Océane, 19 ans

Océane, 18 ans, apprentie auxiliaire de puériculture

A la veille d’échéances présidentielles et législatives qui s’annoncent historiques, Novo Ideo prend le pouls du pays. A travers sa série des « Chroniques en France », notre think tank part dans tout l’hexagone recueillir les attentes fondamentales de concitoyen/nes. Entre difficultés quotidiennes et ressorts pour l’avenir : qu’espèrent aujourd’hui les Français de leurs politiques publiques ? Quelles sont leurs « doléances », comme on le demande à chaque grande étape de refondation de la Nation ? Novo Ideo a posé quatre questions à des citoyen/nes de toutes conditions. Ce sont eux qui répondent en formulant les changements nécessaires.

  1. Qu’est ce qui est le plus difficile ou pénible dans votre métier ou votre vie aujourd’hui ? (conditions de travail quotidiennes ou conditions de vie…)
  2. Si vous aviez un candidat à la présidentielle en face de vous, et que vous aviez la possibilité de lui demander de réaliser un seul changement, ce serait lequel ?
  3. Si vous aviez également la possibilité de lui demander de ne pas (trop) toucher quelque chose qui a une importance pour vous, pour aujourd’hui ou pour demain, ce serait quoi ?
  4. Enfin, l’élément le plus important que vous prendrez le plus en considération avant d’aller voter ?

MA BIO

OCEANE, 18 ans

Apprentie auxiliaire de puériculture

Originaire d’une petite ville du Val d’Oise où elle a habité toute sa vie, Océane s’occupe d’enfants en bas âge à Paris en attendant de commencer sa formation d’auxiliaire de puériculture à la rentrée (septembre 2017).
Titulaire d’un CAP Petite enfance obtenu après une seconde générale, elle s’épanouit avec les enfants pour « tout l’amour qu’ils apportent » : « on ne s’ennuie jamais, toutes les journées sont différentes avec eux ». Selon elle, il est socialement important que les enfants puissent disposer de plusieurs cadres de référence adultes, cela leur montre que l’autorité peut se tromper, que les normes peuvent être variables ; cela enrichit leur environnement.
Aînée d’une famille de trois enfants, Océane aime lire, toutes sortes d’auteurs, elle enrichit ses lectures en puisant dans les rayons de la bibliothèque municipale…

Temps de travail : 15 h / semaine

Revenu : 500 euros nets mensuels

Océane, 19 ans

« Transports, durée du travail, âge de la retraite :
être attentif au temps des Français »

Océane18 ans, apprentie auxiliaire de puériculture

Portrait, photo et montage sonore : Benjamin Bibas

Sur une idée de Jean-Marc Pasquet

Christine, 52 ans Auxiliaire de vie sociale

A la veille d’échéances présidentielles et législatives qui s’annoncent historiques, Novo Ideo prend le pouls du pays. A travers sa série des « Chroniques en France », notre think tank part dans tout l’hexagone recueillir les attentes fondamentales de concitoyen/nes. Entre difficultés quotidiennes et ressorts pour l’avenir : qu’espèrent aujourd’hui les Français de leurs politiques publiques ? Quelles sont leurs « doléances », comme on le demande à chaque grande étape de refondation de la Nation ? Novo Ideo a posé quatre questions à des citoyen/nes de toutes conditions. Ce sont eux qui répondent en formulant les changements nécessaires.

  1. Qu’est ce qui est le plus difficile ou pénible dans votre métier ou votre vie aujourd’hui ? (conditions de travail quotidiennes ou conditions de vie…)
  2. Si vous aviez un candidat à la présidentielle en face de vous, et que vous aviez la possibilité de lui demander de réaliser un seul changement, ce serait lequel ?
  3. Si vous aviez également la possibilité de lui demander de ne pas (trop) toucher quelque chose qui a une importance pour vous, pour aujourd’hui ou pour demain, ce serait quoi ?
  4. Enfin, l’élément le plus important que vous prendrez le plus en considération avant d’aller voter ?

MA BIO

CHRISTINE, 52 ans

Auxiliaire de vie sociale dans le Cher depuis 5 ans

Christine a 52 ans. Mariée, 3 enfants, elle est domiciliée dans le Cher dans une commune de 669 habitants. Titulaire d’un CAP, Christine a débuté en tant que coiffeuse puis a exercé 28 ans dans la vente et le commerce. A 44 ans, après un licenciement suivi de deux ans de contentieux, elle opère une reconversion. Elle effectue 9 mois de formation dans un GRETA (groupement d’établissements de formation) avant de devenir Auxiliaire de Vie Sociale (AVS) à AFADO 18, une association d’Aide à Domicile financée par le Conseil départemental du Cher.

