Chargé de communication
> LIRE LA SUITE <Et si le 14 mars, les machines "avalaient" votre vote ?
Des électrices et électeurs venus, carte électorale au poing, donner leur précieux suffrage font demi-tour dans leur bureau de vote. Cette scène, jusqu’il y a peu inédite, commence à se manifester de plus en plus fréquemment...
L'auteur(e)
Demi-tour ?
Qu’est-ce qui peut décourager ainsi des citoyens ayant fait le déplacement ? Réponse : une machine à voter. Planté dans le bureau de vote, le seul exemplaire de ce prétendu bijou de technologie attend une file d’attente d’électeurs fatigués et à bout de nerfs de devoir patienter plus d’une heure pour pouvoir s’exprimer, tout en voyant l’heure de fermeture du bureau avancer à grands pas.
Une chance si elle n’est pas tombée en panne. L’embouteillage passé – beaucoup ayant donc renoncé – nous voilà devant la bête. L’usage n’est pas bien compliqué, encore que les personnes âgées sont un peu déboussolées. Mais après avoir appuyé sur la touche « valider » actant le vote pour son/sa candidat/e de prédilection, reste un sentiment de grand vide. A quelques kilomètres de là, dans le secret de l’isoloir, des gens votent en glissant un bulletin papier dans une enveloppe. Un agent de bureau de vote lit à haute et intelligible voix le nom de l’électeur, autorisé alors par le président du bureau à le glisser dans l’urne sacrée de la République. Résonne ensuite la phrase lourde de symbole : « A voté ! ».
Et s’il y a litige, qui pourra jurer que j’ai bien apporté ma voix à tel/le candidat/e ? L’urne, elle, ne ment pas. Quand mon bulletin tombe dedans, je sais ma voix en sécurité. Des assesseurs seront là pour garantir son décompte, au moment où des armées de bénévoles dépouilleront rituellement les enveloppes de leurs papiers pliés. La démocratie repose sur l’expression libre des citoyens, mais également dans la confiance qu’ils accordent aux règles du jeu.
Si le citoyen estime que les règles ont été truquées, ou qu’ils ne peut s’assurer qu’elles ne l’ont pas été, il ôte sa confiance au candidat élu. Et sa légitimité avec. Les machines employées nous demandent de faire confiance à un ordinateur, dont le code de traitement est secret et sans aucun moyen de recomptage fiable.
Les informaticiens sont les premiers à nous dire qu’ils ne confieraient jamais la démocratie à un programme informatique. Alors que de nombreux pays reviennent aux bons vieux bulletins papier, le Ministère de l’Intérieur confond technologie et progrès, et impose sans débat ce système dont personne ne veut. Le résultat, parfois, s’annonce serré. Il est donc primordial que le résultat sorti « des urnes » soit incontestable.
Etrange paradoxe
Avant chaque scrutin, les valeurs de Marianne sont copieusement brancardées à tort et à travers. Et le moment de choisir, tout le rituel républicain est dissolu dans quelques câbles et puces informatiques. Le vote au suffrage universel direct fut un droit acquis collectivement, dans le sang. C’est aujourd’hui présenté comme un devoir imposé individuellement. Faut-il, de surcroît, le désincarner ? Je pense que non. Il est toutefois possible de faire… « machine arrière » : les bénévoles montrent toujours que l’on peut compter sur eux.
Proposition :
- Renoncer aux machines à voter à chaque élection.