Une courte note, un podcast ou un visuel pour aller plus loin

De l’intelligence artificielle : définition #Episode1

En discutant avec mon entourage (qui n’est pas forcément dans le digital), je me suis rendue compte que l’approche de ce sujet peut sembler parfois difficile, voir « terrorisant » car les articles semblent inaccessibles pour des novices. En créant ce blog, je souhaite partager mes recherches suite à mes propres questionnements, mais aussi, mes découvertes au travers de présentations d’entreprises innovantes sur l’Intelligence Artificielle.

 

#Episode1

Commençons par le commencement, qu’est-ce-que l’AI (Artificial intelligence) ou en version française l’IA (Intelligence artificielle)?

En 1956, le terme Intelligence Artificielle apparaît pour la première fois dans un programme scientifique américain intitulé « Logic Theorist », il se rapprochait d’un processus de décision humain. Comment? En modélisant chaque problème par un arbre, pour le résoudre il sélectionnait la branche qui donnerait le résultat le plus proche de l’objectif final. De nombreuses recherches, on fait évoluer ce sujet, je vous invite à lire l’histoire de l’IA.

Revenons sur la définition de l’IA…

L’Intelligence Artificielle, au travers de différentes techniques permet aux machines d’imiter une forme d’intelligence humaine. Par exemple, résoudre des problèmes complexes, optimiser un temps de travail en utilisant des processus réflectifs semblables à ceux des humains.

L’IA est une partie du domaine informatique qui est ciblée sur l’automatisation de comportements intelligents.

L’Intelligence Artificielle ne s’arrête pas là elle englobe le Machine Learning, c’est de l’IA plus avancé puisque là nous parlons d’apprentissage.

On ne programme plus la machine, la machine est capable à partir d’exemples qu’on lui a renseigné de trouver des solutions.

Puis, dans le Machine Learning, on trouve le Deep Learning, beaucoup plus performant car on ajoute les réseaux de neurones. Le réseaux de neurones a la particularité d’être dans un auto-apprentissage. C’est comme un cerveau humain, il renvoie les informations à un programme composé d’algorithmes et qui sont ensuite réparties sur l’ensemble du réseau.

C’est Alan Turing, en 1950 qui démontre par la théorie du calcul que n’importe quel calcul peut être représenté numériquement. Ses idées suggèrent la possibilité de construire un cerveau artificiel.

 

MEMO

1. L’Intelligence Artificielle englobe le Machine Learning et le Deep Learning

2. Le Deep learning est composé de réseau de neurones.

 

Les collectivités à l’austérité (douce) contractuelle

Un complément de notre dossier « Le projet présidentiel à l’épreuve des faits ».

La Loi de Finances 2018 adoptée récemment confirme la contribution des collectivités locales au redressement des finances publiques, soit une économie de 11 milliards sur la période 2012 à 2017, passée à 13 milliards sur 2017 à 2022. La logique de « contrat » qui est consacrée vient en assouplissement de la baisse unilatérale des dotations décidée par l’Etat sous l’ancienne mandature. La péréquation et le soutien à l’investissement sont également favorisés.

La diminution du besoin annuel de financement est un objectif affiché avec un levier privilégié de contrainte sur les dépenses courantes de fonctionnement. Celles-ci devront évoluer au plus de 1,2% (pour les communes et les régions), avec un plafonnement des dépenses sociales de 2% pour les départements. Pour respecter ces contraintes, les collectivités principales (représentant 60 milliards de dépenses de fonctionnement) s’engagent dans un contrat sur trois années, approuvé par l’organe délibérant. Les taux de progression des dépenses peuvent être modulés selon la population, le revenu par habitant, etc. Dans le cas d’un non respecté, il peut donner lieu à une reprise sur la DGF, sur la base de 75% de l’écart constaté, plafonnée à 2% des recettes de fonctionnement.

En parallèle, les collectivités devront tendre vers un rapport entre leur dette et leur « épargne brute » de 9 ans (régions), 10% (départements) et 12 ans pour le bloc communal.

