Après l’échec de la droite, transformer l’école publique

C’est bien dans les toutes premières années que tout se joue

C’est un lieu commun de l’écrire. Pourtant, les pouvoirs publics ont globalement négligé ces années clé dans le devenir de l’enfant. Selon une récente étude de l’INRP,([ « Les inégalités sociales à l’école », Février 2010)] seuls les enfants des cadres ne voient pas se dégrader leurs performances scolaires. C’est un phénomène qui s’accentue ces dix dernières années. Alors que le Gouvernement a confirmé la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires ces trois prochaines années dont près de la moitié devrait être des enseignants, la France ne cesse de perdre pieds par rapport à ses voisins européens. ([Entre 2001 et 2006, la France et la Grande Bretagne voient diminuer fortement leurs résultats en « compréhension de lecture » alors que l’Allemagne et l’Italie augmentent de rang dans les classements.)] Chaque année, 300 000 élèves en classes de CM2 sont concernés par « des lacunes de lecture et d’écriture » et près de la moitié décroche du système scolaire quelques années plus tard, au collège.

En difficulté pour diminuer cette population en échec, l’école échoue sur la réduction des inégalités : l’origine sociale en France s’avère deux fois plus discriminante dans les parcours ultérieurs qu’en Islande, en Finlande ou même en Corée du sud.([ Lire à ce sujet les comparaisons internationales analysées dans le dernier ouvrage de Baudelot et Establet, éditions du Seuil, La République des Idées, « l’élitisme républicain », 2009.)]

Dans son dernier ouvrage publié par le même éditeur ([Les places et les chances Mars 2010 publié par les Seuil dans la collection « La république des idées »)], le sociologue François Dubet argumente que « nous avons de bonnes raisons de penser que le vieux projet de réduction des inégalités entre les catégories sociales entre les dirigeants et les travailleurs, entre les qualifiés et les moins qualifiés, entre les quartiers riches et les moins riches reste la meilleure manière de rendre les sociétés plus vivables et, à terme, de promouvoir indirectement l’égalité des chances. Quand nous raisonnons au plan international, là où les inégalités sont les plus grandes, mieux vaut réduire les inégalités macro sociales plutôt que de créer la concurrence de tous contre tous au nom de l’égalité des chances ».

EVOLUTIONS DISCRIMINANTES ET COHESION SOCIALE

Selon Philippe Merieu, professeur des universités, « il ne sert à rien d’envisager seuls les rythmes scolaires en délaissant les contenus ». Si le temps scolaire français, un des plus court d’Europe, a en effet été calé selon des impératifs économiques (ceux des professionnels du tourisme), les programmes font partie des plus lourds à ingérer dans un temps le plus bref. ([140 jours de scolarité par an.)] Les communes qui ont testé la semaine de quatre jours s’en mordent les doigts et pointent la nervosité des enfants soumis à des journées trop longues et trop denses. On a dans ce domaine cédé aux contraintes (du week-end) des parents les plus mobilisés et, socialement, les plus favorisés.

Au delà, les questions du suivi individualisé des élèves les plus en difficultés, du nombre d’étudiant-e-s par classe se heurtent à la volonté d’économie budgétaire aujourd’hui à l’?uvre.

SORTIR DU TRAITEMENT UNIFORMISÉ

Toutes les évaluations disponibles tablent sur un système d’évaluation en échec et castrateur (notes), celui des redoublements (encore d’usage en France) et plaident pour un suivi particulier des élèves en difficultés par des personnels formés et mieux payés. La rigidité des parcours d’enseignants rend difficile leur intéressement ainsi que la reprise de formations adaptées à ces cours particuliers. Dans l’immédiat, la revalorisation des débuts de carrière est une piste qui fait consensus syndical à défaut d’un accord sur la variabilisation des rémunérations.

Sur les quartiers en difficultés, le modèle des réseaux d’enseignants en soutien individualisé, un temps testé dans le secondaire avant la disparition de leurs moyens, pourrait également répondre aux populations les plus exposées par l’échec scolaire. Mais c’est toute l’approche sur les adultes (alphabétisation, insertion, formation continue…) qui est à remettre à plat si on souhaite favoriser l’environnement de l’enfant.

La France souffre d’un déficit de ses politiques publiques sur les premières années du parcours de l’enfant et le renforcement de la séquence du primaire passe par la consolidation de la maternelle et la construction d’un service public, de filières, dédiés à la petite enfance.

Plus fondamentalement encore, c’est tout le débat de la répartition laissé en jachère qui est la clé de la réduction des inégalités entre les catégories sociales populaires, en décrochage, et les autres. C’est là une piste structurelle d’amélioration des performances scolaires des populations en situation de difficulté accrue.