Douze familles à l’heure du dérèglement climatique

Samuel Turpin est journaliste et photographe, ancien collaborateur de l’agence Gamma. Depuis 1998, il vit dans les terrains de conflit et les zones humanitaires d’urgence, où il a développé une sensibilité forte sur les thématiques liées aux migrations, aux ressources naturelles et leur exploitation.  Il collabore également avec la Fondation Hirondelle, une organisation de journalistes basée en Suisse qui crée et soutient les médias en zone de crise.  Il a actuellement pour objectif de développer le projet Humans&Climate Change Stories, qui offre une approche documentaire des effets du changement climatique à travers 12 familles dans le monde qui seront suivies durant les 10 prochaines années. Entretien.

Jean-Marc Pasquet : Pouvez-vous nous raconter la genèse de Humans&Climate Change Stories ? Où en est ce projet ?

Samuel Turpin :  Le projet est né il y a deux ans. Un concept simple : suivre 12 familles dans le monde impactées par le dérèglement climatique, durant 10 ans. Trois personnages dans chaque famille, de génération différente, qui nous conduisent en immersion dans le dilemme d’un quotidien bouleversé. Nous irons les voir tous les trois ans, c’est-à-dire au final trois chapitres par famille.

La production a -elle- débuté il y a une année. Les premiers chapitres de quatre histoires sont déjà réalisés au Mali, Groenland, Pays-Bas et dans les Alpes. Nous sommes en ce moment dans une dynamique de diffusion avec des partenaires médias, en presse et dans une version radiophonique avec la Radio Télévision Suisse, Radio France Intenationale ou la Radio Télévision Belge.

A l’origine du projet, une forte sensibilité à la thématique environnementale et un constat de plus en plus évident que la compétition autour des ressources naturelles -notamment l’eau et les terres arables- sont au centre des conflits potentiels

Je suis convaincu que le dérèglement climatique constitue le défi de demain, et qu’il ne trouvera pas de réponses dans la seule technologie. Les réponses passeront assurément par un changement de comportement, de philosophie, un rapport révisé de l’homme à la biodiversité qui n’a eu cesse d’assoir une position dominante et de maitrise face aux autres espèces.

On a peut-être, en tant que médias et journalistes, l’occasion d’anticiper et de jouer un autre rôle que celui de « porteurs de mauvaises nouvelles.»

Au-delà de l’impact du changement climatique sur leurs conditions de vie, diriez-vous que les familles que vous avez rencontrées sont également impactées par les politiques publiques menées dans les pays ou les localités qu’elles habitent ?

Sans aucun doute. L’un des objectifs du projet est d’ailleurs de mettre en perspective l’interdépendance des facteurs qui créent un effet levier sur le stress environnemental. Facteurs économiques, politiques, sécuritaires, sanitaires… etc.

Prenons l’exemple de l’histoire réalisée au Groenland

La fonte des glaces ouvre aujourd’hui de nouvelles opportunités pour un territoire autonome du Danemark qui recherche un boost économique en vue d’acquérir son indépendance. L’arctique abriterait près de 25% de réserves mondiales de pétrole et de terres rares, et l’ouverture du passage par le Nord-ouest réduirait de 40% le fret maritime entre l’Asie et l’Europe.

« Même s’il faut rester prudent avec ces scénarios -trois compagnies pétrolières ont par exemple abandonné leur licence d’exploration- le potentiel est énorme mais pas sans risques pour une population très connectée avec la nature et qui reste méfiante« , Samuel TURPIN

Niels, le pêcheur qui nous guide dans cette histoire ne s’en cache pas : le dérèglement climatique est pour lui une aubaine car il peut aujourd’hui pêcher 8 mois dans l’année, contre quatre il y a encore 15 ans.

Les autorités poussent fortement le secteur qui fait encore vivre une majorité de la population, et qui représente 80% des exportations. Dans les villages côtiers, les hommes sont pêcheurs et les femmes travaillent à l’usine de pêche locale. En 2016, la compagnie étatique Royal Greenland engrangeait 954 millions d’euros de bénéfices après que les autorités aient levé les quotas malgré les alertes des comités scientifiques. Un risque de surpêche qui serait fatale pour des milliers de familles qui en dépendent entièrement. Un bénéfice à court terme du dérèglement climatique qui pourrait s’avérer fatale…

Humans&Climate Change Stories est un projet diffusé non seulement par des médias mais aussi par des institutions publiques. Quelles institutions se sont intéressées à vous jusqu’à présent ? Que leur apportez-vous ?