Dans ce contexte, l’engagement de l’Etat en termes de ressources est de 105 milliards d’euros dont la frange de DGF, globalement sanctuarisée, au prélèvement en faveur des régions près (3,8 milliards au titre du prélèvement de TVA pour renforcer leur compétence économique). Concernant la Contribution à la Valeur Ajoutée des Entreprises (CVAE), son produit est territorialisé et non en fonction de l’appartenance à un groupe, ce qui pouvait conduire à de l’optimisation fiscale. Des fractions supplémentaires de fiscalité (TICPE) sont transférées aux départements et régions pour financer les transferts de compétences.

Les fonds de péréquation sont renforcés à l’image des communes avec la Dotation de Solidarité Urbaine (DSU : +110 millions d’euros) et la Dotation de Solidarité Rurale (DSR : + 90 millions d’euros)

Enfin le « dégrèvement » de la Taxe d’Habitation (TH) à « 80% » multiplie sur trois ans par deux le nombre de bénéficiaires actuels en fonction du revenu fiscal actuel et du quotient familial (<27 000 euros pour une part et 43 000 euros pour deux parts) sur la base des taux et abattements de 2017. Les hausses d’impôts ultérieures seraient donc à la charge du contribuable local ce qui justifie un mécanisme de plafonnement de ces hausses, à décider par la Conférence Nationale des Territoires. D’autres questions sont encore à trancher en lien avec la TH telles que le sort de taxes additionnelles liées ou le devenir des règles de lien entre les taux.

Personnes SDF : dépasser l’urgence

L’URGENCE C’EST LE COURT TERME

Je suis travailleur social, depuis septembre 2008 pour une grande association d’insertion dans un centre d’hébergement d’urgence qui a réouvert dans le 10ème arrondissement, après une complète rénovation qui a été engendrée grâce à la loi 2002- 2 évoquée plus loin. Ce centre etait un dortoir insalubre, il a été transformé en un havre de repos pour des personnes qui sorte de la rue. C’est un centre de stabilisation qui porte le projet de réinsérer les personnes par la culture, l’art et la citoyenneté. C’est un piste sérieuse pour répondre à l’exclusion sociale des personnes.

J’ai auparavant oeuvré pendant 3 ans dans une équipe de maraude d’intervention sociale, pour cette même association, dans le nord est de paris ( 9,10,18 et 19 ème arrdts). Maraude financée par la mairie de paris et les arrondissements dans lesquels nous intervenons. Antérieurement, je fus bénévole aux Restos du Coeur depuis l’an 2000. Cela fait plus de 10 ans que je côtoie le public exclu, avec plus ou moins de recul. Je suis travailleur social de fait, embauché grâce à mon expérience, et par ma vision décalé par rapport au travail social, étant urbaniste de formation.

A PARIS ET EN ILE-DE-FRANCE

En fait, en premier lieu, il faudrait que tout le monde ; les politiques, les médias, les citoyens se mettent à essayer de comprendre les failles du public et les raisons qui font qu’il y a autant de SDF à Paris. Parler « d’urgence » pour les SDF n’est pas approprié, l’urgence c’est le court terme, c’est le fait de palier aux insuffisances pour aider à la survie et pour faire une comparaison facile, ce n’est pas avec les urgences simples que l’on traite les graves maladies, mais c’est le premier accès avant le traitement de fond. Sauf qu’en la matière, on ne traite presque jamais du fond, faute de moyens financiers et surtout faute de temps pour les intervenants.

Réapprendre à gérer un logement prend du temps et dépend de l’état initial de la personne, il faut avant qu’elle apprenne à s’apprécier d’abord et reprenne confiance en elle. Quant on parle de « cassés » en parlant des personnes qui vivent depuis longtemps à la rue, ce qui est véridique, on peut comprendre que ce n’est pas qu’avec un logement en bonne et due forme qu’on va résoudre tous ses problèmes.

