Une courte note, un podcast ou un visuel pour aller plus loin

Pour un Grand Paris de l’Education

Tribune publiée sur le site du quotidien Les Echos le 4 juin 2019 dans le prolongement de nos travaux sur le Grand Débat National

Nous savons que le cycle primaire est essentiel pour le devenir de toute une scolarité. Son échec impacte durablement la qualité de vie, l’emploi et le coût des services sociaux des générations futures sur tout le territoire.

A Paris, dans nos arrondissements populaires, une trentaine d’établissements sont en net décrochage par rapport aux moyennes de réussite au brevet. En Seine-Saint Denis, le département compte deux fois plus de redoublants et seulement un gros tiers des élèves maitrisent les compétences de base en entrée en sixième. Or, nous savons que la qualité de l’école est essentielle. A la recherche de la sécurité, les familles attachent leur choix de résidence à celui de l’école. Ces stratégies sont compréhensibles mais elles déjouent les effets des politiques de mixité et de revitalisation urbaine.

Sur le périmètre du Grand Paris, je propose de rassembler l’ensemble des intervenants de la cause éducative (Etat et administrations déconcentrées, collectivités et leurs agences, associations de l’éducation populaire) autour d’un objectif simple: sur cette zone métropolitaine, aucun enfant ne doit quitter le primaire sans maitriser les compétences fondamentales.

Dans l’immédiat, tous les acteurs franciliens doivent se rassembler pour réussir la réforme du ministre Blanquer qui consiste à diviser par deux les effectifs pour atteindre un maximum d’environ douze élèves dans les CP et CE1 du réseau d’éducation prioritaire (REP et REP +).

L’urgence est de trouver locaux et d’attirer les enseignants. Ce point est fondamental. Au-delà des primes déjà versées par l’éducation nationale – qui pourraient éventuellement être complétées par un régime indemnitaire municipal – les collectivités ne peuvent pas influer directement les possibilité de carrière de l’éducation nationale – à moins d’envisager la création d’un système dérogataire – mais l’accompagnement des enseignants sur le logement et l’amélioration de leurs conditions de travail dans les zones difficiles fait partie de leur vocation.

L’effort sur la condition de travail des enseignants doit se doubler de la nécessité d’ouvrir durablement nos écoles, particulièrement les maternelles et les primaires tôt le matin jusqu’à tard le soir, gage de la réussite.

L’école du « Grand Paris de l’Education » doit être un lieu d’accueil de l’ensemble des intervenants de la chaine éducative et de la parentalité, des travailleurs sanitaires et sociaux aux intervenants des temps périscolaires, des acteurs de l’illettrisme à l’insertion. Chaque parent et enfant en difficulté doit trouver tout au long de la journée, réunis en un lieu unique et familier, référents et tuteurs du parcours éducatif.

Je pense notamment aux mères seules dont les situations de précarité ont été remises en lumière à l’occasion du Grand Débat National. L’accueil doit s’étendre du temps d’apprentissage au suivi de l’après école, y compris de leur propre accompagnement en matière d’emploi, de garde, financier ou psychologique. L’ensemble des acteurs des administrations d’Etat ou locales doivent apporter les réponses à ces familles, sans que celles-ci n’aient à courir ou découper leurs besoins.

Pour arrimer cette volonté, il faut dépasser nos tabous qui entravent l’égalité et l’émancipation républicaine. L’Autorité du « Grand Paris de l’Education » qui permet de rapprocher communes élèves, enseignants et administration scolaire, doit se voir conférer, outre les ressources des acteurs volontaires, une compétence foncière, le transfert des locaux, une plus grande liberté de recrutement et de fixation des rémunérations.

C’est le prix exceptionnel de la réussite éducative. D’autres métropoles l’ont fait pour sortir de l’ornière à l’image de Chicago il y a trente ans, avec le « Chicago Board of Education ». Cette Autorité du « Grand Paris de l’Education » incarnera une volonté pragmatique sous une direction unique car il faut tout un village pour élever un enfant et qu’il n’y aura pas de Grand Paris sans un Grand Paris de l’éducation.

