Relancer l’investissement local sans dispersion

Cette tribune a été publiée par Jean-Marc Pasquet sur le site des Echos le 12 avril 2016.

Les dépenses publiques diminuent. Le gouvernement le doit en partie à la forte baisse des investissements des collectivités. Dans un contexte de bonne tenue de la consommation des ménages et de reprise sensible de l’investissement privé, la faiblesse du moteur territorial a certainement privé la croissance de quelques dixièmes de point. Ceux-là même qui manquent pour inverser la courbe du chômage. La tentation est donc grande d’appuyer sur un bouton de la relance de l’équipement local. Oui, mais lequel.

 

40%

du chiffres d’affaires du BTP dépend des investissements locaux

 

Sur l’exercice écoulé, les décideurs locaux ont fait face à « l’effet de ciseau » entre leurs dépenses et leurs recettes courantes. Bénéficiant d’un début de reprise, les ressources ont continué d’augmenter plus rapidement que le Produit Intérieur Brut mais à un rythme inférieur à celui des années précédentes. Côté dépenses, les communes ont diminué leurs charges de gestion à l’exception toutefois de leur masse salariale, en croissance de près de 4% sur le dernier exercice. Pour les départements, la dynamique des dépenses sociales contraint fortement la décision d’investir tandis que les régions ont difficilement maintenu leur effort au prix d’un endettement accru. Les marges financières des territoires pour relancer l’investissement sont limitées.

Pour le dynamiser, les associations d’élus appellent à un relâchement de la pression sur la décroissance des subsides de l’Etat. La réforme de la Dotation Globale de Fonctionnement, sa principale composante, est actée mais les modalités sont repoussées. Nombre de territoires craignent les effets d’une redistribution à leur dépend. Les conséquences d’un nouveau report, quand bien même il se cumulerait avec un adoucissement du régime d’amaigrissement ne donnent pas la lisibilité nécessaire aux programmations pluriannuelles d’investissements supplémentaires.

La voie la plus rapide passe donc par une impulsion directe de l’effort d’équipement « sous le coude ».

Tabler en effet sur une reconstitution des fondamentaux par l’ouverture d’un robinet de recettes des collectivités aura au mieux des effets à moyen terme. D’une part, parce qu’elles ont presque toutes adoptées leur budget pour 2016. D’autres part, parce que la hausse du point d’indice des salaires des fonctionnaires décidée récemment vient s’ajouter à d’autres mesures nationales qui rendent plus rigides les budgets locaux. Par exemple, la Cour des Comptes estime qu’en 2014, les dispositifs liés à la protection sociale et à la revalorisation des bas salaires expliquent environ 40% de la hausse des charges salariales des territoires, soit près d’un milliard d’euros.

Pour répondre à l’impératif économique dans le timing doublement contraint sur un plan décisionnel et politique, le pilotage d’un tel effort doit être centralisé. Cependant, la mise en œuvre opérationnelle devrait être déléguée localement. En ciblant les thématiques des réseaux de transports publics et de déploiement du Très Haut Débit, cela présenterait le double avantage de conforter la compétitivité globale de nos territoires tout en remplissant les carnets de commande d’opérateurs qui poussent l’emploi local.

La leçon de Podemos à la gauche radicale

Tremblement de terre ou raz-de-marée : il fallait au moins invoquer les catastrophes naturelles pour rendre compte de l’importance du succès de Podemos ce dimanche aux élections générales espagnoles. Certes, les compagnons de Pablo Iglesias — alias Coleta Morada—  et leurs alliés n’ont pas gagné. Mais avec 20,6% des suffrages et 69 députés, on peut sans aucun doute parler de victoire pour un parti qui n’existe que depuis 23 mois… Surtout, ce miroir espagnol nous renvoie l’image de notre propre arène politique, où l’alternative a bien du mal à s’incarner dans autre chose que le Front national.

Dans L’Obs, Paul Quinio se demande ainsi “pourquoi l’extrême gauche française est la plus bête du monde”, tandis qu’en Espagne Podemos taille des croupières à des socialistes plus que jamais aux abois.

Les innombrables chapelles “gauchistes” continuent en France de lorgner la mini-portion du gâteau protestataire qu’elles espèrent rafler à chaque scrutin.