La seule urgence véritable est ce qu’on appelle le « primo-arrivant à la rue », celui qui n’est pas encore atteint profondément par les différents maux que génèrent celle-ci. Encore faut il que les services sociaux répondent présents ! Et puis , vivre à la rue entraine un effet que je qualifierai « d’Indiana Jones», je survis à la rue, aux épreuves qu’elle impose, donc je pourrai survivre à tout, malgré tout. C’est aussi un conditionnement dans un instinct de survie.

Déjà, il faut savoir qu’il y a une forte densité de structures d’accueil dans la capitale, de prise en compte des publics en errance à Paris. Densité incomparable lorsqu’on franchit le périph’, il n’y a guère qu’à Créteil ou Nanterre, où on peut constater un tissu associatif destiné au public en errance, et en état d’exclusion. Par exemple, dans le 10ème, il y a 7 « accueils de jour » qui informent, orientent et tentent de régler les situations, 3 sont spécialisés vers certains publics ( tox/ jeunes/migrants) les autres sont généralistes. Tous sont fermés le week-end et à partir de 18h00. ( il est de toute façon difficile d’aider ces personnes dans ces périodes là , les administrations, services sociaux etc? étant fermés). En dehors de ces moments, interviennent les équipes bénévoles, de soupes populaires, et les « urgences » et Samu social ( cf plus bas).

Néanmoins, le tissu parisien même s’il est dense est totalement engorgé par les demandes. Par ailleurs, il est assis sur les systèmes de solidarités confessionnelles, même si certaines se sont laïcisées.

MANQUE DE PERENNITE DES DISPOSITIFS

Le problème du secteur, c’est le manque de pérennité des mesures, des structures et du personnel. Empiriquement, cela s’explique, assez naturellement, par le fait que chaque ministre ( ou adjoint en mairie) du social, chaque président veut « régler le problème », et chamboule le système. Et comme le ministre des affaires sociales, et/ou du logement, et/ou de la solidarité et/ou de la sante change(nt) tous les ans ? Aujourd’hui, la priorité c’est le logement d’abord, ce qui est assez décalé par rapport à la situation réelle des personnes à la rue.
D’autre part, il y a un fort lien entre l’exclusion sociale et la réduction du nombre de place en santé mentale. L’errance est la condition de vie de beaucoup de schizophrènes, paranoïaques. Des problématiques personnelles qui trouvaient un terrain propice de développement dans l’instinct d’ « Indiana Jones » évoqué plus haut.

Législativement, le secteur de l’exclusion est encadré par deux lois loi 2002-2 et celle qui a instauré le RSA. La première a généré une transformation radicale et bénéfique du secteur. Même si les effets se font ressentir que maintenant, elle permet d’humaniser les structures d’hébergement, de responsabiliser un peu plus les intervenants, de donner un place plus significatives aux publics accueillis dans les différents services sociaux. Elle permet aussi de redonner une place sociétale aux personnes en difficulté via un système de représentation à l’intérieur des structures. La seconde a réduit la logique de seuil qui rendait absurde le système d’insertion.

Dernièrement, à Paris, et en Ile de France, en lien avec une loi dite 2002-2 (LOI no 2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale), et aussi avec le mouvement du Canal qui s’est produit en 2004, nous assistons à un nouveau chamboulement, qui s’il promet des lendemains meilleurs ne va rien régler du tout. Le nouveau mot magique s’appelle « SIAO » : système intégré d’accueil et d’orientation.

C’est un outil informatique et pratique qui vise à mettre en commun toutes les places d’hébergements en stabilisation (stabilisation qui est le contraire des centres d’urgence : type Nanterre, Mie de pain etc?). Idée qui apparait noble mais qui induira un fichage de tous les publics aujourd’hui dans les structures, pour la plupart gérées par des associations. Ces associations vont être soumises, et n’auront plus leur libre arbitre pour appliquer leur politique d’accueil (notamment inconditionnel). Fichage ne signifie pas garantie d’obtention du droit.