La nouvelle question laïque

« De débattre, mon époque s’est arrêtée » écrit Marylin Maeso dans la Conspiration du Silence, pointant les poisons qui affectent et atomisent le débat public. S’il est un sujet si hautement inflammable qu’en débattre est devenu impossible, c’est bien celui de la Laïcité. Quiconque s’aventure à questionner les implications concrètes, quotidiennes de cette valeur républicaine, reconnue de tous comme cardinale encoure ipso facto le pur procès d’intention.

C’est pourquoi il faut saluer le livre de Laurent Bouvet « la nouvelle question laïque ». Non parce que l’auteur y tenterait un rapprochement irénique des points de vue, mais parce qu’il s’efforce d’abord de donner au lecteur les clefs de compréhension des enjeux idéologiques profonds que masquent trop souvent au public l’outrance ou le caractère injurieux des « arguments » échangés. Dans la « nouvelle question laïque », Laurent Bouvet procède ainsi à une honnête et minutieuse analyse des versions dites « libérale » et « républicaine » de la laïcité pour en dégager les fondements.

« Défendre une politique républicaine de la laïcité suppose d’emprunter, dans cet espace civil, et donc dans le débat public, un chemin de crête, étroit et difficilement praticable, en se conformant au mot d’ordre de Ferdinand Buisson « ni capitulation, ni persécution ». » »De chaque coté en effet, il y a l’abîme ». Laurent BOUVET, « La nouvelle question laïque », 336 pages – Flammarion

L’auteur s’efforce ainsi de montrer que ces conceptions s’opposent selon la façon dont elles ordonnent les deux principes fondamentaux de la laïcité : liberté religieuse et liberté de conscience et dont elle conçoivent du rôle de l’Etat pour en assurer le respect. La forme libérale, s’apparente à la conception anglo-saxone de la laïcité. Elle place en premier la liberté religieuse, la liberté de pratique le culte. Et si elle tient à la neutralité de l’Etat, c’est certes pour contenir la religion dans la sphère privée mais aussi pour assurer la coexistence pacifique des religions dans la société et des modes de vie particuliers qui peuvent s’y attacher et donc arbitrer sur « les accommodements raisonnables » permettant cette coexistence pacifique.

La forme républicaine place en premier la liberté de conscience et par conséquent assigne à l’Etat outre un strict devoir de neutralité et le devoir de protéger l’individu de toute oppression religieuse ou communautaire. Cette conception suppose que la laïcité est un « combat militant» dans la société pour contrer toute assignation religieuse des individus (et notamment des élèves et des femmes) et cantonner les religions à la sphère privée afin de donner sa chance à l’émancipation par la citoyenneté.

Reste la conception laïciste tend à faire de la laïcité une identité et non un principe. Elle est le faux nez des défenseurs de l’héritage de la chrétienté et des identités traditionnelles contre l’islam vu comme une religion inassimilable. Pour Laurent Bouvet, co fondateur du Printemps républicain, la virulence aveuglante des polémiques autour de la question laïque trouve sa source au milieu des années 80. A cette époque renait en effet dans la société française la question identitaire. Portée d’un coté par l’inquiétude française face à l’immigration et son exploitation xénophobe par l’extrême droite que la question identitaire est aussi alimentée à gauche et à l’extrême gauche par l’influence grandissante d’une pensée communautarisme venue des milieux universitaires américains.

Ces sources n’ont de cesse, selon l’auteur d’instrumentaliser la Laïcité qui pour en faire un laïcisme et donner corps à la théorie du choc des civilisation, qui pour en forger une conception libérale, apparentée a conception anglo-saxonne de la laïcité. Laurent Bouvet défend ainsi la conception « républicaine » qu’il situe sur une « ligne de crête » à tenir coute que coute sous peine de sombrer dans l’une ou l’autre des versions « libérale » ou « laïciste ».

