Drogues : Portugal en rémission, France en pleine descente

– Wanna weed, coke, MD… ?

A Intendente, en remontant la rua dos Anjos vers le cœur de la Mouraria, des prostituées africaines habillées court dissimulent leur pipe de haschich. De quoi ne pas être à portée de vue du couple de policiers en faction, tout proche. L’odeur mêlée à celle du tabac se fond aux senteurs épicées des petits restaurants de ce quartier métissé. En descendant, bercé par les effluves, on trouve de tout, à deux pas du métro Rossio. Et parfois même de l’aspirine. Encore un peu plus loin, en s’enfonçant dans le Lisbonne touristique, des vendeurs à la sauvette de substances présentées comme illicites. Ils se mélangent aux touristes, en quête de souvenirs. Ils les hèlent au grand jour. Certains sont interloqués. Puis, le quartier de la soif du Bairro Alto. Le Magic Mushroom, aujourd’hui fermé. C’était une sorte de supérette de la simili dope. Substituts et autres substances hallucinogènes étaient commercialisés dans de sémillants emballages. Sur les pochettes, le détail des effets attendus de la marchandise. Une vendeuse était toujours disponible pour diriger le client en fonction des attentes. Et puis, la demande s’est tassée. Avant que ce pas-de-porte ne change d’enseigne pour vendre aujourd’hui des confiseries. Il a gardé le souvenir ancien et présente en un clin d’oeil ses fraises Tagada comme de puissants euphorisants. A rebours d’une tendance française. Le Portugal a décriminalisé l’usage des drogues et enregistre des résultats à faire frémir tout candidat hexagonal à la présidentielle.

Notre note et nos 6 propositions pour une « politique efficace des drogues »

La révolte de Stonewall

En 1933, les lois américaines interdisent la simple existence de bars gays. Quelques mafieux profitent du manque en ouvrant des enseignes louches pour toute sorte de laissés pour compte : drag queen, clones vêtus de cuir, blacks, latinos et prostitués. Le Stonewall, créé en 1960, est un de ces endroits interlopes au 53 Christopher Street à New York. Il ne désemplit pas. Les gays lui reconnaissent l’immense mérite d’exister.

En 1966, l’interdiction de se regrouper dans les bars est enfin levée

Regain de succès pour le Stonewall. Du coup, chagrin, pour les forces de l’ordre qui préparent une opération spéciale coup de filet dans les milieux de la pègre. C’est le motif de la descente.

27 juin 1969. Il est 3 heures du matin.

9 flics en civil entrent dans le bar. Pétrie d’intentions délicates, la police contrôle un à un les clients avant de les jeter dehors, non sans les gratifier de quelques doux adjectifs. Ils ordonnent la fermeture immédiate du bar.

5 heures du matin. Le bar est vide. La jeunesse gay délogée aurait du s’évanouir aux quatre vents, la peur au ventre. Seulement voilà, ce 27 juin à 5 heures du matin, sur le trottoir de Christopher Street, la jeunesse gay en a assez d’avoir peur et au ventre, elle n’a rien d’autre que la rage. 200. Ils sont 200 à attendre en silence et à laisser monter en eux l’insurrection.

La police sort du Stonewall avec comme prise le barman, le portier ainsi que trois trav’. Cette vision a pour effet celui de l’étincelle sur la poudre. Les folles sont les premières à dégainer. Elles se ruent sur leurs amis arrêtés. Cris, coups, larmes. Et puis pierres et bouteilles sur les policiers. La foule gronde. De tout le quartier arrivent des dizaines de travelos perchés sur talons, pédés en cuir et pire, des lesbiennes.


400.

Ils sont maintenant 400.

Leur belle assurance virile perdue, les policiers se réfugient dans l’antre de leurs adversaires : ils se barricadent dans le Stonewall. Les hurlements redoublent, Un parcmètre est arraché et placé contre la porte : la police est prise au piège. Dans la rue, on allume un brasier. Mais les renforts arrivent, la foule est dispersée et 13 arrestations sont opérées.