En lien avec ce SIAO ; les hommes du ministère ou de la préfecture ont concocté un questionnaire que les travailleurs sociaux devront faire remplir à tous les SDF qui voudraient avoir un hébergement : 15 pages de questions sur l’identité, le passé et les objectifs des personnes qui ne sont vraiment pas forcement en état d’en avoir un. Des personnes qui sont fatiguées, par un stress, un manque de sommeil, le système D, et tout simplement par la vie dehors qui est épuisante.

115 DEFICIENT

Ce SIAO est une sorte de 115 pour les hébergements de transition entre l’urgence et le logement « normal ». Le problème du 115, c’est qu’il n’est déjà pas efficace. Car le système d’urgence souffre d’une absence totale de contrôle. Sans compter une maltraitance de son personnel, (cf grève de 2010), il maltraite le public en demande : des interrogatoires d’une demi heure , après au minimum une heure d’attente sans juger des évaluations sociales que les travailleurs sociaux peuvent faire, pour souvent avoir à la fin une fin de non recevoir.

Les sdf n’appellent pas le 115, parce que le 115 ne s’arrête pas sur les groupes de plus de 2 personnes, parce qu’il recale les personnes qui parle mal le français, celles qui ne sont pas à Paris depuis plus de 3 mois (dehors). Les SDF n’appellent pas le 115 parce qu’ils connaissent les solutions : la boulangerie, une ancienne caserne transformée en centre d’urgence, le Chapsa (Nanterre), la mie de pain, Yves Garel ? même type de centre vieillot, où il est dangereux de dormir, où il est impossible d’avoir une intimité et surtout où les personnels sont des veilleurs de nuit et non des éducateurs ou assistants sociaux qui sont les postes les plus communs dans le secteur social. Des travailleurs pas adaptés au public très cassé donc.

Et pourtant, les politiques ont une influence possible sur ce Samu Social, notamment en termes de gouvernance et de financement. Et même si les centres cités ci-dessous sont pour certains en train d’être « humanisés », comme c’est le cas pour Yves Garel et la Mie de Pain, ces dortoirs ne permettent que trop rarement de retrouver une estime de soi, élément préalable à toute reconstruction sociale.

SE POSER, SE REPOSER, REPRENDRE CONFIANCE

Ce qu’il faut développer, c’est des lieux où les personnes en grande souffrance puisse « se poser, se reposer, reprendre confiance », comme le disait l’Abbé Pierre dans son appel en 1954. L’endroit où je travaille aujourd’hui est absolument ce qu’il faut développer. Les moyens ont été mis, tant en personnel qu’en possibilités pour créer de l’interaction avec l’extérieur. Ce qui peut développer le sentiment d’insertion, d’être dans la société à part entière.

La domiciliation est aussi un véritable casse-tête. Pour pouvoir demander ses droits, un SDF a besoin de tous ses papiers, et pour que l’administration lui donne ses droits il lui faut une adresse ?
Sauf que le service public destiné aux SDF (Permanence sociale d’accueil) qui s’occupe théoriquement de domicilier les sdf parisiens recale systématiquement, les étrangers en situation irrégulière, les européens, ceux qui ont perdu leur(s) papier(s) et ceux qui ont eu le malheur de débarquer à Paris en venant de province.

Sans abris : inclure par la consommation

Avec les évolutions de ces dernières années, les centres d’accueils sont désormais axés vers la « stabilisation ». De la prise en charge sanitaire à l’alimentation, l’horizon donné aux sans abris est souvent rétréci à un très court terme, synonyme de déshumanisation. Un véritable labyrinthe fait de délais de prises en charge et de relances quotidiennes auprès de guichets saturés. Cela favorise peu leur reconstruction. Ils sont près de 140 000 personnes dans ce cas.