Nous sommes partenaires de la Coopération de Développement Suisse (DDC), de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), mais aussi de l’ONG CARE France. Nous partageons notamment avec nos partenaires des expertises qui nous permettent d’être pointus sur nos choix et sur l’identification des familles. C’est évidemment un point clé du projet. L’histoire n’est pas possible si la famille ne s’inscrit pas dans la durée avec le projet, dans un contrat de confiance.

En fait, nous nous rendons compte que le projet est à la croisée des réflexions et des besoins de nombreux acteurs. Les médias voient l’opportunité de diffuser un contenu original, qualitatif, et multimédia. Les organisations internationales, les coopérations, mais aussi les universités qui travaillent sur la thématique, voient dans ces histoires l’opportunité d’illustrer leur travail de fond, mais qui reste peu accessible à un grand public. Humans&Climate Change Stories donne un visage humain aux chiffres, aux « data » et aux discours. C’est vous, c’est moi. Nous nous identifions aux personnages. Nous les suivons dans leurs doutes, dans leurs choix. C’est le pouls de la planète. Et c’est avant tout une aventure humaine.

 

 

 

Feuille de route sur l’énergie

Approuvé par 195 pays fin 2015, l’accord de Paris visait notamment à limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle, réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre et allouer plus de 100 milliards par an à un fond de lutte contre les effets du changement climatique ».
L’objectif était ambitieux : le seul réchauffement acquis couplé à l’effet futur des gaz déjà émis suffisait dès 2015 à assurer une hausse de 1,5 degrés. Si l’on y ajouter les émissions futures, nous allons désormais vers une hausse de 3,2 degrés selon Climate Action Tracker. Ce qui signifierait en 2100 au moins 2 degrés de plus que ce que nous avons connu cet été.
 
10%

c’est la part de l’électricité mondiale consommée par la climatisation

Le zéro carbone semble loin : la consommation de charbon qui avait reculé en 2015 et 2016 progresse de 1% en 2017. La consommation de pétrole accélère en 2017 (+1,5%, soit la moyenne de 1985 à 2005, contre de +1% de 2006 à 2015). La production d’électricité d’origine renouvelable a augmenté de 6%, mais cette augmentation ne couvre que la moitié de la hausse de la demande mondiale. L’amélioration de l’efficacité énergétique a ralenti en 2017 (+1,7% contre 2,3% les années précédentes), ce que l’Agence Internationale de l’Energie interprète comme un relâchement relatif des efforts des Etats. Enfin, les Etats-Unis ont annoncé la sortie de l’accord de Paris, et le parlement Australien a renoncé à mettre ses engagements dans la loi. Quant au fond mondial, il n’enregistre qu’une dizaine de milliards.
Pourtant l’urgence climatique est reconnue en France, et les français se déclarent majoritairement prêts à payer plus pour réduire leurs émissions
Alors que faire ? D’abord, redoubler les efforts au niveau mondial pour réduire les émissions en ciblant plus ces efforts sur la mesure des resultats et moins sur les annonces. La France seule ne peut rien et d’ici 2100, on peut espérer que les Etats-Unis reviennent dans le jeu collectif. Ensuite, une partie du réchauffement ne pouvant être évitée, augmenter les efforts d’adaptation au réchauffement climatique. Par exemple, des bâtiments pensés pour réduire le besoin en climatisation, qui consomme 10% de l’électricité mondiale.
Il faut en outre veiller à l’efficacité des actions de réduction des émissions. Entre les solutions les plus efficaces (par exemple, la substitution du gaz au charbon ou le reboisement) et les plus coûteuses (certains programmes de biocarburants ), la réduction de CO2 par euro varie d’un rapport de un à cent. Or chaque français émettant au total 13 tonnes de CO2 par an (imports compris), le coût de l’annulation de ces émissions de sera de l’ordre de 1000 euros par an si c’est fait efficacement. Et cet effort sera d’autant augmenté que les solutions retenues seront peu efficaces. Pour éviter cela, il faut fournir de façon transparente un « étalon » pour juger la pertinence de ses actions pour le climat et éviter les « éléphants blancs » : le prix de la tonne de CO2.