Temps de travail : 35 heures officielles, 42 heures en réel

Revenu : 1200 euros nets mensuels

 

Christine

La Sécu, c’est pas le Pérou mais il faut la garder !

ChristineAuxiliaire de vie sociale

Portrait & photo : Nathalie Tiennot, montage : Nathalie Tiennot

Sur une idée de Jean-Marc Pasquet avec Benjamin Bibas

Les autres portraits : « Miguel, ancien SDF en service civique« , « Rudy, 23 ans, au chômage« 

Renouer avec les classes populaires

Le peuple n’en finit pas de consommer sa rupture avec ses élites. Il observe de manière distante ses dirigeants. Les effets d’annonce et le commentaire des évènements signent à ses yeux une impuissance inédite. Sans vision ni projet, les élus semblent ne pas comprendre l’essence même de ses besoins. Ils paraphrasent un discours sur les « valeurs », qui résonne faux et hypocrite à ceux qui n’ont ni les réseaux ni le bénéfice des passe-droits.

De l’impératif de sécurité

Quelles sont les attentes négligées à l’origine de ce divorce ?

De celles, les plus immédiates, face à la terreur incarnée par une frange de sa jeunesse qui a décidé de faire la peau à une autre. De ces 130 visages de novembre, si proche et si familiers, si représentatifs de l’incapacité de notre démocratie à assurer l’essentiel. Attentes sociales et économiques, la France représente un paradoxe en Europe. Elle jouit de filets protecteurs denses. Leur complexité alimente le procès à charge de leur inefficience sans dénouer cette peur grandissante du déclassement. Civilisationnelle, tant le succès enregistré sur la COP21 se double d’une attente forte sur les travaux pratiques.

Comment faire ensemble en vivant séparés ?

Le peuple français a envie d’unité et d’intérêt général. Comme dans la pièce à succès de Joël Pommerat sur la révolution « Ça ira – Fin de Louis », il rejette les castes refermées sur elles-mêmes. A l’image d’une frange significative de la représentation nationale qui n’a connu aucune expérience professionnelle en-dehors de la politique. Comment prétendre partager un horizon commun quand trop de parcours sont le fait des origines sociales, des héritages ou d’un ascenseur social en panne ? Notre société s’est progressivement sédimentée par milieux sociaux, par quartiers puis par communautés. Pire, nos représentants ont parfois failli en poussant à ces évolutions par simple clientélisme électoral.

Rendre visible, retrouver le sens commun

 Nous nous sommes installés dans ce séparatisme les uns des autres. Ce faisant, l’idéal de l’après-guerre, de cette période où un pacte s’était noué entre toutes classes sociales qui avaient vécu ensemble le pire, nous a échappé. Novo Ideo fait état dans deux podcasts d’une expérience d’appropriation du quotidien de classes populaires par elles mêmes, au travers du reportage photographique. De ces jeunes du lycée professionnel René Cassin en grande périphérie de Metz qui font le récit de leurs vies, un portrait d’un bout de France marquée par l’abstentionnisme électoral et l’adhésion au « hors système ». En comprenant les tensions qui traversent cette France des marges, Marine Le Pen a construit un outil redoutable de conquête. C’est en prenant en compte à nouveau les attentes fondamentales de ces « invisibles », en les incluant dans un horizon commun, que les progressistes renoueront avec les classes populaires dont ils ne partagent plus le quotidien.

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Durant une année scolaire, la plasticienne Anne Delrez est intervenue régulièrement dans une classe de première professionnelle commerce du lycée René-Cassin, dans un quartier modeste de Metz. Avec le professeur de français, dans le cadre des heures de « projet », elle tente de donner du sens à leurs voyages les plus banals : leur trajet quotidien entre leur domicile et le lycée.

