Vers un Pass Navigo unique
Dans un courrier du 2 septembre adressé au Vice-Président en charge des Transports (le Vert Jean-Vincent Placé), le Président de la Commission des Finances, Roger Karoutchi, s’inquiète du "niveau envisagé" pour le Pass Navigo à tarif unique.
L'auteur(e)
Il s’agit d’une promesse du contrat de la majorité francilienne. [1]
L’ancien Ministre UMP pointe le fait que les améliorations du service des Transports d’ici la mise en œuvre effective de ce tarif (2012) ne justifient pas ce qui serait, au final, une hausse de prix importante, en particulier pour les habitant-e-s de Paris et de la petite couronne.
L’impossible équation
Si l’auteur du courrier, membre de l’actuelle opposition régionale, feint de ne pas rappeler que le Pass-navigo unique serait assorti d’un nouveau service, c’est-à-dire la possibilité de se transporter sans changer plusieurs fois de zones, il pointe la saturation prévisible du réseau sur les prochaines années. C’est une difficulté supplémentaire à la mise en œuvre d’une mesure tarifaire potentiellement budgétivore.
Confronté à un retard important sur son offre de services et soumis à des critiques sur sa gouvernance, le Syndicat des Transports d’Ile de France (STIF) annonce qu’il empruntera 600 millions d’euros auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), afin d’acheter du matériel neuf. Un effort bien insuffisant selon les écologistes qui pointent en outre par la voix de Cécile Duflot la récente campagne de communication de cet organisme "peu judicieuse" et tournée sur l’institution. [2]
Les scénarios en présence et jeux d’acteurs
Les lignes A, B du RER, la ligne 13 du métro souffrent en effet d’un sous-investissement de l’Etat ces 15 dernières années.
Comment y remédier tout en respectant les engagements d’homogénéisation des tarifs sur toute l’Ile de France ?
Plusieurs pistes.
La contribution des entreprises au travers du Versement Transports (VT) est à son plafond et soumise à une décision du législateur, rappelle Jean-Vincent Placé dans sa réponse au courrier de Roger Karoutchi. Soutenu par son groupe imposant de 49 élu-e-s écologistes, il évoque également des marges au niveau des collectivités -dont la Région- et de l’usager.
Jean Paul Huchon, le Président de la collectivité, s’apprête à commander une étude sur le financement du dispositif tarif unique et semble désormais freiner des quatre fers sur tout engagement qu’il juge disproportionné de sa collectivité.
Côté majorité, cette empathie du chef de l’exécutif vis-à-vis d’une orthodoxie financière castratrice tend à irriter un nombre croissant d’élu-e-s socialistes et ceux du Front de Gauche.
Valérie Pécresse s’arrime pour l’essentiel à une position nationale d’une défense du Grand 8 Sarkozy et laisse son ex-concurrent aux primaires régionales monter seul au créneau.
Le calme avant la tempête ?
Dés lors, comment résoudre une équation dont les variables sont la réalisation d’une promesse de campagne, l’investissement dans une offre renouvelée de Transports et une évolution des tarifs qui soit supportable pour l’usager ?
Une porte est entre ouverte dans le courrier de Roger Karoutchi et, pour autant que la piste esquissée n’ait qu’un caractère temporaire, représenterait une solution comportant un réel intérêt pour l’ensemble des parties.
Après l’unification en cours des zones 5 et 6, la majorité pourrait proposer une marche supplémentaire dans ce sens : en créant deux zones tarifaires d’ici l’élection présidentielle sur les zones actuelles 1,2,3 et 4,5,6. Cette solution aurait l’avantage de respecter l’engagement pris d’un tarif unique. Elle ménagerait en outre les finances régionales tout en unifiant la contribution mensuelle de l’usager unifiée autour de 70€ mais sur deux zones distinctes, dans un premier temps. [3]
Une manière aussi de réconcilier la frange des écologistes "aménageurs" qui n’ont jamais porté le Pass Navigo unique au premier rang de leur priorité, en considérant l’investissement dans les infrastructures comme le plus urgent et le plus efficace pour faciliter la "ville dense"..
Un tarif sur tout l’Ile de France serait par ailleurs proposé.
Une première étape, donc. Reste à savoir à combien s’établirait le tarif des usagers ne fréquentant pas tout le réseau francilien mais seulement celui qui est à cheval sur les zones actuelles 3 et 4…
[1] Le tarif de 85€ a été publié dans la presse et démenti par le VP aux Transports tandis que Madame Pécresse évoquait un chiffre supérieur à 100€.
[2] La nouvelle campagne de communication du Stif, dont le message central est “le Stif c’est plus qu’un simple logo” fait l’objet d’une diffusion sur 4*3 sur le réseau francilien.
[3] Moitié moins pour les salariés concernés par le VT.
Mise à jour le 21 septembre 2010