Feuille de route sur l’énergie

Approuvé par 195 pays fin 2015, l’accord de Paris visait notamment à limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle, réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre et allouer plus de 100 milliards par an à un fond de lutte contre les effets du changement climatique ».
L’objectif était ambitieux : le seul réchauffement acquis couplé à l’effet futur des gaz déjà émis suffisait dès 2015 à assurer une hausse de 1,5 degrés. Si l’on y ajouter les émissions futures, nous allons désormais vers une hausse de 3,2 degrés selon Climate Action Tracker. Ce qui signifierait en 2100 au moins 2 degrés de plus que ce que nous avons connu cet été.
 
10%

c’est la part de l’électricité mondiale consommée par la climatisation

Le zéro carbone semble loin : la consommation de charbon qui avait reculé en 2015 et 2016 progresse de 1% en 2017. La consommation de pétrole accélère en 2017 (+1,5%, soit la moyenne de 1985 à 2005, contre de +1% de 2006 à 2015). La production d’électricité d’origine renouvelable a augmenté de 6%, mais cette augmentation ne couvre que la moitié de la hausse de la demande mondiale. L’amélioration de l’efficacité énergétique a ralenti en 2017 (+1,7% contre 2,3% les années précédentes), ce que l’Agence Internationale de l’Energie interprète comme un relâchement relatif des efforts des Etats. Enfin, les Etats-Unis ont annoncé la sortie de l’accord de Paris, et le parlement Australien a renoncé à mettre ses engagements dans la loi. Quant au fond mondial, il n’enregistre qu’une dizaine de milliards.
Pourtant l’urgence climatique est reconnue en France, et les français se déclarent majoritairement prêts à payer plus pour réduire leurs émissions
Alors que faire ? D’abord, redoubler les efforts au niveau mondial pour réduire les émissions en ciblant plus ces efforts sur la mesure des resultats et moins sur les annonces. La France seule ne peut rien et d’ici 2100, on peut espérer que les Etats-Unis reviennent dans le jeu collectif. Ensuite, une partie du réchauffement ne pouvant être évitée, augmenter les efforts d’adaptation au réchauffement climatique. Par exemple, des bâtiments pensés pour réduire le besoin en climatisation, qui consomme 10% de l’électricité mondiale.
Il faut en outre veiller à l’efficacité des actions de réduction des émissions. Entre les solutions les plus efficaces (par exemple, la substitution du gaz au charbon ou le reboisement) et les plus coûteuses (certains programmes de biocarburants ), la réduction de CO2 par euro varie d’un rapport de un à cent. Or chaque français émettant au total 13 tonnes de CO2 par an (imports compris), le coût de l’annulation de ces émissions de sera de l’ordre de 1000 euros par an si c’est fait efficacement. Et cet effort sera d’autant augmenté que les solutions retenues seront peu efficaces. Pour éviter cela, il faut fournir de façon transparente un « étalon » pour juger la pertinence de ses actions pour le climat et éviter les « éléphants blancs » : le prix de la tonne de CO2.

« Un dispositif de pilotage qui réduit le chauffage lorsque nous sommes hors de chez nous est d’un excellent rapport coût/bénéfices. Or dans bien des domaines, la France et l’Europe disposent de champions mondiaux des innovations vertes abordables  » Vincent CHAMPAIN

 

Enfin, comme l’a montré le rapport « Transition par l’Innovation » de 2015 études de cas à l’appui, il est possible de réduire les émissions à des coûts abordables. Par exemple, un dispositif de pilotage qui réduit le chauffage lorsque nous sommes hors de chez nous est d’un excellent rapport coût/bénéfices. Or dans bien des domaines, la France et l’Europe disposent de champions mondiaux des « innovations vertes abordables », capables de réduire les émissions de CO2 à un coût par tonne limité. La question du nucléaire doit enfin être abordée avec sérieux, avec tous les coûts de traitement des déchets comme tous les gains liés au carbone évité.
Face à l’ampleur du défi climatique, nous n’avons pas les moyens de nous dispenser d’une analyse sans complaisance du rapport coût/efficacité et de nous égarer dans les fausses solutions. En effet, le pouvoir d’achat des français et le budget alloués au climat étant limités, promouvoir les solutions les plus coûteuses ou se contenter d’annonces, aussi chatoyantes soient-elles, c’est lutter contre le climat.

Gilets jaunes et transports périurbains

Une tribune publiée sur le site du quotidien La Croix, le 29 novembre 2018.

