Vice président (EELV) de la Région Picardie.
> LIRE LA SUITE <Questions autour d’un projet : le Canal Seine-Nord
"Et voilà que le dossier du Canal Seine-Nord, qu’on disait peu soutenu à Matignon et surtout à Bercy, devient un objet présidentiel, ou plutôt un objet de campagne électorale, le président de la République allant jusqu’à situer ses pas dans ceux de Louis XIV constructeur de Versailles ". Le point de vue peut paraitre iconoclaste de la part d’un élu écologiste par ailleurs partisan du transport par voie d’eau. Mais pourquoi donc ce projet de canal à grand gabarit soulève autant de questions sur son utilité écologique et sociale ? Un point de vue en trois parties sur un chantier maintes fois annoncé et controversé...en attendant les réponses de ses défenseurs.
L'auteur(e)
Nous allons tout entendre à propos de ce Canal : développement économique, partenariat public-privé et, bien sûr, « développement durable ». Les grands mots ! Mais il faudra, avant toute chose, sortir le porte-monnaie. Car non seulement les vertus de cette infrastructure sont illusoires, mais le creusement du canal risque d’être aussi celui du déficit de l’Etat. Mais, peut-être, tous les « coûts » sont-ils permis un an avant la présidentielle.
Le Canal Seine Nord, Qu’est-ce que c’est ?
C’est un projet de nouveau canal à grand gabarit de 106 km entre Cambrai et Noyon destiné à faire passer des péniches de 4.400 tonnes, ce qui implique une envergure importante et surtout des ouvrages d’art colossaux. Il s’agit de construire ce canal dans une zone dite « inter-bassin », ce qui signifie qu’il faut creuser et importer de l’eau à des endroits où les cours d’eaux navigables naturellement ne sont pas reliés. L’objectif d’un canal à grand gabarit est de constituer l’Hinterland [1] de grands ports pour assurer la liaison des marchandises importées vers l’intérieur du continent. Ce sont ici les ports d’Europe du Nord, tels Anvers et Rotterdam, qui sont concernés au premier chef, avec en arrière-plan les chaines de production de l’atelier du monde en Asie.

Questions sans réponses
Depuis des années, les nombreuses questions soulevées à propos de ce canal restent sans réponse. Une forme de dogmatisme aveugle conduit VNF [2] - présidé par un député UMP dont la circonscription est traversée par le projet – à défendre ce projet contre tout bon sens.
Or le Canal Seine Nord va coûter cher au contribuable français. Tout laisse penser que l’investissement initial devrait dépasser cinq milliard d’euros. D’autant plus que le gouvernement s’est engagé à assumer financièrement le risque financier lié au trafic. En clair, si le canal est un bide, le contribuable paiera sa rente à Vinci ou Bouygues. Au moment où ce dernier peine à investir 15 milliards par an sur l’ensemble du territoire national, tous projets confondus, dans un contexte de crise économique sévère, ce n’est pas une paille. Ce choix, a priori sympathique, (« le fluvial, c’est du développement durable ») mérite donc qu’on aille un peu au delà des symboles.
à suivre...
[1] Hinterland : zone d’attraction et d’influence économique d’un port
[2] Voies navigables de France : maître d’ouvrage du projet
Mise à jour le 13 avril 2011