DOSSIER
Vers une comptabilité écologique
Benjamin Bibas, La rédaction, 26 août 2010

Vers une comptabilité écologique

Remis en septembre 2009 au Président de la République, le rapport Stiglitz sur « la mesure des performances économiques et du progrès social » a réactualisé un débat vieux au moins d’une quinzaine d’années sur la pertinence du PIB comme indicateur de bien-être d’une société. Discutant la centralité de cet indicateur, la commission Stiglitz lui a adjoint une série d’autres pistes de travail comme la meilleure prise en compte des revenus et du patrimoine des ménages, ou encore la dépréciation du stock des ressources environnementales. Pour définir la richesse d’une société au plus juste, cette approche propose donc de combiner des indicateurs macro-économiques existants.

Les auteur(e)s

Jean Marc Pasquet
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La rédaction

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Benjamin Bibas

37 ans, journaliste, responsable d’une association de production documentaire De formation éclectique (commerce, (...)

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L’approche proposée dans ce dossier est tout autre. Elle essaie de voir si, dès le niveau microéconomique, une entreprise (ou tout autre acteur économique) peut comptabiliser l’impact de son activité sur l’environnement au sens large du terme : pollution, réduction des ressources naturelles, maladies ou dépressions générées par le travail, etc. Un cadre de réflexion, la Responsabilité sociale de l’entreprise, existe déjà en la matière. Mais il se trouve aujourd’hui confronté à des limites de mise en œuvre (caractère peu contraignant de la réglementation, trop rare participation des salariés, quasi inexistence de normes pour les TPE/artisans…).

Un nouveau solde intermédiaire de gestion (SIG) écologique

Pour dépasser ce seul cadre, on peut se demander s’il n’est pas possible de créer un nouveau solde intermédiaire de gestion « écologique » qui intégrerait, au sein même des comptes de l’entreprise, l’impact positif ou négatif produit par celle-ci sur l’environnement.

Cette réflexion est menée par divers acteurs de l’économie solidaire (coopératives, mutuelles, associations…) en quête d’un indicateur pertinent de performance, puisque leur but est justement de réparer des dommages environnementaux ou encore ou de stimuler les échanges immatériels entre les êtres humains. L’association de production documentaire Radiofonies Europe estime ainsi qu’elle serait bien plus riche si elle pouvait mesurer sa « performance économique globale », c’est-à-dire son (très faible) bénéfice net augmenté des (substantielles) externalités positives qu’elle affirme produire sur l’environnement.

Performance économique globale

Cette « performance économique globale » (PEG), indicateur microéconomique né dans le milieu de l’économie solidaire, peut-elle être généralisée à l’ensemble des acteurs économiques ? Peut-elle fournir la base de la fiscalité des entreprises, voire de la rémunération des actionnaires (qui seraient donc incité/es à produire des externalités nettes positives, et non plus négatives, sur l’environnement) ? Peut-elle enfin préfigurer un nouvel indicateur national de richesse qui consisterait en la somme, non pas des valeurs ajoutées (comme le PIB), mais des PEG, agrégeant ainsi à la source l’ensemble des dégradations (et des améliorations) produites par les acteurs économiques sur leur environnement ?

C’est la question que nous avons posée à :

  • Jacques de Saint Front et Michel Veillard, experts comptables, co-animateurs du groupe de travail « Comptabilité et développement durable » au Conseil supérieur de l’Ordre des experts comptables.
  • Francine Bavay, 2e Vice-Présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, en charge du Développement social, de l’Économie sociale et solidaire, de la Santé et du Handicap

Remerciements à Jean Gadrey, économiste, membre de la Commission Stiglitz.

Mise à jour le 7 septembre 2010