CHRONIQUE
Jacques Boutault : "faire du 2e un éco-quartier comme Fribourg"
La rédaction, 11 décembre 2011

Jacques Boutault : "faire du 2e un éco-quartier comme Fribourg"

Novo Ideo donne l’occasion à Jacques Boutault, Maire du deuxième arrondissement de Paris (EELV) de revenir sur son bilan et d’exposer sa vision d’une ville écologique. Entretien.

L'auteur(e)

Jean Marc Pasquet
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La rédaction

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Vous précisez dans votre bilan d’étape avoir "presque doublé" le nombre de logements sociaux. Pourtant, le parc de logements très sociaux n’est que de 5,4% dans votre arrondissement…

Quand, j’ai été élu en 2001, nous avons gagné face à une équipe municipale extrêmement droitière. La maire était opposée au logement social au prétexte que cela allait « attirer des familles à problème dans nos quartiers » (sic) ! Le nombre de logements sociaux atteignait tout juste 1,5%. C’était le plus bas de Paris. Dans la première mandature (2001-2008) nous avons porté ce taux à 3,4%. Nous poursuivons notre effort et nous sommes aujourd’hui, fin 2011, à 5,4%. En tenant compte du nombre d’opérations d’ores et déjà financées nous devrions dépasser la barre des 7% en 2014. On pourrait encore faire mieux si la ville acceptait de préempter dans le diffus.

Pouvez vous nous en dire plus sur le relèvement du seuil minimal de préemption et les opportunités ouvertes en termes d’achats par la ville ?

Dans le cadre de mes responsabilités, je préempte tout ce qui est à vendre dans le 2e ou presque ! Avec mon cabinet, nous menons une veille et dès qu’un immeuble est à céder en totalité, quel qu’il soit, j’en demande la préemption. Sur le nombre, seuls quelques immeubles entrent finalement dans le parc social de la ville. Car après demande de préemption, l’adjointe au maire de Paris chargée de l’urbanisme, l’adjoint chargé des finances, puis l’adjoint chargé du logement peuvent décider que le bien ne correspond pas aux critères d’éligibilité du logement social. C’est même le cas pour plus 90% des immeubles. Si leur avis est positif, il faut encore franchir un obstacle : celui du vendeur lui-même qui souvent préfère retirer sa vente plutôt que de voir son bien acheté par la ville au prix des Domaines (comme l’on dit), c’est à dire un peu en dessous du prix du marché.

Plus globalement, quelles sont les marges de manœuvre d’un Maire d’arrondissement face à la flambée des loyers ? Et celles du Maire de Paris ?

Très faible on l’a vu. Le compte foncier de la ville (ce qui est budgété chaque année pour acheter des immeubles à Paris) est d’environ 800 millions d’euros. Cela doit grosso modo correspondre à 1% du volume des transactions immobilières sur Paris en un an. Autant dire que la préemption contrairement, à ce qui est dit parfois, n’a aucun impact sur le prix du foncier. Pour ce qui concerne les loyers, le maire de Paris, à la demande du Conseil de Paris qui a adopté plusieurs vœux en ce sens, à l’initiative des élus écologistes, a écrit au premier ministre pour lui demander d’expérimenter le blocage des loyers à le relocation. Ce dernier a refusé : on ne va pas à l’encontre des lois du marché !

Sur le logement toujours, y-a-t-il des progrès réalisés sur le "logement écologique" (isolation…) ?

C’est un combat très difficile. Nous avons engagé la rénovation d’un immeuble social construit dans les années 70, rue Montmartre, pour le mettre en conformité avec le plan climat. Le coût de la rénovation est notablement élevé.

Lorsque l’on cherche à atteindre des taux de consommation énergétique conforme au plan climat, y compris dans l’ancien, les bailleurs sont peu enthousiastes parce qu’ils répugnent à des travaux dont le retour sur investissement est très long.

Par exemple sur ce premier immeuble en cours de traitement, à prix énergétique constant, le retour sur investissement par diminution de la facture énergétique des particuliers se fera sur 60 ans. Nous argumentons en disant que le prix de l’énergie risque d’exploser dans les prochaines années. Nous avons tout de même réussi à créer le premier immeuble de logements sociaux doté de panneaux solaires qui fournit un appoint pour l’eau chaude.

Concernant la restauration scolaire, vous affichez 70% de repas bio, comment vous y prenez vous ?

Souvent cette question m’est posée. Et en général, ma réponse prend une demi-heure ! Je vais donc, par respect pour le temps précieux de vos lectrices et lecteurs, tenter de faire court… Si nous avons de l’avance (70% de bio contre 8% en moyenne à Paris) c’est parce que nos partons de plus loin. Dès 2001 j’ai souhaité améliorer la qualité de l’assiette en introduisant le bio. A l’époque en dehors des cercles écolos, personne ne savait ce que c’était le bio.

Au début, les socialistes, avec la droite, ont même voté contre ! Puis, peu à peu j’ai fini par convaincre. Notamment en m’appuyant sur les parents d’élèves à qui j’expliquais que le bio c’est notre contribution, à nous citoyens des villes, au bien être des campagnes et qu’en plus, c’est bon pour notre santé. J’ajoute souvent qu’en tant que parent, à la maison, on essaie de donner le meilleur à ses enfants et qu’il est paradoxal qu’à l’école on accepte qu’ils avalent de la mauvaise bouffe.

Le message passe !

A chaque nouveau marché que nous passons nous augmentons le pourcentage de produits bio. Etape par étape. La viande de bœuf au début (les autres viandes sont hélas seulement sous signe officiel de qualité). Puis les fruits, puis le pain, les féculents, les légumes et dernièrement les cruidités et crudités. Le tout, sans augmentation du prix payé par les parents.