« Un dispositif de pilotage qui réduit le chauffage lorsque nous sommes hors de chez nous est d’un excellent rapport coût/bénéfices. Or dans bien des domaines, la France et l’Europe disposent de champions mondiaux des innovations vertes abordables  » Vincent CHAMPAIN

 

Enfin, comme l’a montré le rapport « Transition par l’Innovation » de 2015 études de cas à l’appui, il est possible de réduire les émissions à des coûts abordables. Par exemple, un dispositif de pilotage qui réduit le chauffage lorsque nous sommes hors de chez nous est d’un excellent rapport coût/bénéfices. Or dans bien des domaines, la France et l’Europe disposent de champions mondiaux des « innovations vertes abordables », capables de réduire les émissions de CO2 à un coût par tonne limité. La question du nucléaire doit enfin être abordée avec sérieux, avec tous les coûts de traitement des déchets comme tous les gains liés au carbone évité.
Face à l’ampleur du défi climatique, nous n’avons pas les moyens de nous dispenser d’une analyse sans complaisance du rapport coût/efficacité et de nous égarer dans les fausses solutions. En effet, le pouvoir d’achat des français et le budget alloués au climat étant limités, promouvoir les solutions les plus coûteuses ou se contenter d’annonces, aussi chatoyantes soient-elles, c’est lutter contre le climat.

De Rugy et la « Cité écologiste »

Force est de reconnaitre qu’après cinquante ans d’histoire, les écologistes excellent au moins dans un exercice : se dénier entre eux la qualité d’écologiste. Les réactions à la nomination de François de Rugy en témoignent. François de Rugy s’est lui-même plié à cette facilité en son temps en accusant ses anciens camarades de Europe Ecologie Les Verts de « gauchisme » en posant dans son livre Ecologie ou gauchisme, il faut choisir  une alternative terriblement réductrice. Reconnaitre la pluralité des courants de cette famille politique semble une gageure bien plus difficile que pour le socialisme en son temps.

Comprendre l’appartenance simultanée de François de Rugy et de ses détracteurs à la même famille politique de l’écologie suppose d’accepter un portrait plus riche en variétés de cette sensibilité politique. De nombreux auteurs et de nombreuses œuvres ont abouti à l’émergence de cette nouvelle tendance politique, aussi riche en tensions internes que stimulante par ses différences constitutives.

Une schématisation de cette multiplicité consisterait  à dresser le constat de trois niveaux de radicalité écologique

Une contestation de notre rapport ontologique au monde (le courant de la « Deep Ecology » ou l’écoféminisme par certains de ses aspects) ou à tout le moins de notre éthique dominante (géocentrisme ou biocentrisme versus anthropocentrisme) ; une critique du système-monde capitaliste[i] dans ses capacités à coordonner les conditions de son existence avec celle des cycles de vie et géobiochimiques de la planète (le courant de la décroissance en incarne sans doute le pôle central) ; enfin une critique interne des institutions libérales dans leur incapacité à évoluer d’une société de consommation de masse prédatrice vers une « Cité Ecologiste ». On peut classer les partis politiques verts existants dans ce dernier courant par leur participation récurrente et généralement assez placide à la vie institutionnelle des démocraties libérales[ii]. Dans ce schéma, les oppositions entre François de Rugy et ses amis et leurs anciens camarades « verts » restent à un niveau très superficiel.

Il n’en reste pas moins un contraste toujours brulant entre certaines prétentions « antisystémiques » de l’écologie politique et la sensibilité plutôt libérale de gauche des partis qui l’incarnent. Il constitue une ressource stratégique récurrente pour les conflits internes à l’intérieur des partis verts (procès en «manque de radicalité ») sans jamais aboutir à la réorganisation de ces partis sur un mode révolutionnaire,  y compris non-violent (gandhien), le seul conséquent avec une réflexion authentiquement antisystémique. Le municipalisme libertaire de Murray Boochkin qui en est une tentative de formulation stratégique a fait assez peu d’émules[iii] ! Ce conflit pose toujours en principe préalable une légitimité supérieure du courant « antisystémique » sur le courant « libéral ».

A cet égard, la candidature de François de Rugy à la primaire de la gauche marquait une tentative d’affirmer la pleine légitimité de l’écologie politique « libérale »

Elle n’a pas en effet à s’humilier constamment devant ses concurrentes. Pour commencer, rappelons que c’est elle qui a formé l’expression « écologie politique » avec Bertrand de Jouvenel dans les années 60. Mais elle a une difficulté à décliner souvent plus avant son identité.

Essayons d’en dessiner les contours

Elle commence d’abord avec une critique des apories de la Cité Productiviste[iv]. Quelles sont-elles ? Attachée à « développer les forces productives », cette Cité favorise en amont la mobilité extrême du travail et du capital. Son premier obstacle est le désir d’enracinement toujours renouvelé des populations, national ou local. En aval, elle favorise l’essor d’une consommation effrénée dans les secteurs où des gains de productivité du travail sont les plus aisés. Elle mutile à la fois le travail ainsi déshumanisé et appauvrit l’horizon de l’existence vers l’emballement pour des formes standardisées de consommation[v]. Enfin, elle mutile notre rapport à la nature, non seulement par sa sous-estimation de coûts de son fonctionnement pour les écosystèmes mais en dévalorisant même la gratuité des dons qu’elle nous apporte.

