A l’école décentralisée de Chicago

Notre école : un véritable parcours du combattant dans lequel les parents les mieux dotés culturellement parviennent à tirer parti et laisse en plan une bonne partie d’autres, moins favorisés.

Après une décennie de décrochage des performances des enfants des écoles primaires françaises, et en particulier ceux des milieux les plus modestes, l’accent mis sur la question des moyens est bousculé par une crise sans précédent des vocations enseignantes. Elle vient contrarier une priorité majeure de notre gouvernement. Les magistrats de la rue Cambon pointent en particulier l’échec scolaire et la gestion des enseignants. On sait que dans ce type de travaux, les comparaisons internationales ne sont pas toujours raison.

L’exemple suivi par la Ville de Chicago ne relève ni du miracle et moins encore de la comparaison infamante, mais il bouscule par son originalité. Dans un contexte urbain difficile marqué par une ségrégation sociale et ethnique, l’ancien Maire (Démocrate) Richard M Daley a obtenu la décentralisation pleine et entière des écoles publiques et de leur personnel. Quels sont les résultats.

Grand changement par rapport à l’ancien système fédéral : les ouvertures et les fermetures des 600 écoles, soit 40 000 employés au total, sont sous la responsabilité du « Chicago Board of Education ». Certains de ces établissements ont mis en oeuvre une démarche qui a produit quelques effets notamment dans les zones difficiles.

Quelle est la pierre angulaire de ce projet local éducatif ?

L’autonomie des voies et moyens des chefs d’établissements, soumis à évaluation. La communauté éducative, elle, s’inscrit ainsi dans une feuille de route. Le « manager » à leur tête s’engage à évaluer les résultats et à en tirer les conséquences organisationnelles. Très éloignée de la tradition française, la spécificité de l’école publique de Chicago relève d’une liberté qui met au second plan la notion même de « programme » au profit de celle de « progrès » scolaire.

La liberté de recrutement des enseignants en est le corolaire. Il n’est pas rare de voir se pointer au bureau d’embauche nombre d’adultes dont ce n’est pas la profession. Des « porteurs de projets » liés aux parcours des postulants, pour la réussite et parfois aussi pour le pire. Ã charge au directeur de l’établissement d’évaluer l’impact de son choix, revenir sur des orientations pédagogiques ou réviser la rémunération des professeurs fixée contractuellement.

Que voit-on lorsqu’on pousse une grille d’un établissement de ce type dans une zone de relégation urbaine ? Souvent un portique pour détecter les armes, un policier à l’entrée qui fait d’ailleurs sa ronde dans l’enceinte de l’établissement. On croise des étudiants qui, la plupart du temps, témoignent d’un progrès par rapport à leur ancienne école. Les pires d’entre elles ressemblent à certaines écoles françaises.

à Chicago, on y rencontre des tuteurs et des adultes qui accompagnent tôt le matin jusqu’à tard le soir

Considérés comme des « usagers », des enfants sont accompagnés pour se nourrir sainement, faire leur devoir, accéder à des activités périscolaires dont l’expression artistique est le parent riche. En un mot, l’individualisation. Dans une main de fer, car ici, le règle du « zéro retard » se décline dans un « code de conduite » détaillant par le menu les « conduites inappropriées » et une échelle de sanctions allant du blâme à l’exclusion définitive.

On est loin de l’objectif de réforme souhaité par la Cour des comptes et la force de l’exemple vient en contraste provocateur des réactions scandalisées par le simple constat de la dimension territoriale d’un projet éducatif. Hélas, dans notre pays, celle-ci s’est imposée de la pire manière au fil des stratégies d’implantations résidentielles et du détricotage de la carte scolaire. Côté contractuels, certaines académies recrutent après un entretien de motivation de quelques minutes. Un pragmatisme sans filet de sécurité semble l’emporter pour « mettre des profs devant les élèves ».

Avec la réforme des rythmes scolaires, les acteurs des territoires sont soumis à l’épreuve de leur priorité éducative.  Ils seront traités à la détestable pesée de la pression locale, s’indignent certains. Il n’est pas encore écrit que dans le reclassement des priorités des territoires qui en résultera, tous les élèves en ressortent perdants. Avec celle des collèges, la Ministre de l’Education, Madame Najat Vallaud-Belkacem a donné aux établissements une autonomie nouvelle. Pour organiser des priorités éducatives plus adaptées à chaque population, le soutien individuel et le travail interdisciplinaire sont les outils privilégiés des enseignants, encore souvent rétifs à faire fonctionner leur propre collégialité. Il reste que la compensation -insuffisante- de l’Etat sur les activités scolaires se traduit dans une grande inégalité d’accès aux dites activités selon les territoires.

Il en va enfin de la réussite de tous les enfants de la République. En France, l’origine sociale reste deux fois plus impactante sur les trajectoires qu’en Finlande. L’école primaire, traditionnellement reléguée au second plan dans notre pays, cristallise désormais toutes les envies de réforme. Il est vrai que 20% des élèves entrants en 6ème ne maitrisent pas les fondamentaux de la lecture.