DOSSIER
Refonder un projet de territoire autour de la connaissance
Jean Claude Lescure, Jean-Marc Pasquet, 10 mai 2012

Refonder un projet de territoire autour de la connaissance

Les débats autour du Grand Paris sont articulés autour de l’idée que « les tuyaux » (routes, métro…) induisent le développement futur, forcément importé et donc vecteur de nouveaux déplacements. L’approche « endogène », celle qui est liée à la dynamique propre des territoires valorise les ressources locales, au sein de bassins de vie. Dans ce cadre, les questions liées à l’éducation et la formation peuvent être de puissants catalyseurs pour les décideurs des collectivités parfois « en attente » d’emplois venus de l’extérieur, peu conscients du fait que la main-d’oeuvre locale puisse les satisfaire. Déplacer le développement par les infrastructures plutôt que le créer localement et à long terme par la connaissance ? Enjeux et expérimentations avec et autour de l’Université de Paris 13 Nord, implantée en Seine-Saint-Denis.

Les auteur(e)s

Jean-Marc Pasquet
  • Le blog de Jean-Marc Pasquet
  • Contacter Jean-Marc Pasquet
Jean-Marc Pasquet


Cofondateur du site spécialiste des politiques publiques http://www.novo-ideo.fr, auditeur de la 7e promotion de (...)

> LIRE LA SUITE <
  • Contacter Jean Claude Lescure
Jean Claude Lescure

Professeur d’histoire contemporaine université Paris 13 Nord

> LIRE LA SUITE <

Face au "séparatisme social" à l’œuvre, en quoi l’éducation et la formation peuvent jouer le rôle de "moteurs" dans les quartiers ?

L’implantation de site de formation du supérieur, de formation universitaire dans les banlieues répond à plusieurs logiques qui se croisent : pour l’opérateur public, un foncier à moindre coût qui permet de construire des bâtiments qui répondent aux besoins actuels de la formation et de la recherche.

Cette relocalisation à l’extérieur des centres villes peut aussi se faire, comme à Bobigny, ou à Lille pour l’IEP, dans des bâtiments industriels devenus des friches, qui rénovés contribuent à la transformation des quartiers. Un des avantages induit est de mettre aussi à proximité des habitants une installation universitaire : dans le cas de Paris 13, à Bobigny, cela passe par une politique d’ouverture du site.

C’est ainsi qu’en 2010 en reconduite d’une expérience déjà tentée avec succès en 2009 sur Astérix, une exposition consacrée à l’histoire des jeux vidéos a été organisée. Nous avons en effet à l’IUT de Bobigny une licence pro jeu vidéo, qui travaille en partenariat avec les industriels du département, spécialisés dans le jeu vidéo. Ces actions de sensibilisation, d’ouverture, s’opèrent en collaboration avec les collectivités territoriales. Ces expositions permettent d’accueillir des enfants des écoles et ainsi de leur faire découvrir très tôt un site universitaire. Elle ouvre aussi aux plus jeunes les yeux sur une formation du supérieur qui n’est pas réservée à quelques-uns. C’est leur créer du possible, pour une projection vers l’avenir.

Plus précisément, en quoi la dynamique des territoires pourrait elle être influencée par l’implication des acteurs de la recherche et de la formation et selon quelles formes ?

Tant que les compétences et l’autonomie des collectivités territoriales ne seront pas remises en cause, la dynamique de la recherche et de la formation se feront au profit des territoires. Le travail en collaboration permet aux acteurs de la recherche et de la formation de connaître les bassins de vie dans lesquels ils sont implantés.

La recherche peut dans certains cas répondre à des spécificités du bassin économique, permettre une fécondation des programmes, et pour les entreprises, un accès à des chercheurs que leur taille ne permet pas d’atteindre.

Les abattements fiscaux pour les dépenses consacrées à la recherche sont de ce point de vue un véritable outil qui peut avoir une action de proximité. Pour la formation, les indicateurs mis au point par les collectivités territoriales sont des outils nécessaires pour la mise en place de formations de niche : elles caractérisent ainsi les départements universitaires, garantissent un accès à la taxe d’apprentissage pour développer des programmes de formation spécifique, et assurent la présence de professionnels dans des formations.