8 juin 1969.
La même foule en furie. Ivre de rage et festive. Les unités anti-émeute interviennent sous les jets de bouteilles enflammées. Quelques excentriques se tiennent par le bras et dansent le french cancan. On les calme à coup de matraques, deux heures durant.


29 juin 1969.
Le New York Daily titre : « Descente dans une ruche homo: les abeilles piquées sont devenues folles ! »

500.

Ils sont 500 à gueuler des slogans comme « Gay is good ». Les matraques fondent déchaînées sur les pédés. Une violence inouïe. Beaucoup sont blessés et restent à terre mais deux jours d’émeutes suivront encore.

La révolte des coiffeuses et des folles de Stonewall a donné une conscience politique aux gays et provoqué la première Gaypride en 1970. Fin d’un chapitre qui a permis à d’autres chapitres de s’ouvrir : celui des marches des fiertés LGBT du monde entier.

Pour faire vivre ce bel héritage de courage et de révolte face à l’injustice, une seule chose à faire : marcher.

Décodons les Décodeurs : Oxfam et les dividendes

Ces dernières années, les Décodeurs du Monde nous avaient alertés sur les questions de méthodologie des rapports d’Oxfam, organisation habituée aux affirmations chocs.

Cette année, au contraire, les Décodeurs s’appuient la sortie d’un rapport d’Oxfam pour ajouter de la confusion à la confusion.

Pourquoi ce n’est pas vrai

A l’appui de ces affirmations, les Décodeurs ont examiné les comptes des 1 200 plus grandes entreprises du monde. Or on compte, par exemple, plus de 5 000 entreprises de plus de 250 salariés rien qu’en France, et 3,4 millions d’entreprises au total.

Il est erroné d’affirmer que les dividendes ont augmenté de 30 % dans le monde à partir d’un échantillon si peu représentatif.

Par ailleurs, les Etats-Unis, sont un Etat et un pays. Ils ne distribuent pas de dividendes. Les Décodeurs parlent en fait des entreprises cotées aux Etats-Unis parmi les 1200 plus grandes du monde. Qu’elles représentent 40 % d’une grandeur fixée arbitrairement n’a que peu de signification.

Enfin, entre 2011 et 2017, il y a six années, et pas sept (il faut compter les intervalles, pas les piquets).

C’est plus compliqué

L’investissement en France, cinquième championne mondiale de la spoliation par les actionnaires selon les Décodeurs, se porte, paraît-il, plutôt bien.

Il semblerait que la santé économique d’un pays repose sur des ressorts un peu plus complexes que le partage de 1200 gâteaux… sans quoi la Hongrie, le Maroc et la Pologne (où, d’après le graphique, on ne distribue pas de dividendes du tout), seraient des paradis de l’investissement et de l’intéressement des salariés.

Pourquoi cela ne veut rien dire

On ne peut pas toujours tirer de leçon pertinente d’un échantillon non représentatif (pas ici en tout cas) : par exemple, on ne peut pas dire que les Chinois sont plus riches que les Français car les milliardaires Chinois sont les plus nombreux. De même, additionner les milliards des milliardaires et en faire des pourcentages n’aura pas plus de sens.

Venons-en aux faits

Il faut toujours rester critique, même vis-à-vis de ceux qui prétendent être les parangons de la rigueur intellectuelle.

 

 

 

 

 

 

 

De la gouvernance des politiques publiques de lutte contre la « radicalisation »

Cet article est coécrit par Inès Berradhia, Carole N’gou et Yaya Sogodogo dans le cadre du partenariat entre Novo Ideo et l’Observatoire des Politiques Publiques de Paris-Est Créteil (OPPEC)

Les politiques publiques de lutte contre la radicalisation peuvent être étudiées à partir d’une approche par les acteurs. On constate de plus en plus une diversification des acteurs dans la lutte contre la radicalisation. C’est d’ailleurs ce processus de diversification qui constitue la dimension transversale du PART (Plan d’Action contre la Radicalisation et le Terrorisme). Ce plan, s’il prend en compte un ensemble de mesures sectorielles, associe également différents ministères et des acteurs de cultures professionnelles propres et dotés de savoir-faire singuliers (Manuel Valls, 2016).