C’est en effet au sein de la gauche française qu’on retrouve les admirateurs de Podemos, même s’ils s’avèrent assez lucides sur les possibilités d’importer un tel modèle dans l’Hexagone.

Podemos est-il de gauche ?

Podemos est un OVNI politique. Les observateurs tâtonnent et les qualificatifs varient de “gauche radicale” à “gauche indignée” tout en établissant des comparatifs parfois hasardeux avec Syriza. Le qualificatif même de “gauche” me semble discutable quand il s’agit de décrire le message et l’identité de Podemos, dont les fondateurs refusent systématiquement de placer leur mouvement sur cet axe qu’ils jugent dépassé. Selon eux, Podemos est avant tout le parti de la gente  — des “vrais gens”, oserais-je dire — en opposition aux élites économiques et politiques qui accaparent le pouvoir depuis 1977 et le retour de la démocratie en Espagne.

Comme me l’a expliqué la sociologue Héloïse Nez dans une interview réalisée pour l’Opinion, Podemos s’est construit en opposition à Izquierda Unida (IU), une coalition de partis née dans les années 1980 autour du Parti communiste espagnol et qu’on pourrait décrire comme l’équivalent ibérique du Front de gauche. En 1996, IU réalisait son meilleur résultat aux élections générales : 2,6 millions de voix (10,54%) et 21 députés. S’en est suivie une décennie de déceptions électorales jusqu’à 2011 et un net redressement dans un contexte politique marqué par l’émergence du mouvement des Indignés et la mise en place de politiques d’austérité.

Comment alors comprendre que, quatre ans plus tard, IU ait presque disparu du paysage politique au profit de Podemos (même s’il faudra attendre une analyse plus fine du scrutin du 20 décembre pour le confirmer) ?

“Ils ne comprennent rien !”

Une première réponse se trouve dans cette vidéo de sept minutes. Il s’agit d’un extrait d’une intervention de Pablo Iglesias lors de l’Assemblée citoyenne de Valladolid le 14 février 2014. Podemos n’avait alors qu’un mois d’existence mais, déjà, la critique sans concession que le jeune professeur de l’Université Complutense de Madrid fait de la stratégie politique de la “gauche radicale” est cinglante.

Pablo Iglesias revient notamment sur le mouvement des “Indignés” de 2011 qui, des semaines durant, a vu des milliers de personnes occuper les places des villes d’Espagne pour exiger une “démocratie réelle maintenant” et dénoncer l’ensemble de la classe politique au cri de : “Ils ne nous représentent pas !” Un vrai rêve éveillé pour un militant d’extrême gauche qui ne jure que par la “convergence des luttes”. Et pourtant, voilà comment ont réagi les étudiants les plus politisés de la faculté où enseignait Pablo Iglesias :

Ils avaient lu Marx et Lénine et, pour la première fois de leur vie, ils ont participé à des assemblées avec des gens normaux. Ils étaient désespérés et disaient : “Ils ne comprennent rien, tu es un ouvrier même si tu ne le sais pas !” Les gens les regardaient comme des extraterrestres et ils rentraient chez eux très tristes parce qu’ils se disaient : “Ils ne comprennent rien !” Mais est-ce que tu te rends compte que c’est toi qui as un problème ? La politique, ce n’est pas avoir raison mais avoir du succès.

Il ne s’agit que d’un exemple mais il est profondément révélateur du discours de Pablo Iglesias : la gauche a perdu la bataille des idées. Les militants peuvent agiter les symboles qu’ils veulent, se draper dans leur pureté doctrinale et vouloir porter la bonne nouvelle au “petit peuple”, ce dernier préfère l’ennemi car il comprend ce qu’il dit. Pire, le chef de file de Podemos souligne le manque d’humilité des militants de gauche et se paye même le luxe de leur rappeler l’une des clés de l’arrivée de Lénine au pouvoir dans la Russie en guerre de 1917 :

Il a dit quelque chose de très simple à tous les Russes, qu’ils soient soldats, paysans ou travailleurs. Il leur a dit : “la paix et du pain”. Et quand il eut dit cela (qui était ce que tout le monde voulait, que la guerre se termine et qu’on puisse manger), alors beaucoup de Russes, qui ne savaient pas s’ils étaient de droite ou de gauche mais qui avaient juste faim, se sont dits : “Peut-être que le chauve a raison”. Et le chauve a eu beaucoup de succès…

Le “gauchiste typique”