PODCAST

« Raconter la répétition de leur vie, une heure et demie de trajet le matin, une heure et demie tous les soirs »
Anne Derlrez, La Conserverie, galerie associative et Conservatoire national de l’album de famille, a prêté un appareil photo à des lycéens pour qu’ils fixent leur quotidien (1mn44s)

Aller plus loin : lire l’article de La Croix à ce sujet

Entretien : Jean-Marc Pasquet

Montage : Nathalie Tiennot

Chroniques du quartier du Bataclan (#1)

Début des années 2000, à deux pas du Bataclan, à Paris onzième, le quartier du square Gardette/St-Ambroise, est à la peine. Il souffre de désertification commerciale et de « mono-activité ». La multiplication de grossistes asiatiques du secteur textile gagne les toutes proches rues Popincourt et Folie-Méricourt. La tension se cristallise alors sur « les Chinois ». Des tracts finissent par les pointer comme la source des maux. Quels sont-ils : des nuisances liées aux livraisons, des rideaux de fer baissés qui « endorment » le quartier le soir et le réveillent tôt le matin. Le marché de l’immobilier finit également par accuser le coup. La « zone » est peu attractive. Le Parisien tient une chronique du raz-le-bol d’habitants qui ne parviennent plus que difficilement à vendre leur bien, à se garer, à pousser un landau.

Quinze ans plus tard, le paysage a radicalement changé. Avec l’intervention de la ville via la SEMAEST (Société d’Economie Mixte) et son rachat d’une huitaine de commerces, il s’est progressivement transformé. Cette société d’aménagement est habituée à intervenir en pointillé. Dans des quartiers en déshérence commerciale, elle conseille et accompagne la transition de commerces existants, qu’elle cible en potentielles locomotives du redémarrage d’un ilot plus grand. Sans avoir systématiquement recours à l’achat des murs, elle propose également des « protocoles ». Ils engagent l’acquéreur d’un commerce rénové à loyer modéré, sans l’apport initial qui décourage fréquemment nombre d’entre eux.

Une dynamique locale attire une nouvelle clientèle familiale qui renoue avec des commerces plus au goût du jour. Le boucher s’inscrit davantage dans les usages alimentaires, le fromager se veut « concept ». En une petite décennie, la vacance et les grossistes diminuent de près d’un tiers. Et le commerce change et s’élargit en gamme. Avec cette touche du onzième « bobo », porteur d’une histoire frondeuse et reflet des nouvelles tendances.

Tête de pont et figure de la communauté des commerçants du quartier de la rue Oberkampf, « Charly, l’artisan poissonnier » valorise son meilleur fond de commerce à lui : son humanité. Totalement autodidacte, Juif et Pieds noir, il vient du monde de la nuit. Avec 50 francs et un CAP en poche, il débarque de Marseille pour faire sa vie à Paris. Il aurait pu basculer du mauvais côté, cela ne sera pas le cas. Après de « bonnes rencontres » dont celle de son premier employeur, il démarre ici son commerce en 2004. Fédérateur d’initiatives, il innove. Proscrit depuis longtemps le sac en plastique, signe la charte SeaWeb des poissonniers engagés pour la préservation des ressources, initie des « pauses » de personnes SDF par un réseau de commerçants locaux, expose des créations photographiques locales au dessus de ses bacs à poissons. Charly monte sur tous les fronts et motive le conseil de quartier dont il est membre.

Nathalie Tiennot Photos

Charlie, artisan poissonnier de la rue Oberkampf

Il revient dans cette première partie d’une série de quatre chroniques sur les fondamentaux de son art. Le partage et l’échange. Au lendemain des attentats de novembre, à deux pas, il organise dans son échoppe, une « soupe solidaire » où chacun est invité à apporter sa cuillère. Parcours croisés entre un quartier convalescent, frappé en quelques mois par deux attentats de masse et une icone locale, moteur de sa renaissance.

Une série proposée par Jean-Marc Pasquet et Nathalie Tiennot

Photos : Nathalie Tiennot

 

 

 

Refonder une assurance-chômage durable

Pour Novo Ideo, Bruno Coquet, économiste et expert associé à l’Institut de l’Entreprise[1],  définit les dogmes d’une « assurance-chômage durable ». Pour sortir d’un débat qui suscite les passions avec une feuille de route alliant efficacité et solidarité en période de chômage de masse, sans la dégressivité.

Un système d’assurance chômage doit être obligatoire et universel en ce sens que tous les employeurs, tous les actifs doivent avoir les mêmes droits et les mêmes obligations. Les règles d’indemnisations doivent ensuite respecter ce que commande l’économie de l’assurance : notamment les droits doivent être appropriés aux besoins et à la situation du marché du travail, l’emploi doit toujours être plus intéressant que le chômage, les comportements des employeurs et des salariés qui sont coûteux pour l’assureur doivent être maîtrisés.

Une solidarité incomplète qui nuit à l’efficacité de l’assurance

Même si le chômage apparaît comme la conséquence directe de comportements individuels des employeurs et des salariés, la responsabilité collective y joue un rôle très important, au travers des cycles d’activité, des évolutions structurelles, des choix politiques et sociaux. Une assurance durable doit donc être fondée sur une large solidarité, qui va de pair avec une large mutualisation. Il en résulte une diversification des risques qui permet à l’assureur d’abaisser son coût. Ici comme ailleurs la biodiversité est cruciale.