L’analyse des politiques publiques est généralement traversée par une tension entre une perspective politiste de raisonnements par le haut (top down) et une perspective sociologique de raisonnements par le bas (bottom up). Tandis que la première soutient que les politiques publiques de lutte contre la radicalisation relèvent essentiellement de l’action gouvernementale et des pouvoirs publics, la seconde affirme que les politiques publiques sont le fruit d’interactions entre des acteurs de diverses natures : publics, privés, associatifs (Lascoumes et Le Galès, 2007). C’est à ce titre que la notion de gouvernance multi-niveaux prend tout son sens.

La cohérence et l’efficacité du plan d’action contre la radicalisation implique que l’administration déconcentrée soit chargée de sa mise en œuvre

Au niveau national, l’État élabore et met en œuvre les politiques publiques de lutte contre la radicalisation. La mise en œuvre de ces politiques est le résultat d’une étroite collaboration entre les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, et de l’Éducation, de la Jeunesse et des sports qui ont vu leurs moyens s’accroître. Le système mis en place a donné naissance à un pilotage administratif[1] dont les modalités de fonctionnement sont prévues par la circulaire du ministre de l’Intérieur en date du 29 avril 2014 afin de détecter les cas de radicalisation et proposer un suivi psychologique et social (Pietrasanta, 2015). Sur le plan judiciaire, l’accent est mis sur la prévention et la prise en charge en matière de radicalisation par la PJJ.[2] On note également la nomination d’un procureur spécialisé dans la lutte contre la radicalisation dans certains départements particulièrement menacés par le phénomène. Il est assisté d’un assistant spécialisé dans la lutte contre la radicalisation dénotant encore une fois du rôle crucial joué par la Justice. L’Éducation, quant à elle, doit exploiter sa dimension culturelle et sa vocation d’intégration sociale. En ce sens, elle doit agir en amont en renforçant l’apprentissage et la transmission de valeurs démocratiques ; la radicalisation étant vue comme un fléau avant tout idéologique.

La cohérence et l’efficacité du plan d’action contre la radicalisation implique que l’administration déconcentrée soit chargée de sa mise en œuvre. Les services de renseignement comptent sur la mobilisation des acteurs de la société civile au niveau local (écoles, autorités locales et travailleurs sociaux…) afin de capturer les « signaux faibles ou très faibles » de la radicalisation d’un individu (Regazzi, 2004). Le Préfet joue donc un rôle majeur dans le dispositif de prévention départemental. Il précise les procédures d’instruction des signalements, organisées autour des services départementaux de renseignement territorial (SDRT). Ce dispositif s’appuie sur trois piliers que sont l’état-major de sécurité (EMS), un comité de suivi mensuel et un réseau de référents de terrain.

Au niveau infranational, on constate la mobilisation d’autres acteurs dans la lutte contre la radicalisation. Dans la commune, le maire a un rôle d’animateur au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (Pietrasanta, 2015). Mais l’Association des Maires d’Ile-de-France (AMIF ) dénonce l’implication de moins en moins forte du pouvoir judiciaire lors des CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance). Son absence lors des conseils affaiblit le partenariat avec l’État. Aussi, la collaboration des élus locaux avec les services de renseignement apparait être aujourd’hui à sens unique, car ils n’ont pas la possibilité d’être informés des risques encourus sur leur territoire. Ainsi, et bien qu’il soit un acteur de proximité incontournable, le maire dispose de peu de moyens dans la mise en œuvre de la politique de prévention. La réaffirmation du rôle de maire comme chef de file dans la prévention de la délinquance et comme acteur majeur du P.A.R.T pourrait accroitre la capacité de détection. A cet effet, on prévoit le développement de plans d’action contre la radicalisation entre l’État et les collectivités.