Face à une gauche caricaturale, repliée sur ses symboles et sa terminologie, marginalisée et pourtant auto-satisfaite, incapable de sortir de l’espace électoral que le système politique lui accorde, Pablo Iglesias a opté pour la rupture. A l’instar de son challenger libéral, Ciudadanos, il parle des sujets qui préoccupent vraiment les gens. Le chômage, les services publics, la corruption, la crise de la démocratie représentative… Tout en assumant son passé militant aux Jeunesses communistes, son héritage familial républicain marqué par la guerre civile, il n’a jamais demandé un certificat de pureté révolutionnaire pour s’investir dans Podemos, ni frappé d’anathème des électeurs qui affichent leur patriotisme. Des policiers, des soldats, des artisans l’ont depuis rejoint…

Cet affrontement avec la “vieille gauche” a culminé avec le refus de la part de Podemos de s’allier avec IU pour les élections générales dans le cadre d’une candidature “d’unité populaire”. Pour terminer, voilà comment Pablo Iglesias taclait ses “amis” au plus fort de leur dispute :

Vous avez honte de votre pays et de votre peuple. Vous considérez que les gens sont idiots, qu’ils regardent de la télé poubelle et je ne sais quoi d’autre. Alors que, vous, vous êtes instruits et vous adorez vous repaître dans cette espèce de culture de la défaite. Le gauchiste typique, triste, ennuyeux, amer… la lucidité du pessimisme. “On ne peut rien changer, ici les gens sont des imbéciles, ils vont voter Ciudadanos mais, moi, je préfère garder mes 5%, mon drapeau rouge et mon je-ne-sais-quoi”. Je trouve cela très respectable, mais laissez-moi tranquille. Nous ne voulons pas faire cela. Nous voulons gagner. Occupe-toi d’autre chose.

Cet article a été publié sur Medium sur licence Creative Commons.

L’environnement : un pilier de la Green Défense

La publication du Rapport Brundtland, il y a presque 30 ans, fut l’effet d’une bombe dans la façon de penser l’avenir de notre planète, de gérer les secteurs économiques et de lier des thèmes qui semblaient jusqu’à alors totalement séparés. Développement durable et armée. Pourtant, alors que la France va accueillir, à partir du 30 novembre, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris ; le secteur de la défense, l’un des principaux acteurs mondial de la pollution ne va pas être partie prenante de cet évènement qualifié de dernière chance pour sauvegarder notre monde. Au delà, une « Green Defense » pose le constat du lien entre la dégradation socio environnementale et les conflits autant qu’elle se doit d’anticiper les risques encourus sur la sécurité. Les enjeux sont donc immenses.

Une armée « verte »?

D’un premier abord, il peut apparaître assez surréaliste de vouloir « rendre les armées plus verte ». Il est vrai que l’image du soldat défendant l’environnement est loin d’être familière. Au contraire, elle rime plus avec la destruction, au regard des traces que les multiples conflits des siècles passés, mais encore plus de ces dernières décennies, ont pu laisser sur des territoires entiers entre les pollutions au plomb (territoires d’Alsace, Lorraine suite à la Première guerre mondiale), au mercure, au défoliant chimique (agent Orange utilisés par les États-Unis sur les forêts vietnamiennes), comme la présence de munitions non explosées (Irak ou en Serbie) et sur de nombreux territoires français, puisque chaque année plusieurs tonnes de munitions sont retrouvées.

Malheureusement, l’environnement est aussi atteint en période de paix. Cette pollution est principalement issue des manœuvres militaires que cela soit par l’émission de gaz issues des véhicules en entraînement (pensez à la consommation d’un char, d’un Rafale) ou par des contaminations aux métaux lourds (plomb, cuivre, …) du fait de l’utilisation de millions de balles durant des décennies sur des champs de tirs. Mais ces pollutions de sites par l’essai d’armes conventionnelles, ne sont rien à comparer des sites où des expérimentations nucléaires militaires ont été réalisées comme dans les îles Marshall, et l’atoll de Mururoa. Certains servent toujours de zones de stockages de déchets nucléaires pour des siècles. Les conséquences environnementales et sanitaires commencent d’ailleurs à peine à être admises et traitées.