C’est alors une vraie collaboration qui s’établit entre les acteurs, à la condition de se doter de conseils de perfectionnement pédagogique où les uns et les autres peuvent régulièrement se retrouver, créant ainsi des relations de confiance, sur la durée.

Comment pourrait-on selon vous refonder des projets de territoire autour de la connaissance ?

C’est un des enjeux des mutations des universités aujourd’hui : la loi instituant l’autonomie des universités les oblige à se singulariser les unes des autres, en offrant des formations qui répondent à des besoins clairement identifiées. Dès lors, des priorités territoriales peuvent s’affirmer : dans ce cadre, l’IUT de Bobigny s’affirme comme un pôle de formation aux métiers du social, au sens large, avec des formations qui préparent aux métiers d’assistantes sociales, d’animateurs socioculturels, d’éducateurs spécialisés, et dès l’an prochain, aux métiers de génie biologique en relation avec le pôle hospitalo-universitaire Avicenne de Bobigny.

L’EXEMPLE DE L’IUT DE BOBIGNY : UN COEUR DE VILLE AUTOUR DE 7000 ETUDIANTS

Quelque part sur la ligne de Tramway T1, à deux pas de l’hôpital Avicenne :l’IUT de l’Université de Paris 13 Nord. Inséré au cœur de la ville de Bobigny, l’IUT est implanté dans un bâtiment anciennement industriel magnifiquement restauré. Cette antenne universitaire associe également des formations sociales et en sciences humaines Sa volonté a toujours été de l’intégrer dans une logique territoriale, conçue comme un facteur essentiel d’une réussite partagée.

Entretien avec Daniel Verba sociologue, maître de conférences en sociologie, directeur de l’IUT de Bobigny.

"Le conseil général de Seine-Saint-Denis par exemple a signé une charte de coopération avec chacune des universités de son territoire (Paris 8 et Paris 13) et de nombreux projets scientifiques, pédagogiques et culturels sont portés conjointement avec les IUT qui sont aujourd’hui des modèles emblématiques d’articulation entre partenaires territoriaux", nous explique Daniel Verba.

L’Université est soutenue par les collectivités locales au travers de partenariats sur des publications, évènements mais également le cofinancement de la région d’une bibliothèque, dont l’insertion dans la ville a été particulièrement pensée.

Un programme de logements étudiants dans les tours d’habitation à proximité va prochainement mailler la ville de la présence de ces jeunes souvent Dyonisiens, en attendant un lieu culturel.

L’IUT est également partie prenante du contrat de "réussite solidaire", piloté par la ville de Bobigny, traitant au cas par cas plusieurs centaines d’élèves en difficultés, en finançant parfois des bourses attribuées sur critères sociaux par un jury comprenant également des élus et des travailleurs sociaux.

"Les collectivités territoriales peuvent avoir un rôle d’ajustement et de complémentarité en multipliant les dispositifs de soutien aux enfants dont l’école ne peut ou ne veut plus s’occuper et en créant les conditions de possibilité d’une seconde chance".

Coopération université-collectivités-acteurs économiques et sociaux

Selon Daniel Verba, "il faut rompre avec l’école qui exclut et sélectionne sur des critères sociologiques. Pour cela, il nous faut réinstaurer un service public d’éducation qui, dans le respect volontariste de la justice sociale, associe l’ensemble des partenaires locaux comme y invitaient par exemple les contrats éducatifs de la fin des années 90. Cela passe par des formations professionnalisées, des coopérations plus étroites avec le monde économique et par conséquent les entreprises, mais aussi avec les collectivités territoriales qui inspirent encore la méfiance voire l’hostilité de certains enseignants."

Cet article a été rédigé pour le supplément du magazine "La gazette des communes", spécial "Entretiens Territoriaux de Strasbourg". Il est issu d’un dossier dédié aux réformes territoriales réalisé par les élèves de l’INET, l’Institut National des Etudes Territoriales formant les hauts fonctionnaires de la Fonction publique territoriale.

Proposition :

  • Associer étroitement centres de recherche, universités, entreprises et pouvoirs publics dans un projet territorial pourvu d’objectifs et de ressources communes
Mise à jour le 14 avril 2012