Journaliste et confident. Il pêche à la ligne à la dynamite.
> LIRE LA SUITE <Derrière l’affaire Frèche...
A lire les témoignages d’élus socialistes locaux, le travail de Georges Frèche est exemplaire. Il satisfait les réseaux, lui qui s’y connaît en "engranage de cons ". L’ultime dérapage du Président de la Région Languedoc déclenche une condamnation tardive du PS national, engagé dans une opération interne et nationale, contre les écologistes.
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La "Septimanie" ne doit pas faire baisser une France, fort mal notée dans le classement international de la corruption [1]. Manifestement, elle ne la fait pas monter non plus dans ses performances dans le domaine du chômage (top 5 des Régions les plus touchées) et de ses indicateurs sanitaires et sociaux pour lesquels le Languedoc Roussillon est en queue de peloton. [2] Réalités économiques et sociales en décalage avec les données objectives locales, donc ? Ce déphasage synthétise surtout le pire d’un régionalisme misérabiliste : raccroché à des prothèses identitaires davantage qu’au bonheur de ses habitants, soutenu dans un consensus associant presse locale et autres forces vives dépolitisées de la Région.
Sélectionnées par des organisations partisanes endogames, alimentées par les fonds et les embauches des collectivités locales, les élites se transmettent le pouvoir local sur le critère exclusif de leur autoreproduction. On devine le combat courageux mais déjà perdu de Hélène Mandroux, Maire de Montpellier, lâchée par la plupart de ses propres adjoints et mise en première ligne d’une direction nationale du PS, désorientée ?
On peut aussi se demander si elle ne fera pas les frais d’un jeu interne que son parti a longtemps souhaité "laissé entre les mains du vote des militants" pour contrecarrer la concurrence gênante des écologistes.
On ne peut que s’interroger en effet sur le revirement d’Hélène Mandroux passant le pas, un jour, pour rejoindre Europe Ecologie pour trois jours plus tard, écouter le PS national manifestement moins soucieux des affaires locales que d’une opération nationale que ne manquera pas d’exploiter Frèche. Entre temps, une sortie de George Frèche sur Laurent Fabius, prononcée lors d’un Conseil d’agglomération au mois de décembre (en présence de Madame Mandroux) qui avait alors fait l’objet d’une brève locale...et médiatisée de manière très opportune plusieurs semaines plus tard.
L’appel du PS au désistement en sa faveur de la tête de liste régionale d’Europe Ecologie sonne, certes, comme une double défaite. Celle de la rue de Solférino face aux cadres locaux pour qui le troc des politiques publiques est devenu une clé de leur survie. Celle de la démocratie locale dont l’alibi de la proximité rime parfois avec un soin méticuleux des clientèles, contre les citoyen-NE-s.
Il éclaire d’un nouveau jour les capacités de la direction nationale socialiste, capable de se refaire en ouvrant subitement les yeux sur une réalité politique assumée depuis des décennies dans le Languedoc, mise à profit par une Martine Aubry, requinquée. Madame Aubry voit dans cette affaire une occasion de démontrer ses capacités d’arbitrages.
Mais surtout, elle empêche Madame Mandroux de céder à la tentation de rejoindre la liste Europe Ecologie et de donner une dimension nationale à ce transfuge. Europe Ecologie, porteur du flambeau anti-clientéliste sur une Région symbole ? Plutôt que de donner à ce sentiment une résonance nationale, la direction du PS choisit de passer la Maire de Montpellier en pertes et profits en l’envoyant au casse pipe. Un sondage d’Opinion Way commandé par les Verts donne la liste du PS officiel loin derrière celle du Vert Roumegas et très loin derrière celle de Frèche.
L’autre soir, au meeting de la liste du Front de Gauche et de la LCR, on se mettait à croire aux admonestations de Jean-Luc Mélenchon , fustigeant "cette gauche qui nous fait honte". Feignant de réclamer, côté cour, une liste de large union anti-Frèche dés le premier tour pour mieux oublier, côté jardin, la défection de ses principaux cadres ralliés "au seul qui peut barrer la route à la droite".
Hélas, côté PS, il eut été salutaire de céder (un peu) devant sa tentation hégémonique quitte à accepter le leadership des écologistes sur la lutte anti-Frèche. La rue de Solférino fait un autre choix : en organisant la fuite dans l’Express sur la "tête pas catholique" de Monsieur Fabius, elle crée un électrochoc pour mieux se draper dans les habits du rassemblement...mais derrière le point à la rose. La lutte anti-Frèche a bon dos. La volonté du PS national est en réalité de ne donner, à quelques semaines du premier tour, aucun signe de faiblesse vis-à-vis du concurrent écologiste. Le dessous des cartes est parfois triste à découvrir.
[1] Dans son classement de la perception internationale de la corruption, "Transparency international" attribue la 24e place à la France, loin derrière la Suède, le Danemark et juste devant le Chili et l’Uruguay.
Mise à jour le 6 février 2010