Le déclenchement du mouvement des « gilets jaunes » renvoie à quatre décennies d’aménagement, à une préférence culturelle française pour la maison individuelle. Elle est nourrie par des attentes à la fois environnementale, de sécurité, du meilleur avenir pour les enfants. Avec la concentration accrue de l’emploi dans les pôles urbains, la hausse du coût du foncier qui a poussé également aux périphéries, les temps de trajet entre travail et domicile se sont allongés. Sur cette période, l’offre de Transports publics reste peu compétitive au regard de la baisse constante du coût de la voiture et de l’inadaptation de l’offre alternative dans les périphéries. Cette tendance à la diminution des coûts va concerner la voiture électrique, hybride ou autonome. Demain, si on ne fait rien, nos embouteillages pollués d’aujourd’hui se transformeront en congestion de véhicules intelligents et propres. Et après ?

« La connexion de nos écrans pour l’achat de billets, la facturation selon les usages, des tarifications réduites sur les heures creuses peuvent redonner sureté, vitesse et praticité », Jean-Marc PASQUET

D’aucuns sont tentés de redonner de la part modale aux transports en communs par la gratuité. Alors que celle-ci est quatre fois moindre que celle occupée par la voiture, pourtant deux fois plus chère. En réalité, le financement par l’impôt d’une telle option présente des résultats dans des réseaux essentiellement désertés des petites agglomérations. Dans les métropoles, elle priverait de subsides conséquents l’effort nécessaire de remise à niveau de l’offre.

Comment inciter à un changement de comportement massif en gagnant sur les deux tableaux du transport sûr et du pouvoir d’achat ?

Quarante millions de trajets quotidiens en Ile-de-France peuvent d’ores et déjà être fluidifiés par quelques adaptations. La connexion de nos écrans pour l’achat de billets, la facturation selon les usages, des tarifications réduites sur les heures creuses peuvent redonner sureté, vitesse et praticité.

D’autres leviers existent mais ils nécessitent des investissements plus lourds.

Intra-muros, l’usage décroissant de l’automobile va de pair avec la densité de l’offre en transports en commun. Au-delà, une étape supplémentaire peut être franchie si les métropoles prennent leur part dans le traitement de la circulation hors de leurs limites, en offrant à chacun une solution de rabattement vers les réseaux de transports publics. A l’image des expériences réussies de Bâle ou de Fribourg. Ces aires urbaines ont réussi à décupler la part des déplacements à pieds, en vélo, en car-express ou en tramway avec des gares de transports multimodaux dotés de parkings relais, propres et sécurisés. Du « super-périphérique » de l’A86 jusqu’aux limites de l’actuel, ce panel d’opportunités doit libérer le cœur de la métropole, irrigué par des couronnes désencombrées.

C’est en quoi la contribution de l’automobile à cet ultime point de passage vers le cœur de la ville prend sens. Le péage urbain vers l’hyper centre doit être perçu comme l’ultime opportunité de quitter son automobile pour un usage plus écologique et moins couteux. C’est un sas qu’on peut choisir de passer malgré tout, seul en voiture, moyennant une contribution. A quoi serviront les sommes collectées ? A accélérer la mise en œuvre de ce nouveau pacte de mobilités durables. A redonner de la compétitivité à nos réseaux de transports publics sous forme de voies et pistes réservées, précisément pour ceux qui sont exclus d’alternatives à l’automobile individuelle.

Nous devons le faire également pour des raisons liées au bruit et à la pollution. Le mouvement actuel est le miroir aberrant de choix destructeurs pour notre environnement et dont les coûts sont prohibitifs. Cela ne s’arrangera pas, quel que soit le niveau des taxes. Son caractère anarchique nous saisit tel le coup de pied de l’âne coincé dans une impasse.

Photo : Nathalie Tiennot

Une prime pour la transition climatique

Une tribune publiée dans Les Echos le 27 novembre 2018.

La hausse récente des carburants ne représente qu’une fraction des efforts qui seront nécessaires pour tenir les objectifs climatiques. La grogne qui l’a accompagnée nous rappelle donc l’importance de concilier protection du pouvoir d’achat et protection du climat.

