CHRONIQUE
La mauvaise éducation
La rédaction, 3 mars 2010

La mauvaise éducation

Pourquoi est-on encore trop souvent mieux accueilli dans le hall d’une banque qu’à l’accueil d’une piscine publique ?

L'auteur(e)

Jean Marc Pasquet
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Le coup de peigne s’est fait avec la tranche de la main. Les vêtements ont été enfilés à la hâte et le pull est encore tout de travers. La surveillante du lieu donne toujours le même sourire. Clins d’œil et gestes attentionnés. On blague de temps à autre : pour proposer "le luxe", c’est-à-dire une cabine disposant d’une baignoire. Elle connaît par cœur la réponse.

Dans la foulée, sortie hebdomadaire aux bains municipaux. Ils relaient pour des centaines d’usagers dont j’étais une toilette quotidienne dans un évier de la cuisine, un lavabo multi-usage : banalité dans nos grandes villes de ce milieu des années 70.

Ici, même la salle d’attente est vaste et sent la javel. Les magazines sur la table en verre racontent la vie des célébrités de cinéma : Gary Grant, Claude François....

Les toilettes y sont même chauffées et le papier ne manque jamais. Les murs sont blanc ou de couleur pastel. Le sol est en lino et on y voit souvent des « drôles » s’amuser à se faire déraper.

La semaine, ce sont les travailleurs bruyants de la chocolaterie d’à côté qui affluent après cinq heures. Equipement mutualisé.

J’ai toujours conservé de ces mémoires de mon enfance une ambition pour le service public. Populaire et accessible, fonctionnel et beau. On se sent trop souvent mieux accueilli dans le hall d’une banque que celui d’une Piscine publique. Cela tient parfois à une attention, un recours à un architecte ou à un thermicien dont le coût est infinitésimal au regard de la qualité, du confort et des économies ainsi gagnées parfois avec une simple idée d’orientation.

Les décideurs locaux ont tendance à sacrifier la conception d’un ouvrage à des économies d’investissement de bouts de chandelle. Etalé dans le temps par un emprunt actuellement peu onéreux, le surcoût de l’intégration paysagère ou de la qualité environnementale est parfois minoré par rapport aux dépenses cachées d’un fonctionnement mal conçu, énergétivore ou intégrant médiocrement l’usage des citoyens.

Mise à jour le 3 mars 2010