« Elle désagrège la valeur de la vie contemplative et du temps libre, le sens des loisirs et de la fête, et, pour tout dire, elle profane les rythmes de l’existence condamnés à s’ajuster à sa machinerie et à ses ajustements sans fin des « facteurs de production ». In fine, c’est le bonheur même d’être qu’elle menace »

Ensuite, elle a des alliés dans la société « instituée ». Malgré sa puissance (et son culte de la puissance), sa capacité à faire évoluer historiquement le droit en son sens[vi], ses citadelles de pouvoir et d’argent (mal nommés « lobbys »), la force aussi de son imaginaire de « progrès » alimenté par des succès incontestables, la Cité Productiviste n’a pas réussi à effacer les origines libérales de la société moderne, fondée sur une idée moins « balisée » de l’émancipation des individus[vii]. La discipline par excellence qui devrait en réfléchir et thématiser les enjeux, l’économie, a aussi produit des sous-courants comme l’économie de l’environnement ou l’économie du bien-être, qui fournissent des arguments et des outils à qui veut bien s’en servir pour bâtir une Cité Ecologiste[viii]. L’écologie politique libérale peut ainsi, plus facilement que les autres courants, construire un programme de réformes des politiques économiques, budgétaires et sociales[ix].

Si l’écologie, même libérale, reste politique, c’est qu’il y a bien conflit entre ces deux Cités, la Productiviste et l’Ecologiste

Il est impossible de croire que la seconde advienne spontanément de la première, dont la cohérence et la puissance à s’associer aux désirs humains est trop forte pour s’effacer devant la seconde. Mais la Cité Ecologiste ne fait pas table rase non plus de la société existante, parce que la Cité Productiviste est loin de l’englober encore. Les racines libérales de la société, sa conception individualiste de la recherche de la vie bonne, vivent encore associés au désir de puissance sans fin du productivisme.

Plus grave, la Cité Productiviste, qui s’étend sur un nombre toujours plus grand de nations, échoue à intégrer les limites planétaires aux ressources qu’elle consomme.  Par ailleurs, elle s’avère un assez douteux véhicule des valeurs libérales dans les nations qu’elle a séduites (la Chine par exemple). Nous sommes arrivés à un tournant terrifiant dans l’histoire de l’écologie politique. Il s’agissait il y a peu encore de transformer notre civilisation pour l’adapter aux contraintes naturelles,  il devient de plus en plus clair hélas! que c’est davantage la civilisation libérale qui est menacée aujourd’hui des effets incontrôlés du productivisme sur le système planétaire.

La Cité Productiviste a certes ses solutions, qu’elle n’énonce que mezzo voce encore : géoingénierie, génie génétique appliqué à l’espèce humaine le cas échéant, rêveries autour de la maitrise de la fusion nucléaire, extension du domaine de la production au-delà des limites de biosphère — et Elon Musk est son prophète ! Ayant toujours subordonné les droits de l’individu à l’impératif de puissance collective, sa résolution à poursuivre sur sa trajectoire ne fait que peu de doute.

L’alliance de la société libérale et de la Cité Productiviste arrive à un moment critique de son histoire

Et toute l’ambiguïté d’Emmanuel Macron a été mise à nu au moment de la démission de Nicolas Hulot. Très bien, trop bien, trop vite, identifié comme un libéral, Emmanuel Macron incarne  aussi – et sans doute surtout – un projet néo-saint-simonien qui a été quelque peu occulté. Hors celui-ci s’acclimate très bien des renforcements du pouvoir de l’Etat sur les individus : les lois sur l’état d’urgence, la loi asile et immigration en témoignent. Ce « saint-simonisme » acceptera davantage de prendre des mesures de protection pour les abeilles (à miel) que pour les frelons et autres « nuisibles » identifiés par les fédérations de chasse. La contradiction entre les dimensions à la fois individualistes et émancipatrices du projet que François de Rugy avait proposé au cours de la primaire de la gauche et la pratique actuelle du gouvernement est malheureusement éclatante.

Peut-on verdir le « saint-simonisme » ?