Pour cela, nous avons supprimé le choix dirigé, revu la grille tarifaire, réduit le nombre de composantes d’un repas de 6 à 5 (les six composantes : pain, entrée, viande, garniture, fromage, dessert ; on supprime donc le fromage, l’entrée ou le dessert quand le fromage est sucré comme un yaourt). Nous avons consulté les parents par sondage (avec un papier dans le carnet de correspondance de chaque élève) : voulez-vous moins de quantité pour plus de qualité ? Réponse à 73% : oui.

BIO DANS l’ASSIETTE : 73% DES PARENTS POUR PRIVILEGIER LA QUALITE SUR LA QUANTITE

J’ajoute que cela ne va pas sans mal avec notre prestataire avec qui nous négocions très serré, mais ce dernier a bien compris l’intérêt pour lui de se positionner sur un marché qualitatif. En contre partie, je lui ai fait bénéficier de mon carnet d’adresse de fournisseurs bio qu’il a peu à peu référencé. Car le problème est bien là : les difficultés d’approvisionnement en bio pour la restauration collective qui commande en grande quantité. La filière bio est très peu organisée et les mises en culture bien trop faibles au regard de la demande.

Sur les publics les plus fragiles, vous avez ouvert une résidence relais, qu’est ce que c’est exactement et quels sont ses objectifs ?

Oui, j’ai souhaité qu’une résidence relais soit ouverte dans le 2e arrondissement, dans le beau 2e, dans l’ouest de l’arrondissement. C’est un très bel immeuble. Les plus fragiles n’ont pas vocation à être relégués dans les quartiers moches et des bâtiments pourris. Le principe de cette résidence, gérée par le CASP (Centre d’aide social protestant) ?

Des personnes ou des familles en parcours d’insertion sont accueillies sur une période de deux à trois ans. Elles sont aidées à reconquérir leur autonomie. Et l’on sait que l’autonomie passe d’abord par le logement. Il me paraît juste que les arrondissements du centre et de l’ouest prennent part à la solidarité parisienne. Dans le même esprit, nous avons un foyer de travailleurs migrants récemment entièrement rénové. Mes prédécesseurs et l’ancien gestionnaire le laissait pourrir pour justifier d’en virer les occupants !

Votre arrondissement est très commerçant, quelles sont vos actions pour soutenir sa diversité ?

Je me suis battu pour que la rue Saint-Denis et alentour ainsi qu’une partie du Sentier fassent partie de l’opération Vital’quartier. Il s’agit de lutter contre la double mono activité des commerces pornographiques rue Saint Denis et textile de gros dans le Sentier. L’idée est de leur substituer des commerces de proximité, notamment alimentaire en préemptant les commerces dont on cherche à diminuer la présence, dès qu’une session de bail a lieu. La rue Saint-Denis a beaucoup changé d’aspect grâce à cette action. Le Sentier un peu moins. Mais le secteur du textile a muté de lui-même : d’un centre de fabrication, véritable usine en pleine ville, il est devenu un show room avec beaucoup moins de nuisances. Par ailleurs, nous avons fait inscrire les rues les plus commerçantes en secteurs protégés du commerce et de l’artisanat pour lutter contre leur accaparement par les grandes chaînes de distribution ou les franchises et protéger le petit commerce.

Parlons petite enfance. Paris souffre d’un grave déficit de capacités d’accueil. Vous avez créée une vingtaine de places en crèche parentale, est-ce suffisant ?

Dans la première mandature nous avons créé 40 berceaux supplémentaires. A mi mandat de cette deuxième mandature, nous venons d’en créer 20 nouveaux, en inaugurant la première écolo-crèche parisienne (le label a été décerné par un organisme indépendant sur différents critères : couches lavable, nourriture bio, matériaux de construction sans éthers de glycol…). Nous avons un projet de 20 autres berceaux dans une crèche « multi accueil » qui devrait ouvrir au cours de l’année 2012 (avec de assistantes maternelles qui gardent les enfants chez elles et qui pourraient utiliser le lieu). Nous avons aussi une opportunité supplémentaire… il s’agit d’une crèche privée de 50 berceaux qui est à vendre. La ville ne veut pas pour l’instant se porter acquéreur car le Maire pense que c’est trop cher.

Mais avec Christophe Najdovski (adjoint au maire de Paris à la petite enfance), on ne lâche pas l’affaire pour autant. Car malgré nos efforts, je signe encore un nombre trop grand de refus. L’année dernière la commission d’attribution des places en crèche n’a pu accepter qu’une demande sur quatre. C’est trop peu !

Le deuxième arrondissement : un modèle écolo ?

Nos marges de progrès sont multiples. On pourrait faire mieux dans tous les domaines : plus de logements sociaux, 100% de bio, plus de places en crèche. Mais comme nous ne maîtrisons pas nos recettes, en tant que mairie d’arrondissement, nous devons tout négocier avec les adjoints concernés à l’Hôtel de Ville.

Mon objectif, très immodeste, est de faire du 2e arrondissement un écolo quartier comme Fribourg, mais dans un tout autre contexte. Nous avons entamé une certification Iso 14001 pour l’administration que nous étendrons peu à peu aux équipements dont j’ai la charge en tant que maire : bibliothèque, écoles, crèches, gymnase, espaces verts, etc. Puis dans un troisième temps au territoire du 2e arrondissement en associant les commerçants. Ce que nous avons déjà commencé de faire puisque nous travaillons avec la chambre de commerce sur la création d’un label environnemental que les commerçants « vertueux écologiquement » pourraient afficher sur leur vitrine…

Au final, qu’est ce qui différencie une Mairie d’arrondissement écolo ?

Ce qui nous différencie ? Mais tout ce que vous venez de lire !

Mise à jour le 11 décembre 2011