Il ne serait pas honnête de dire que différentes armées à travers le monde (dont là nôtre) n’ont pas pris conscience du lien « climat et défense ». Cependant ce lien est trop souvent observé et réfléchît sous l’angle des risques sécuritaires pour l’Etat (« invasion » de réfugiés climatiques) et non pas sous l’angle de la protection de l’environnement (donc en amont) pour éviter et diminuer ces risques sécuritaires. Ce constat se retrouve d’ailleurs dans la conférence organisée par le Ministère de la défense « Climat et défense : quels enjeux ? » le 14 octobre 2015. Les efforts sur cet axe primordial existent bien évidement, mais ils restent faibles. Les armées tentent ainsi de réduire leur empreinte carbone et l’impact de leurs opérations militaires qu’elles peuvent avoir sur le climat et l’environnement. Si nous prenons le cas du Ministère de la défense, cela s’est traduit par un Brienne de l’environnement (juillet 2008) et là publication d’un rapport Développement durable. Ces mesures ont engendré des actions importantes comme la gestion des déchets, la réduction de dépenses d’énergie ou le démantèlement d’équipements selon des procédures environnementales. Et les enjeux sont de taille. Ils touchent à la double nécessité de réduire certains postes de dépenses exponentielles[1] et de mobiliser un potentiel de RD porté par un tissu dense d’entreprises incluant de nombreuses PME/PMI innovantes.

 Le ministère de la Défense doit monter au front

Malheureusement, malgré le recours accrus à des systèmes de simulateurs de vols et de conduite de chars, pour diminuer l’empreinte carbone, il faut bien constater que les actions réalisées de l’implantation de panneaux solaires, au classement « Natura 2000 » de certains sites, furent trop faibles au regard de la réalité des enjeux. À l’opposé, les industriels de ce secteur ont compris qu’il y avait un gain économique à réaliser en produisant des systèmes moins polluants ou en facilitant le démantèlement des navires contenant des matières très polluantes ; des mesures qui répondent à des normes de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). L’engagement du ministère de la défense au démantèlement de 290 000 tonnes de matériel sur la période 2009/2016 doit à ce titre être renforcé.

Le ministère de la Défense doit également tirer les enseignements de la réalité de nos menaces du XXIe siècle : par une implication directe sur les problématiques écologiques et environnementales. Les conflits en Afrique, qui poussent des milliers de personnes à fuir, comme d’un grand nombre d’Etats du Moyen-Orient ou d’Asie, sont alimentés par le manque de ressources en eau, la sècheresse et la prédation des matières premières. La protection de l’environnement doit être un nouveau pilier des missions de la défense, et doit devenir une réalité lors de ses interventions extérieures. Elle est un facteur clé de la résolution durable des crises. Nos armées doivent ainsi intégrer dans leurs méthodes d’engagement une planification écologique complète du moment ou celles-ci entrent en action jusqu’à la fin des opérations armées. Cette politique répond en outre aux carences capacitaires de nos armées dont « le juste besoin technologique » ou l’interopérabilité sont des variables de nature à renouveler le cadre conceptuel[2] et modifier l’équilibre budgétaire. Cela passe donc nécessairement par la création de nouvelles formations au sein de nos écoles d’officiers pour que nos militaires acquièrent pleinement ce postulat.

En impulsant une nouvelle branche au sein de la politique de défense de notre pays qui aura comme seul objectif de protéger et de prévenir la destruction de notre environnement, nous nous assurerons donc une meilleure sécurité. Cet engagement militaire existe d’une certaine manière déjà, puisque notre marine comme nos gendarmes par exemple protègent et surveillent une partie des zones les plus sensibles du monde face aux pêches illégales qui financent le crime organisé[3] et face au pillage aurifères dans les forêts de Guyane. D’autres armées à travers le monde réalisent des pratiques similaires permettant ainsi de réduire les conflits. Même si le degré de coopération internationale en est à ces balbutiements pour la protection de l’environnement et la promotion d’une économie bleue, celle-ci est devenue une réalité sur notre toit du monde, l’Arctique. Cette zone géopolitique et environnementale de première importance, qui est de plus en plus attractive (sur les plans économiques, diplomatiques, militaires, touristiques) voit ainsi les Etats de cette zone (tels les Etats-Unis et la Russie) mettre en œuvre des procédures commune de sécurité et de protection environnementale depuis la Déclaration de Nuuk (12 mai 2011).