Dans sa logique d’ensemble, non, bien entendu (Pour un point du vue opposé, voir Juliette Grange, Pour une philosophie de l’écologie, 2012). Mais il reste suffisamment plastique pour permettre le refus des projets « productivistes » obsolètes (comme l’était l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) et accepter les « innovations écologistes » prometteuses. Concrètement, le transfert des bases de la fiscalité du travail et du capital vers les ressources naturelles est engagé et mérite d’être amplifié au-delà de 1 point du PIB[x]. La réforme du couteux Crédit Impôt Recherche en crédit d’impôt pour l’innovation verte est une piste d’économie et de performance[xi]. Le projet de valoriser Paris comme capitale de la finance verte est bienvenue – ce sont les capitaux privés qu’il faut mobiliser pour des pans de la transition écologique (économies d’énergies et énergies renouvelables). Les idées préconisées dans le rapport CAP 22 de revoir l’invraisemblable suréquipement de la France en aéroports « régionaux », d’instaurer une vignettes poids-lourd et la création de péages urbains sont intéressantes. L’orientation des dépenses de l’assurance-maladie vers des actes de prévention est aussi une source de performance économique et sanitaire. Les contrats de transition écologique peuvent-ils être une occasion d’une relocalisation partielle de l’économie ? Il faut le souhaiter.

De manière générale, la transition écologique peut accompagner la réorganisation des recettes et des dépenses publiques 

« S’agissant de l’ambition, les politiques environnementales constituent un cas emblématique. En théorie, elles ne devraient pas peser sur le budget puisqu’il s’agit de corriger un problème d’externalité : la solution pour cela est d’instaurer un signal-prix incitatif, par l’éco-fiscalité ou des marchés de quotas sous plafond global (voir l’expérience suédoise). L’impact budgétaire peut même être favorable : recettes fiscales à court terme, réduction des dépenses curatives à long terme. »[xii] Les chantiers ne manquent pas avant d’arriver au noyau dur de l’opposition entre les paradigmes écologistes et productivistes. Espérons qu’ils soient mis en œuvre dans les années qui viennent !

NOTES

[i] L’écologie politique serait un mouvement « antisystémique » au sens d’Immanuel Wallerstein au sein du système-monde capitaliste. Voir Comprendre le monde, La Découverte, 2009

[ii] Pour un « échantillonnage » plus complet des courants écologiques, voir Carolyn Merchant, Ecology Second Edition, Humanity Books, 2008

[iii] Lire par exemple Murray Bookchin, Open Letter to the Ecology Movement, 1980, repris dans Toward an Ecological Society, Black Rose Books, 1985

[iv] Nous reprenons ici les analyses de Bertrand de Jouvenel dans Arcadie, Gallimard 2002, et La civilisation de puissance, Fayard, 1976

[v] Sur la « réification » du travail comme facteur de production et sur la consommation comme style de vie aliénant notre rapport au monde, voir aussi Pape François, Lettre Encyclique Laudato Si’, particulièrement §124-129, §203-204 et §222-223

[vi] François Ost, La nature hors la loi, La découverte, 2003 particulièrement les chapitres 2 et 3, et cet exemple, p67 : « le temps du travail, de l’industrie commence ; l’idée et le respect de la propriété foncière doivent faire place à l’idée et au respect de la production. » Lerminier 1831

[vii] Sur le conflit entre l’éthos libéral et l’éthos productiviste dans nos sociétés modernes, voir Michael Oakeshott, Morale et politique dans l’Europe moderne, Les Belles Lettres, 2006 ,  le chapitre VIII sur la théorie politique du productivisme et le chapitre VI sur son articulation avec le « libéralisme historique ».

[viii] Par exemple Gilles Rotillon Economie des ressources naturelles, La découverte, 2005, et, avec Philippe Bontemps, l’économie de l’environnement, La Découverte, 2003

[ix] Nous laisserons les lecteurs juges de la crédibilité d’une offre politique construite autour des propositions figurant dans le livre Gouverner la Décroissance, dir Agnès Sinaï et Mathilde Szuba, Sciences Po les Presses, 2017, particulièrement les chapitres 4 « le rationnement, outil convivial » et 7 « pour un aménagement permaculturel des territoires ». Certaines propositions de ce livre relevant pour leur part de l’écologie libérale et réformiste de gauche la plus traditionnelle (le chapitre 9 sur l’adaptation de notre modèle social ainsi que le chapitre 2 sur la création d’un revenu de transition écologique)

[x] Lire le « Rapport 2018 de la Commission Mondiale sur l’Économie et le Climat » par exemple

[xi] Sur la nécessité d’une politique industrielle verte, en surcroit des politiques de taxations de ressources naturelles, cf Aghion, Cette, Cohen, Changer de modèle, Odile Jacob, 2015, p199-200

[xii] Note du Conseil d’Analyse Economique, n°43.

 

 

Photos : Nathalie Tiennot, Flicker