En France, un ménage génère environ 26 tonnes de CO2 par an (en incluant le CO2 des produits importés). Passer de 26 tonnes à zéro coûte 2 à 3000 euros par an, soit la moitié du budget d’alimentation d’un ménage ou la totalité de l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le transport est l’un des secteurs qui a déjà fait le plus d’efforts pour intégrer le « coût réel du CO2 », même s’il lui reste encore la majorité du chemin à parcourir. Ce sont l’industrie et la construction qui ont encore le plus de chemin à parcourir.

On pensait initialement que cet effort serait plus progressif car lissé par la croissance : si elle était de 3%, les revenus augmenteraient d’ici 2030 d’un montant suffisant pour financer dix fois l’effort climatique. Malheureusement, la richesse par tête n’a augmenté en moyenne que de 0.3% par an depuis dix ans. Pour les plus modestes, elle stagne depuis 2002. Ces derniers sont donc pris en tenaille entre un pouvoir d’achat stable et des coûts en hausse.

Selon l’OFCE, la trajectoire carbone coûtera d’ici 2022 l’équivalent de 50% de l’épargne des 20% des français les plus modestes, contre 25 fois moins (moins de 2%) pour les 20% les plus riches

Pourtant il faut agir : si nous ne faisons rien, les conséquences directes que nous subirons seront encore pires, sans compter les impacts indirects comme la hausse des migrations climatiques. Mais l’ampleur de l’effort nous impose d’abord d’assurer qu’il soit réalisé aussi efficacement que possible, et d’autre part que ses effets massifs sur le pouvoir d’achat soient amortis.

D’abord, le coût de la transition climatique sera d’autant plus réduit que nous nous focaliserons sur les solutions aux coûts par tonne de CO2 les plus bas. Ainsi, il vaut mieux isoler les habitations les plus énergivores que promouvoir les biocarburants (jusqu’à 1000 euros la tonne de CO2). De même, certaines énergies peu carbonées ont un intérêt limité si elles sont placées au mauvais endroit (solaire dans le Nord) ou si elles induisent des coûts déraisonnables de stockage ou d’ajustement entre offre et demande électrique.

« Il vaut mieux isoler les habitations les plus énergivores que promouvoir les biocarburants », Vincent CHAMPAIN

Ensuite, s’il est vrai que le plus efficace pour décarboner l’économie est de nous confronter au vrai prix du CO2, on doit en traiter les effets sur le pouvoir d’achat de façon systématique – sauf à susciter le rejet de la population. Les hausses de taxe carbone à venir devront donc être associées à un mécanisme structurel de soutien au pouvoir d’achat. Par exemple une prime pour la transition climatique (PTC) forfaitaire, calculée notamment en fonction du besoin initial de mobilité et de chauffage des ménages. Elle limiterait le risque d’appauvrissement en compensant à peu près le niveau initial de la taxe carbone, tout en gardant l’effet d’incitation à réduire les émissions puisque les produits carbonés verront leur coût augmenter. Le montant de la PTC étant lié au revenu de la taxe carbone, elle diminuera avec la réduction des émissions de CO2, tout en laissant aux français les plus modestes une épargne suffisante pour faire les investissements nécessaires.

Il existe déjà des aides à la décarbonisation que la création d’une telle prime pourrait unifier, tout en apportant la garantie que la hausse de la fiscalité verte vise des objectifs climatiques plutôt que des objectifs financiers. La définition précise des critères de cette prime pourrait faire l’objet d’une conférence annuelle définissant le meilleur compromis entre faisabilité pratique, simplicité du dispositif et protection des catégories les plus vulnérables.

Comme la prime d’activité, créée pour éviter les trappes à bas salaires, la PTC limiterait les « trappes à pauvreté climatique » qui risquent d’être créées par l’ampleur de l’effort de décarbonisation, notamment pour les revenus les plus modestes. Il faut reconnaître au gouvernement d’Edouard Philippe son ambition sur le climat, mais cette ambition nécessite justement de ne pas faire du climat l’ennemi du pouvoir d’achat.