D’autre part, une politique de gestion du coût des sites en amont de toute implantation militaire doit être mise en place, induisant de prévoir une politique de reconversion (tant environnementale, qu’économique). La réflexion sur l’empreinte environnementale des systèmes d’armes produits comme des moyens de transports doit aussi être pris en compte sur l’ensemble de leur cycle de vie (de sa création à son démantèlement) sous peine d’une totale incohérence. La question récurrente des navires militaires souligne la nécessité d’une organisation industrielle de cette filière. Cette réflexion permettra enfin de connaître la réalité du coût complet d’un programme militaire, comme tout produit civil et de voir quel est son impact environnemental. Le gouffre économique des atolls polynésiens actuellement en dépollution suite au programme nucléaire militaire, en est un bon exemple.

Promouvoir ce nouveau pilier pour stabiliser les conflits

La France s’est posée comme défi de réussir cette COP 21 ; exclure les « militaires » qui sont un des premiers pollueurs de la planète, les propriétaires de près de 3000 immeubles et qui doivent en être désormais les protecteurs serait donc un non sens. A l’extérieur, les conflits, trop souvent couteux se révèlent inefficaces parce que la phase de stabilisation – la plus sensible – est également la plus longue et la plus difficile. L’intégration de la question écologique au sens large procède d’une plus grande maîtrise de la reconstruction post-conflit. Elle favorise le nécessaire dépassement d’une doctrine valorisant l’avantage militaire qui annihile les coopérations européennes. Sans ennemi identifié à combattre sur le continent européen, la France peut être à l’initiative d’une meilleure prise en compte de l’effet déstabilisateur des risques climatiques. La fédération des moyens qu’elle suppose, leur rationalisation, sont des moteurs efficaces de prévention des conflits, de leur évitement et de leur règlement.

Cette contribution a été publiée dans la Revue Parlementaire sous la plume du Pdt du groupe EELV au Sénat, JV Placé, elle fait suite aux travaux de Novo Ideo sur la Défense sous la direction de Jean-Marie Collin et à une première publication en version courte le 10 Juillet sur le site de La Tribune : son blog.

[1] En l’espace d’une décennie, les dépenses de carburant du ministère de la défense sont passées de 361 millions (2003) à 566 millions d’euros (2013). (source : « annuaire statistique de la Défense 2013)

[2] « Le besoin de modération du paradigme techniciste et la réorientation des industries au besoin de la Green Defense », (source : « Livre vert de la Défense », 2015)

[3] Un préjudice mondial évalué par INTERPOL à plus de 23 milliards d’euros dont 1 milliard au détriment de la seule Afrique de l’ouest (2012)

La Défense au service de l’environnement ?

La défense au service de l’environnement est une tribune publiée le 13 juillet 2015 par Novo Ideo dans le quotidien La Tribune.

Le Monde est en guerre ! Depuis la publication du Rapport Brundtland, il y a presque 30 ans, la communauté internationale livre un combat pour que le développement durable, donc le respect de l’environnement, s’impose dans toutes les industries et les secteurs économiques.

Alors que la France va accueillir la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris en fin d’année, l’un des principaux acteurs mondial de la pollution risque de ne pas être inclus dans une démarche qui doit l’inclure au premier chef : l’armée.

D’un premier abord, il peut apparaître assez surréaliste de vouloir « rendre les armées plus verte ». Il est vrai que l’image du soldat défendant l’environnement est loin d’être familière. Au contraire, elle rime plus avec la destruction, au regard des traces que les multiples conflits des siècles passés, mais encore plus, de ces dernières décennies a pu laisser sur des territoires entiers entre la présence de munitions non explosées, ou leur extrême pollution au plomb, au mercure et au défoliant chimique. Malheureusement, l’environnement est aussi atteint en période de paix, à travers les nombreuses manœuvres militaires réalisées, que cela soit de la simple pollution produite par les véhicules (pensez à la consommation d’un char, d’un Rafale), à l’endommagement de sites, comme aux essais d’armes conventionnelles ou nucléaires dont les conséquences environnementales et sanitaires commencent à peine à être admises et traitées.

Il ne serait pas honnête de dire que la plupart des armées à travers le monde, n’ont pas pris conscience de leur empreinte carbone et de l’impact que leurs opérations militaires peuvent avoir sur le climat et l’environnement. Si nous prenons le cas du Ministère de la défense, cela s’est traduit par un Brienne de l’environnement (juillet 2008), puis par la publication d’un rapport Développement durable, trop vite oubliée.

