CHRONIQUE
Le président générique
La rédaction, 13 octobre 2009

Le président générique

Comment renforcer ce sentiment diffus d’effondrement des anticipations sociales si ce n’est par l’arbitraire et le népotisme dont fait preuve le Président de la République ?

L'auteur(e)

Jean Marc Pasquet
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Dans le malaise général et cette peur du déclassement en particulier, [1] la promotion du jeune le plus célèbre de France à la tête de l’Établissement public de la Défense participe du délitement actuel du contrat républicain.

Comment renforcer ce sentiment diffus d’effondrement des anticipations sociales si ce n’est par l’arbitraire et le népotisme dont fait preuve le Président de la République ?

Sentiment, uniquement ?

Le chômage parmi les diplômés du supérieur est inférieur à 10 %. "Pour les non-diplômés, il monte à 50 %, soit un écart de 40 points. La différence n’était que de 10 points en 1975. La valeur des diplômes n’a jamais été aussi forte, mais, dans le même temps, échouer à l’école n’a jamais été aussi disqualifiant »,souligne Eric Maurin.

Certes, la capacité de mouvement de la société est ainsi diminuée par l’angoisse diffuse.

Mais le mauvais exemple du président –plutôt que la mauvaise vie- est désormais un spectacle quotidien. Il alimente cette perte de croyance dans l’existence d’un ascenseur républicain défectueux et n’incite pas vraiment à tenter de le prendre.

Société bloquée, moteurs de la promotion sociale grippés, les réactions de l’exécutif peinent à convaincre avec ses objectifs des politiques trop souvent inspirés des intérêts des clientèles.

Hier, diminution de la TVA dans la restauration, demain, suppression de la taxe professionnelle : comment ne pas comprendre dans ce contexte les réserves de l’opinion sur la création de la nécessaire taxe carbone ?

L’Etat en nécrose, la société névrose.

Sur LCP, un reportage sur l’industrie pharmaceutique. Invité à une assemblée générale des actionnaires de Sanofi, le président de la République salue le PDG de l’entreprise, "son ami". Ce dernier conspue les députés qui "oublient trop souvent les intérêts d’une industrie" qui finance 98% de la formation professionnelle du secteur sanitaire tout en consacrant deux fois plus d’investissements dans le domaine du marketing…que de la recherche.

Pendant que face à ce Goliath, les Caisses de l’assurance maladie ne cessent de dérembourser les médicaments pour contenir le déficit de la sécurité sociale qui alimente les caisses des géants de la pharmacie.

[1] La peur du déclassement par Eric Maurin, éditions du Seuil, la République des idées

Mise à jour le 17 octobre 2009