L’assurance chômage française n’est pas durable car, considérant que seuls les salariés du secteur privé peuvent perdre leur emploi, elle dispense d’affiliation et de cotisation tous les employeurs publics, soit 30% de l’emploi salarié.

A la marge les employeurs publics peuvent choisir de s’affilier à l’Unedic, mais ils préfèrent la plupart du temps « s’auto-assurer ». Et comme en même temps l’Etat ne verse aucune subvention à l’assurance chômage, la France est le seul pays où l’assurance chômage est obligatoire pour les seuls salariés du secteur privé, et où ceux-ci doivent la financer en totalité. Ce problème structurel n’est pas de la compétence de la négociation qui s’ouvre, mais il pèse lourdement sur les comptes de l’Unedic et le coût du travail : si comme en Allemagne chaque salarié était affilié, l’Unedic percevrait 10 Md€ de cotisations supplémentaires par an ou pourrait baisser son taux de cotisation de 6,4% à 4,4%. Il faudrait refonder l’assurance sur des bases sociales et financières plus solidaires.

Des dépenses non-assurantielles qui mettent l’assurance en péril

L’équilibre de l’assurance est aussi compromis par des factures présentées à l’Unedic qui ne relèvent pas directement de sa mission : le financement du service public de l’emploi (3,3 milliards d’euros par an), mais aussi les droits plus généreux que le droit commun (intérimaires et intermittents engendrent un surcoût d’environ 1,5 Md€ par an), ou encore des secteurs exonérés d’affiliation (Industries électriques et gazières) ou bénéficiant d’exemptions de cotisations sur les contrats courts (intérim) créant un manque à gagner de 800 millions d’euros de recettes pour l’Unedic. Au total plus de 5 Md€ ne relèvent pas de l’activité d’assurance mais de politiques publiques, qui devraient être financées par l’impôt.

De cette analyse des dépenses découle une évidence : l’activité assurantielle de l’Unedic est donc largement excédentaire : depuis 2008, la pire crise de l’histoire et un nombre de chômeurs record n’ont jamais mis cette activité en déficit ! La dette de l’Unedic n’est donc pas le fait de leur « générosité » supposée, mais de charges issues du financement de politiques publiques : il serait donc judicieux que l’Etat reprenne à son compte cette dette, ce qui est d’autant plus facile que cette dette est déjà comptabilisée dans la dette publique et qu’un jeu d’écritures suffit. Sans ce boulet fictif de la dette les bases et l’horizon de la négociation seraient bien différents.

100 000 euros

C’est le montant des cotisations versées par un salarié moyen pendant une vie professionnelle sans chômage

Une générosité improbable au prix fort

Comment dans ces conditions parler de « générosité » ? Seule la mise en scène de paramètres réglementaires extrêmes (durée minimales ou maximales d’indemnisation, taux de remplacement, etc.) peut laisser accroire que l’assurance chômage française est particulièrement généreuse. Les différences de générosité sont ténues si l’on observe les droits moyens, et inexistantes dès lors que l’on mesure le revenu réel des chômeurs : en France les chômeurs indemnisés perçoivent très peu de transferts sociaux et fiscaux, environ 20% de leur revenu, contre tandis qu’ils 50% en Allemagne et 80% au Royaume Uni. L’absence de générosité de l’Etat est la vraie raison de l’apparente « générosité » de l’assurance. Pour chaque salarié les contributions à l’Unedic s’élèvent à un mois de salaire net par an. Au total un salarié rémunéré au salaire moyen paiera 100 000 euros de cotisations durant toutes sa carrière s’il n’est jamais au chômage.

La « générosité » est aussi improbable que la faible incitation à reprendre un emploi qu’elle engendrerait : environ 1 million de chômeurs acceptent un emploi chaque mois, bien que souvent cet emploi ne soit pas celui espéré, seulement quelques heures, quelques jours, en « activité réduite ». Inciter à la reprise d’emploi n’apparaît donc par prioritaire, surtout dans la conjoncture actuelle où il n’y en a pas. Et la dégressivité n’est en tout cas pas le bon instrument pour y parvenir : la théorie économique privilégie largement des droits constants voire progressifs, aucune évaluation n’a montré que la dégressivité fonctionnait, une évaluation françaises a montré que cela ne fonctionnait pas.

