DOSSIER
La gestion de l’eau : privé profiteur versus public myope ?
Jean Luc Touly, 4 juillet 2010

Pour des communautés de "porteurs d’eau"

L’eau n’est pas une marchandise, c’est le seul élément vital pour tous les êtres humains mais également pour les écosystèmes. Sans eau, aucune vie n’est possible. La survie des être humains et de la planète en dépendent.

1,5 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable

2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à un service d’assainissement

Première cause de mortalité dans le monde : 34 000 personnes meurent chaque jour du manque d’eau potable, dont 6 000 enfants.

Dans ce contexte, les projets soutenus par la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand dans le cadre de la campagne Porteurs d’Eau apportent une solution locale à un problème global. De manière générale, le but est d’inclure les communautés locales dans les processus de prise de décision, de planification et d’exécution des projets de développement liés à l’eau.

Il s’agit de soutenir des initiatives locales et communautaires portées par les populations touchées par le manque d’eau partout dans le monde, afin de répondre à leurs besoins mais aussi d’assurer la préservation et la protection de la ressource en eau. On peut citer en exemples le soutien à la coordination des Comités d’Eau dans les zones rurales au Mali, en Inde ou en Bolivie ou à la construction et rénovation de systèmes traditionnels de récolte ou de purification de l’eau au Rajasthan ou au Bénin.

Il s’agit également de financer des actions et campagnes de sensibilisation en zones urbaines et rurales pour une bonne gestion et le respect de la ressource. Enfin, les projets soutenus par la Fondation portent aussi sur un plaidoyer plus global auprès des pouvoirs publics, organisations et forums citoyens du monde entier pour une gestion publique, démocratique et transparente de l’eau et la reconnaissance de l’accès à l’eau comme un droit humain.

Seuls 3% de la ressource disponible sur la planète est de l’eau douce, mais seulement un quart est utilisé pour les besoins humains. Au niveau mondial, l’utilisation de cette ressource est répartie comme suit :

- Agriculture : environ 70 % de la consommation mondiale d’eau douce (agriculture irriguée en majorité)

- Industrie : de 20 à 22 % de la consommation industrielle (en augmentation)

- Consommation domestique (pour la boisson, la cuisine, l’hygiène…) : de 8 à 10 % de la consommation totale sur la planète.

Les activités humaines ont donc un impact dramatique sur l’eau douce, d’abord en raison de la pollution directe des fleuves, nappes phréatiques, aquifères etc. mais également (et surtout) en raison des émissions de GES qui y sont liées et le réchauffement climatique qui en découle. La hausse des températures globales engendre la fonte des glaciers, principaux réservoirs en eau douce de la planète (ex Himalaya et glaciers andins), ce qui va réduire dramatiquement la disponibilité de la ressource au niveau planétaire.

A ce rythme, en 2035, la moitié des réserves mondiales en eau aura disparu.

Du fait de la raréfaction croissante de la ressource disponible et de son inégale répartition sur la planète, l’eau est devenue un enjeu stratégique majeur. On est entré dans une course à la domination de la ressource, pour une utilisation productiviste (industrie, production d’électricité, agriculture intensive) au détriment des besoins réels des populations.

Exemples de « guerres de l’eau » :

- Des bases militaires pour contrôler les ressources. L’exemple des Etats Unis et l’aquifère guarani en Amérique du Sud.

- Les tensions et conflits potentiels liés à l’eau : au Moyen-Orient, entre Israël et les territoires palestiniens, et entre la Turquie, la Syrie, l’Iran et l’Irak ; en Afrique, entre le Soudan, l’Ethiopie et l’Egypte ; en Asie, entre le Tibet et la Chine.

D’ici à 2015, 51 pays risquent d’entrer en conflit pour l’eau.

Nécessité de créer une véritable gouvernance de l’eau au niveau international, qui ne soit pas entre les mains d’intérêts privés ni des grandes puissances et des bailleurs de fonds (Banque Mondiale et FMI).

Absolue nécessité de reconnaître l’eau comme un bien commun et promouvoir une gestion adéquate de cette ressource, basée sur la coopération.

Aujourd’hui, il n’y a pas de politique mondiale de l’eau. L’avenir de l’eau est laissé aux mains d’entreprises privées, dont la raison d’être est de faire de l’accès à l’eau une source de profit : le Conseil Mondial de l’eau (CME), qui se dit responsable de l’avenir de l’eau dans le monde, est présidé par des dirigeants d’entreprises privées du secteur de l’eau et réunit une partie des acteurs, sans réelle légitimité.

Lors du dernier Forum Mondial de l’Eau à Istanbul en mars 2009, ce Conseil a refusé d’entériner la notion de droit à l’accès à l’eau.

Ce même conseil est conforté par l’Etat français qui organise à Marseille en mars 2012 le prochain Forum Mondial de l’eau.

Il ne faut pas s’y tromper : le Conseil Mondial de l’Eau et les Forums qu’il organise n’ont pas la légitimité internationale qu’ils prétendent avoir (la présence d’ONG et quelques agences onusiennes comme UNHABITAT n’en font pas une organisation intergouvernementale représentative), et défendent les intérêts privés des multinationales de l’eau qui sont à sa tête. Leurs objectifs profonds ne sont pas de promouvoir une meilleure gestion de la ressource pour la planète et les générations futures ou son accessibilité pour tous, mais bien d’investir de nouveaux marchés et étendre l’implantation des multinationales du secteur.

Proposition :

  • inclure les communautés locales dans les processus de prise de décision, de planification et d’exécution des projets de développement liés à l’eau.
Mise à jour le 1er juillet 2010