La forte mobilisation du secteur associatif, à l’exemple du Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI) ou de l’UNISMED participe aussi à la mise en œuvre de cette politique en milieu ouvert. Le CPDSI a été mandaté en 2014, par le ministère de l’Intérieur et le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (SGCIPD) pour mettre en place une « Équipe mobile d’Intervention » sur le territoire national à la disposition des préfectures. Ils collaborent aussi avec les experts de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) et avec une équipe pluridisciplinaire de spécialistes (experts psychiatres, experts « gestion de crise », réseaux associatifs…). Mais, en février 2016, le CPDSI a affirmé sa volonté de se défaire de tout contrôle exécutif en ne renouvelant pas l’offre de partenariat avec l’État. La présidente de l’association, Dounia Bouzar, s’opposait aux propositions de l’Etat sur la déchéance de nationalité des terroristes condamnés. Cela traduit toute la complexité du travail partenarial entre le pouvoir exécutif et le secteur associatif. Cependant peut-on, à partir de l’accompagnement par des travailleurs sociaux, développer un lien privilégié avec un jeune et sa famille ? L’obligation de résultats des pouvoirs publics ne fait-elle pas peser une pression trop importante sur la sphère associative ? Il est difficile de quantifier l’impact du travail social qui recouvre des réalités singulières et un accompagnement individualisé.

La juxtaposition d’acteurs divers complexifie le dispositif de prévention et de lutte contre la radicalisation en posant des problèmes de coordination. Il y a aussi un risque de commercialisation du phénomène face aux multiples associations qui fleurissent. En effet, des structures se créent sans pour autant avoir les compétences utiles. Il serait judicieux que les acteurs crédibles soient recensés dans un fichier accessible au niveau national. Les préfectures, au plus près du terrain, doivent permettre ce recensement (Pietrasanta, 2015).

Il serait judicieux que les acteurs crédibles
soient recensés dans un
fichier accessible au niveau national

La dimension transnationale de la menace terroriste a institutionnalisé un processus de soft gouvernance européen marqué par des mécanismes de convergence horizontale et de formes de « benchmarking ». En ce sens, « la Stratégie de l’Union européenne visant à lutter contre la radicalisation et le recrutement de terroristes fait d’avantage office de document programmatique et de cadrage que de stratégie opérationnelle » (Regazzi, 2004). Pourtant, au niveau international, la radicalisation et le terrorisme apparaissent plus que jamais comme une menace contre la paix et la sécurité internationale.

Le Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT)[3] est l’entité par excellence de lutte contre la radicalisation, le discours terroriste et l’utilisation d’Internet à des fins terroristes. La démarche des Nations unies vise à aider au renforcement des dispositifs prévus aux niveaux nationaux et régionaux en conformité avec le droit international et les droits de l’Homme. La mise en œuvre de politiques publiques de lutte contre la radicalisation peut en effet légitimer une forme de contrôle social alors que l’objectif apparaît d’abord être le renforcement de la cohésion sociale. Dans quelles conditions instaurer cet idéal dans un contexte accru de contrôle social ?

[1] Circulaire du ministre de l’intérieur en date du 29 avril 2014
[2] Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance (2016). Guide interministériel de prévention de la radicalisation. http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Prevention_radicalisation/07/3/Guide_interministeriel_de_prevention_de_la_radicalisation_581073.pdf
[3] Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme(UNCCT). http://www.un.org/fr/terrorism/ctitf/uncct/index.shtml
Sources :
– Gouvernement, (2016). Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme. Dossier Presse.
– Lascoumes, P., Le Galès, P., & Singly, F. (2012), Sociologie de l’action publique (1re éd.), Paris, A. Colin.
– Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance (2016).
– Guide interministériel de prévention de la radicalisation (2016).
– Pietrasanta, S. (2016), La déradicalisation : outil de lutte contre le terrorisme.
– Regazzi, F. (2016), Vers un « multiculturalisme policier » ? La lutte contre la radicalisation en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, étude du CERI.
– Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT).

