedzed, Friboug...), innovation énergétique (Växjö en Suède - 70 000 habs – et son objectif « zéro fossil fuel »), agendas 21 et plans climats locaux (Paris), etc.
Si l’écologie urbaine s’est opposée à l’époque en partie aux mouvements de planification urbaine – autoritaire - des grands ensembles, il faut prendre le risque aujourd’hui d’un nouveau mouvement de planification volontariste, qui seul pourra inverser la tendance, en tirant les enseignements du passé : il devra être volontariste mais aussi démocratique et participatif.
Propositions :
- S’appuyer sur les expériences généralisables d’éco-quartiers avec un mix social et démocratique performant
- Réviser la fiscalité locale (foncier bâti) pour favoriser les zones denses
- création d’un abattement fiscal à la base pour toute résidentialisation proche de son lieu de travail