Face à une telle accumulation, la dégressivité est une solution climato-sceptique appliquée à l’assurance chômage.

 

Des règles mal maîtrisées, coûteuses, qui minent les incitations

L’assurance chômage fait l’unanimité des économistes, ce qui est assez rare pour être souligné : une économie est toujours plus efficace avec une assurance que sans. L’objectif est de lisser le revenu des chômeurs, jusqu’à ce qu’ils ceux-ci retrouvent un emploi conforme à leurs compétences, et tout l’enjeu pour y parvenir se situe dans les règles : trop généreuses ou pas assez elles nuisent à l’efficacité du dispositif, ce qui commande de trouver des règles « optimales », adaptées à la situation du marché du travail et permettant de contrôler les comportements des employeurs et des chômeurs.

En France l’assurance chômage a perdu le sens de sa mission : certaines de ses règles essentielles ne se sont plus adaptées au marché du travail contemporain et induisent des comportements aussi indésirables que coûteux. L’assureur incite parfois à des comportements qui lui coûtent cher plutôt que de les dissuader, notamment en offrant des subventions directes et indirectes aux contrats courts et morcelés.

D’abord, le mode calcul du revenu à remplacer induit des allocations souvent supérieures à ce que prévoit la réglementation, voire supérieures aux revenus moyens tirés de l’emploi ; ensuite la redistribution que l’Unedic organise entre des chômeurs qu’elle pense pauvres parce qu’ils avaient un bas salaire et d’autres réputés riches, ce qui louable mais n’est pas du tout son rôle. La redistribution est une fonction régalienne, et l’assurance chômage un outil inadapté pour le faire. La seule règle saine est que le taux de remplacement soit identique pour tous. Le plus extraordinaire est que nul n’a jamais voulu cela parmi les partenaires sociaux : c’est un fruit inopiné d’une perte de sens de la mission dévolue à l’assureur, et de l’inertie des règles dans un marché du travail en évolution permanente. Ces règles coûteuses doivent être abolies, pour cesser de dépenser en dépit du bon sens : la survie du régime en dépend.

La mission de l’assurance commande d’adapter la durée des droits à la conjoncture : nul besoin d’assurance quand il n’y a pas de chômage, alors qu’elle doit être importante quand le chômage est élevé. Les règles pourraient adapter automatiquement la durée des droits aux évolutions du taux de chômage, comme cela se pratique très efficacement aux Etats-Unis depuis 50 ans. C’est un moyen de maintenir une bonne protection aujourd’hui, tout en gageant des économies pour demain quand le chômage baissera.

Il faut enfin éviter que l’assurance chômage n’incite à la multiplication des contrats courts. Leurs titulaires reviennent massivement en indemnisation, ce qui coûte cher à l’assureur et transforme les allocations chômage en complément de salaire, ce qui n’est non seulement n’est pas leur fonction mais doit être évité à tout prix. Les contrats doivent être taxés indifféremment de leur nature (CDD, intérim, CDI en période d’essai) en fonction de leur durée effective, en rendant les taxes décroissantes à mesure que le contrat est ancien. Il ne s’agit pas pour l’Unedic de taxer plus, mais de taxer mieux, en incitant à l’allongement des contrats, le surcroît de cotisations prélevées sur les plus courts étant déduit de la cotisation des contrats plus longs, au delà de 12 mois par exemple.

La réforme : un enjeu noble et profitable à tous.

Débarrassée d’une dette dont elle est innocente, rendue plus solidaire par la contribution de tous, remise en phase avec les besoins et les nécessités du marché du travail contemporain, l’assurance chômage serait moins coûteuse, plus efficace et plus équitable.

[1] Auteur de : La nouvelle assurance chômage. Pièce en trois actes.
http://www.institut-entreprise.fr/les-publications/la-nouvelle-assurance-chomage

Propositions

1. Rétablir le principe d’une assurance universelle pour les employeurs et les actifs : « mêmes droits, mêmes devoirs »

2. Affiliation et cotisation obligatoire des employeurs publics (30% de l’emploi salarié, 10 milliards de cotisations supplémentaires), des secteurs exonérés (industries électriques et gazières) et des contrats courts (Intérim) et redistribution des surplus en diminuant les cotisations sur les emplois longs

3. Restitution des dépenses non assurantielles dans le giron de l’Etat : financement du service public de l’emploi, surplus des dépenses liés aux bénéficiaires hors droit commun

4. Adaptation des droits comme aux USA selon les évolutions du taux de chômage et maintien des droits constants sans dégressivité