Malheureusement, les actions réalisées de l’implantation de panneaux solaires, au classement « Natura 2000 » de certains sites, furent bien faibles au regard de la réalité des enjeux. Accordons que désormais des efforts sont de plus en plus réalisés par les industriels de ce secteur pour tenter de réduire la consommation des carburants, ou faciliter le démantèlement, des navires contenant des matières très polluantes ; des mesures qui répondent à des normes RSE.

Il est désormais temps, que le ministère de la Défense s’implique directement en impulsant une nouvelle politique pour prévenir la destruction de notre environnement, ce qui nous assurera aussi une meilleure sécurité. Les conflits en Afrique, qui pousse des milliers de personnes à fuir, comme d’un grand nombre d’Etats du Moyen Orient ou d’Asie, ont en effet comme base le manque de ressources en eau, la sècheresse et le pillage des matières premières. La protection de l’environnement doit être un nouveau pilier des missions de la défense, et doit devenir une réalité lors de ses interventions extérieures. D’autre part, une politique de gestion du coût des sites en amont de toute implantation militaire doit être mise en place, induisant une politique de reconversion (tant environnementale, qu’économique) des sites. Cette réflexion permettra enfin de connaître la réalité du coût d’un programme militaire, de sa création à sa fin de vie, comme tout produit civil ; et par conséquent induire une plus forte réflexion parlementaire. Le gouffre économique des atolls polynésiens actuellement en dépollution suite au programme nucléaire militaire, en est un bon exemple.

 La France s’est posée comme défi de réussir cette COP 21 ; exclure les « militaires » qui sont un des premier pollueurs de la planète et qui doivent en être désormais les protecteurs seraient un non sens.

Il n’est pas trop tard pour mettre en place une réunion qui comptera non seulement les plus hautes autorités de défense, mais aussi des industriels et des parlementaires qui pourront par la suite travailler avec leur collègue à travers le monde sur la promotion de ce nouveau pilier. L’objectif sera de partager la vision de la problématique environnementale sous l’angle Défense et des moyens à mettre en œuvre et à partager pour sauver notre planète, avec ses militaires.

Les collectivités dans un entonnoir

Entretien avec Gre.mag. Le magazine de la ville de Grenoble pose trois questions à Jean-Marc Pasquet, formateur et spécialiste des finances locales, président du think tank Novo Ideo

En quoi la situation des finances publiques influence-t-elle celle des collectivités locales ?

Sous la précédente mandature présidentielle, la dette publique est passée de 1 200 à 1 800 milliards d’euros. Environ 10 % de cette dette est issue des collectivités. L’État leur verse par ailleurs annuellement une quarantaine de milliards d’euros pour fonctionner.

Ce sont ces transferts qu’il compte diminuer de 11 milliards d’ici à 2017. En diminuant ce qui est pour son budget une dépense, l’État compte ainsi limiter son propre recours à l’endettement. Son objectif est également de limiter les collectivités dans leur volonté de dépenser.

Quelles sont les conséquences pour les collectivités ?

Il leur est demandé un effort sans précédent sur leurs budgets alors même que la population continue à croître et que les communes par exemple ont dû faire face récemment à d’importants transferts de politiques publiques. De leur point de vue, ces décentralisations n’ont pas été accompagnées de compensations en ressources de même importance.

C’est un débat auquel a donné lieu la réforme des rythmes scolaires notamment.

Pour prendre l’exemple d’une commune, quelles peuvent être les marges de manœuvre ?

La commande locale représente une frange importante de secteurs d’activité comme le BTP. Elle a un rôle positif sur l’emploi.

Néanmoins, les collectivités sont appelées à questionner l’efficacité de toutes leurs dépenses, y compris en les mutualisant entre elles. C’est un objectif de la réforme territoriale.

Autre exemple, les communes peuvent agir sur des dépenses « inutiles », telles que les « fluides » (chauffage, éclairage, eau…). Ceux-ci peuvent parfois représenter jusqu’à 10 % des dépenses annuelles d’un équipement. La rénovation des « passoires thermiques », sur le bâti ancien, est donc une opportunité pour dépenser moins en créant de l’emploi tout en étant positif pour l’environnement.