DOSSIER
Petite Enfance : en finir avec la pénurie !Réussir la transition écologique (3) : priorités pour une politique régionale en matière d’économie d’énergieRéussir la transition écologique (2) : réformer la formation professionnelle "Trois réformes solidaires pour venir au secours des finances locales"Réussir la transition écologique (9) : pour un prêt à taux zéro écolo et populaire
Bastien François, Jean-Marc Pasquet, Jean-Marie Bouguen, Laure Lechatellier, 11 mars 2010

Réussir la transition écologique (10 et fin) : pour un "Pass-formation" universel

Dernière partie de notre dossier sur les "transitions", consacrée à la formation. Face aux transformations liées aux défis écologiques et sociaux, tout le monde n’est pas outillé de la même manière. La formation -initiale ou continue- reste un levier individuel efficace et un bouclier contre le chômage. Les Régions tiennent l’une des clefs de la réponse à la crise : la formation professionnelle, tout au long de la vie. Mais problème : cet ascenseur social n’est sollicité que par celles et ceux qui sont déjà haut dans l’échelle.

Les auteur(e)s

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Jean-Marie Bouguen

Chargé de communication

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Jean-Marc Pasquet
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Jean-Marc Pasquet


Cofondateur du site spécialiste des politiques publiques http://www.novo-ideo.fr, auditeur de la 7e promotion de (...)

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Bastien François

Bastien François est juriste, économiste et politiste de formation. Après avoir commencé sa vie professionnelle comme (...)

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Laure Lechatellier

Vice-présidente conseil régional Ile-de-France chargée de l’action sociale, des formations sanitaires et sociales, de (...)

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Avez-vous déjà bénéficié de la formation continue ?

Supposons que vous travaillez. Il y a une chance sur deux pour que vous disposiez d’un niveau de formation équivalent à un CAP ou un BEP, ou que vous fassiez partie des 120 000 jeunes qui sortent chaque année du système éducatif sans qualification. Si c’est le cas, la réponse est sûrement non. Or, ce sont précisément les publics les plus touchés par le chômage, ou les risques de perte d’emploi. Particulièrement en ce moment.


La Région pour une seconde chance
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Supposons maintenant que vous ne travaillez pas. Ou que vous exercez une activité, mais vous faites partie des cinq millions de travailleurs sans aucune formation. Dans 9 cas sur 10, la réponse est encore non.

Faut-il rappeler que c’est en se formant que l’on progresse, pas seulement pour soi, mais aussi pour l’entreprise ? Un personnel mieux formé est plus motivé, plus efficace, et résiste mieux aux périodes de crises, car plus précieux pour l’entreprise, ou plus facile à employer.

Alors, pourquoi cette situation ?

Nous ne sommes pourtant pas avares de moyens : près de 2% du Produit Intérieur Brut (PIB) est consacré chaque année aux formations professionnelle et continue. Pourquoi cette absence de résultats, quand en Finlande, plus d’un salarié en activité sur deux suit des programmes de formation permanente ? Première raison de cet échec, le labyrinthe administratif. Avec la meilleure volonté du monde, tout citoyen se heurte à la complexité des dispositifs. L’enseignement professionnel initial ? C’est l’Etat. En revanche, ce sont les Régions et les entreprises pour l’apprentissage, et les entreprises et les branches pour les périodes d’activité salariée. Et de nouveau les Régions et le service public de l’emploi en cas de recherche de travail.

Cessons de tergiverser.

Les dispositifs de formation professionnelle se confondent dans un maquis coûteux qui ne parvient pas à répondre efficacement aux enjeux liés aux transitions écologiques et sociales qui s’annoncent.

Le rapport de la Cour des Comptes d’Octobre 2008 sur le sujet pointait de nombreuses faiblesses : « insuffisante mutualisation des fonds collectés par les entreprises », « cloisonnement des dispositifs, aggravé par une faible coordination » entre Etat et Régions... Un bilan très critique.

Malgré la création du Droit individuel à la formation, seulement un tiers des salariés ont accès à la formation, mais une écrasante majorité n’exerce pas ce droit dans les faits. Les droits s’accumulent sur des "compteurs formation" que les salariés craignent parfois d’actionner. Se former reste un "luxe" en France quand c’est une nécessité dans les démocraties du Nord de l’Europe. L’exemple de l’échec d’un dispositif pourtant prometteur tel que la VAE (validation des acquis d’expérience) est le reflet de l’écart entre les discours prometteurs et leur concrétisation, réduite à peau de chagrin par des procédures complexes qui masquent mal une mauvaise volonté manifeste.