Des initiatives citoyennes à grande échelle sont en passe de dédoubler ce système public. A l’image de l’expérience portée par l’association « Le Carillon », dans le onzième arrondissement de Paris. Ce collectif anime un réseau de commerçants et de particuliers d’un quartier, afin de soutenir les personnes à la rue. Son modèle fait l’objet d’études de dizaines de collectivités qui y ont été sensibilisées par les grands médias. La ville de Seattle y a même accédé en vue d’une adaptation locale.

Le projet repose sur une offre de services gratuits proposés par les commerçants membres du réseau.

Elle est identifiée par les sans abris grâce à des pictogrammes collés sur les vitrines tels qu’un accès aux toilettes, une recharge téléphonique, un verre d’eau ou une coupe de cheveux. D’autres services sont accessibles sur présentation de bons distribués par les bénévoles. Les consommateurs alimentent cette monnaie locale par des dons : un sandwich acheté contre un café offert, par exemple. Pour chaque achat, le consommateur membre de l’association reçoit un bon qu’il peut donner à une personne SDF. Celle ci l’utilise auprès des commerçants adhérents du réseau.

La redistribution est aussi concrète qu’indolore. Les bénéficiaires sont orientés à la fois par les antennes sociales locales et par des bénévoles. Ceux ci sont en charge d’animer le réseau de commerçants et d’informer les potentiels bénéficiaires qu’ils croisent.

Chaque acteur y trouve son compte. Les commerçants qui captent par ce biais une clientèle « solidaire ». Les bénéficiaires se fondent dans la clientèle avec un accès banalisé à des services répartis sur un territoire. Enfin, les pouvoirs publics qui voient ainsi un second filet citoyen et commercial doubler à peu de frais l’offre publique d’insertion.

L’expérience ne produit pas de miracles. Elle s’adresse à des bénéficiaires dont la rupture avec la société n’est pas encore totalement achevée. Elle procède d’une action de réinclusion par la consommation auprès de petits commerçants attachés à un territoire.

La nouvelle offre de services gratuits procède également par empathie avec le bénéficiaire dans son parcours. Elle n’est pas une prise en charge globale. Elle complète l’approche des services publics traditionnels, elle la change d’échelle en l’humanisant. On estime ainsi que l’offre de toilettes dans les commerces volontaires a triplé sur la zone expérimentée. Il s’agit d’une dynamique sur un territoire qui repose sur les fonctions fondamentales des commerçants : l’échange et la proximité.Personnes sans abris : inclure par la consommation

embouteillage sur les Champs Élysées

Trois bonnes raisons de réduire la place de la voiture à Paris (et en ville)

Les polémiques parisiennes sur des pistes cyclables récentes ont mis cet été 2017 le sujet de la mobilité urbaine à la une. Elles centrent le débat sur la lutte entre vélos et voitures pour l’occupation de l’espace dédié à la circulation. Mise en cause : la politique de rééquilibrage au détriment du moyen de transport qui occupe la moitié de la rue pour seulement 13 % des déplacements, l’automobile…

Depuis près de 15 ans, Paris ouvre de l’espace aux vélos, aux piétons et aux transports en commun de surface, donc Paris en retire aux voitures. Sur les boulevards des maréchaux, sur les quais de Seine, sur l’avenue de la Grande Armée, le long de la rue de Rivoli également. Mais aussi et surtout dans des rues moins emblématiques, sous le radar médiatique, mais très importantes pour les riverains (comme en témoignent le succès des projets de piétonnisation du budget participatif, exemple : la rue Mouffetard).

13 %

des déplacements en automobile pour 50% de l’espace public occupé

Ce débat ne doit pas nous faire oublier que la dynamique de réduction de l’automobile en ville concerne les grandes métropoles régionales et mondiales (New York, Séoul, Los Angeles, Londres pour ne citer que quelques métropoles connues), et ce pour deux raisons qui se complètent.

Diminuer la pollution

C’est l’inconvénient le plus évident de l’automobile : elle pollue. Les villes du monde entier cherchent donc à diminuer leur présence pour deux raisons : pour préserver la santé des habitants (particules fines) et respecter les engagements de lutte contre le réchauffement climatique.