L’ouvrier face à la taxe sur les robots

TRIBUNE
par Vincent Champain, président de l’Observatoire du Long Terme

A l’issue de la primaire de gauche, Benoît Hamon s’est distingué par un style direct et apparemment sincère, ainsi que par deux propositions phares : le revenu uni­versel et la taxation des robots. Elles peuvent sembler séduisantes. Malheureusement, le diagnostic sur la fin du salariat ne se retrouve pas dans les statistiques. Sur une décennie, la part de l’emploi non salarié a diminué de 7,6 à 6,5 % aux Etats-Unis, pourtant plus en avance que nous en matière de plates-formes numériques, et de 17,8 % à 15,8 % pour les pays de l’OCDE.

« Droit à la paresse »

En outre, l’application du modèle Uber à des relations d’emploi plus durables que le taxi, comme les emplois à domicile, s’est soldée par des échecs. Comme le contrat de mariage, le contrat de travail traduit ce que les économistes appellent des coûts de transaction : il est plus rationnel de faire un choix une bonne fois pour toutes, afin de bénéficier des avantages d’une relation stable et de confiance, que d’encourir le risque et les efforts de refaire ce choix tous les jours. Or le numérique ne réduit fortement ces coûts de transaction que dans certains cas.

Par ailleurs, s’il est utile de déconnecter notre protection sociale du salariat, c’est possible sans pour autant créer un « droit à la paresse » moralement et financièrement insoutenable. Des ­solutions comme le revenu universel d’activité, étudié par l’Observatoire du Long Terme, peuvent le permettre. On peut comprendre qu’une motion de ­congrès, ou, à la rigueur, qu’une primaire se gagne, à gauche ou à droite, sur des orientations imprécises mais séduisantes. Mais, sauf à penser que les promesses politiques n’engagent que ceux qui y croient, on est en droit d’attendre que le candidat, une fois ­désigné, investisse son capital de sympathie sur des solutions plus précises, finançables et efficaces.

Taxer les robots réduirait la richesse par habitant

La taxe sur les robots va un cran plus loin en matière d’idée séduisante mais contre-productive. L’investissement en capital permet de rendre les salariés plus productifs : équipé d’un robot ou d’une machine performante, un ouvrier pourra produire plus et compenser les écarts de coût du travail. C’est ainsi que l’on développera les fameux emplois qualifiés à valeur ajoutée. Réduire cet investissement, c’est ne laisser à l’ouvrier que sa productivité manuelle face à des centaines de millions de personnes dans le monde coûtant dix à cent fois moins cher. Et taxer l’investissement, c’est en réduire doublement les montants investis : les entreprises présentes investiront moins, et celles qui envisageaient de se développer en France choisiront des cieux plus cléments ailleurs en Europe.

Les faits confirment ces évidences, et les analyses présentées sur le site de l’Observatoire du Long Terme sont sans appel. D’abord, la France ne fait pas partie du peloton de tête en matière de robots industriels. Selon l’Inter­national Federation of Robotics, nous avions en 2015 près de 60 % de robots de moins que l’Allemagne par emploi industriel. Ensuite, les pays qui utilisent le plus de robots sont ceux qui ont la croissance la plus élevée. Enfin, cette corrélation s’accélère : elle est deux fois plus forte de 2005 à 2015 qu’elle ne l’était de 1995 à 2005. Taxer les robots accentuerait encore notre écart et réduirait mécaniquement la richesse par habitant de notre pays.

L’Observatoire du Long Terme n’a jamais eu vocation à prendre parti pour ou contre un candidat. En revanche, il a été créé pour apporter dans le débat public des éléments factuels visant à éclairer les enjeux de long terme. Or, en ce qui concerne le lien entre le coût de l’investissement, son niveau et la valeur ajoutée des emplois induits, les faits parlent d’eux-mêmes. Souhaitons que le débat permette aux candidats d’en tenir compte pour affiner leurs propositions.

Cette contribution a été publiée sur le site des Echos le 14 février 2017.
Mise à jour de la proposition de revenu universel de Benoît Hamon au 6 mars 2017.