Pour remédier à la faiblesse de l’action de formation vis-à-vis des chômeurs et des moins qualifiés, les partenaires sociaux ont débloqué fin 2008 près de 360 millions d’euros, avec l’ambition de passer à 900 millions fin 2009 dans un fonds de « sécurisation des parcours professionnels ». Objectif de l’accord : former 500 000 salariés peu qualifiés et 200 000 chômeurs supplémentaires en concentrant les fonds de la formation professionnelle sur ces publics prioritaires.

Le gouvernement a finalement repris les grandes lignes de l’accord signé le 7 janvier par les partenaires sociaux. Une avancée « petit bras », quand la situation actuelle mériterait un changement d’échelle digne de la loi de juillet 1971, qui refonda l’accès à la formation professionnelle.

La formation professionnelle reste à réinventer.

Les évolutions récentes ont laissé le labyrinthe intact. Le gouvernement a trouvé là un nouveau terrain de son mode d’action favori : parler beaucoup, réformer peu.

Ce faisant, il a mis à profit cette période récente pour poursuivre son double désengagement au détriment :

  • des partenaires sociaux, en diminuant son effort de formation, divisé par plus de 4 en moins de vingt ans,
  • des Régions, sur la période récente (2006/2007), qui récupèrent après les récents transferts de l’EFPA, plus de la moitié des 600 000 stages réalisés chaque année.

Au regard des enjeux colossaux liés à cette compétence régionale qui mobilise près du quart de leur budget, les territoires doivent répondre à ces enjeux délaissés face à l’inaction gouvernementale.

Comment changer les choses ?

Le projet d’Europe Ecologie repose sur un pari éducatif "tout au long de la vie", que nous déclinons simplement à chaque étape de la vie des citoyens. La sélection de notre système éducatif est bien trop brutale et bien trop tôt. Pire : elle ne s’appuie pas suffisamment sur des dispositifs dits de "la seconde chance", entretient de manière sourde une peur française du déclassement et plonge des millions de familles dans une course à la compétition scolaire, dont les premières victimes sont ceux qui n’en ont pas les moyens. L’ensemble du corps social est soumis à un stress de la réussite inacceptable et d’autant plus contreproductif qu’il l’encourage à des stratégies de séparatismes qui alimentent les tensions urbaines.

Pour briser ce cercle vicieux contreproductif pour la société au-delà de la question éducative, nous proposons de recréer une harmonie sociale en dédramatisant les parcours de formation tout en les diversifiant. C’est le sens de notre projet de carte, le « Pass-formation », qui permettra de rendre la formation plus accessible à toutes et tous, et pour toute la durée de la vie. Il s’inspire des expériences nordiques consistant à doter de manière universelle les citoyens d’un crédit formation utilisable durant toute sa vie. Nous proposons qu’il prenne la forme d’une carte créditée de 150 heures de formation sur six ans, utilisable sur catalogue dans toutes les disciplines, et d’autre part d’une offre enrichie par des programmes d’éco-formation (construction, ingénierie, agriculture, technologies) et des besoins émergents (services à la personne, conseil aux entreprises). Cette proposition phare s’inscrit dans une stratégie globale incluant des programmes de remise à niveau, de prévention du décrochage scolaire et d’écoles dites de la seconde chance, destinées aux publics en rupture avec le cursus scolaire classique.

Conclusion : nous devons dépasser l’esprit actuel des réformes en matière de formation, qui ne proposent rien, sinon d’ajouter une page à des programmes déjà surchargés. C’est à une véritable remise à plat de l’outil éducatif que nous appelons en le rendant à même de répondre aux défis écologiques et sociaux de notre époque.

La formation professionnelle doit redevenir un moyen et un espoir d’émancipation et rendre à l’individu une autonomie en le sécurisant dans ses choix.

C’est à ces attentes fondamentales que notre modèle de formation doit répondre : pour que les changements que nous portons soient une opportunité pour chacun et chacune, et non un obstacle que seuls les mieux pourvus au départ sont en capacité de franchir.

Bastien François, Laure Lechatellier et Jean-Marc Pasquet sont candidats sur la liste Europe Ecologie à Paris.

Propositions :

  • créer un Pass formation universel de 150 h, cumulable sur 6 ans, utilisable tout au long de la vie
  • créer des écoles de la deuxième chance
  • chèques formations langues étrangères
Mise à jour le 11 mars 2010