Les moteurs thermiques, malgré leurs améliorations depuis plus d’un siècle d’existence, émettent du CO2, contributeur du réchauffement climatique, ainsi que du NOx (surtout les moteurs Diesel) et des particules fines, les PM10 et PM2,5. Ces dernières déclenchent des seuils d’alerte à la pollution atmosphérique et conduisent les autorités à mettre en place une circulation différenciée (en fonction des vignettes Crit’Air par exemple) et à l’exclusion progressive des moteurs Diesel et des plus anciens moteurs à essence.

Les enjeux de santé publique sont énormes. Une étude de l’Agence européenne de l’environnement, publiée le 11 octobre 2017, estime le nombre de morts prématurées à plus d’un demi-million pour la continent européen (487 600 pour les pays de l’Union européenne). Le charbon (chauffage individuel, centrales électriques) fait partie des coupables. Les villes françaises ne sont pas concernées par les émissions de centrales à charbon, la pollution aux particules fines vient donc principalement des moteurs et serait la cause de 45 840 décès par an.

À ces décès, il convient d’ajouter la mortalité routière. 3655 personnes sont mortes dans un accident en 2016, dont 559 piétons et 108 enfants de moins de 14 ans. Le poids et la vitesse des véhicules individuels sont évidemment en cause. Cette « fatalité » n’est d’ailleurs hélas que peu remise en cause dans les écrits sur les véhicules autonomes.

Dans le cadre de cette nuisance, le remplacement des moteurs thermiques par des moteurs électriques ou des hybrides essence est la bonne voie. Pour peu que la source énergétique ne soit pas trop carbonée : la pollution ne serait alors que déplacée, pas éliminée.

A l’enjeu de santé publique s’ajoute celui du climat. Paris et les villes du C40 se sont par exemple engagées à respecter en leur nom l’Accord de Paris signé à la COP21. Sachant que les villes représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre, les transports en leur sein est un levier important.

Cet engagement explique la course technologique actuelle des « villes monde » (pour reprendre une expression fétiche de la maire de Paris) aux véhicules autonomes électriques, aux zones zéro émission, à l’autopartage type Autolib’, etc. La ville Lumière s’enorgueillit d’être leader mondiale dans ce domaine, la présidence du C40 exercée par Anne Hidalgo n’est sans doute pas étrangère à cet activisme.

« Le véhicule continue d’occuper de 10 à 12 mètres carré de surface pour un seul occupant dans la grande majorité des cas… »

C’est aussi la raison de l’exclusion progressive des diesel jusqu’en 2020 et des moteurs thermiques à essence pour 2030. Une tendance par ailleurs mondiale puisque la France ou le Royaume-Uni devraient les interdire pour 2040, la Chine y réfléchit également. Sans parler des entreprises comme Google ou Tesla qui poussent à l’adoption de véhicules électriques et / ou autonomes.

Reconquérir l’espace public

Toutefois, un embouteillage de voitures électriques, autonomes ou pas, cela reste un embouteillage et congestionne la ville. Tout électrique ou autonome qu’il soit, le véhicule continue d’occuper de 10 à 12 mètres carré de surface pour un seul occupant dans la grande majorité des cas.

C’est pourquoi le deuxième aspect de l’incompatibilité de la ville et des voitures est l’occupation de l’espace, en mouvement ou à l’arrêt.

C’est là l’aspect le plus conflictuel de cette politique de rééquilibrage, car avec cette problématique de l’espace, la solution ne réside pas dans l’attente d’une solution technique ou technologique mais dans le réaménagement progressif et constant des villes en défaveur des véhicules motorisés.

Tant qu’il s’agit de remplacer une voiture thermique par une voiture électrique, les habitués des déplacements motorisés ne râlent qu’à la marge. La solution de remplacement ne changera en rien leurs habitudes. Tandis que retirer une voie de circulation et inciter à lâcher l’automobile au profit du métro ou du tramway, voire du vélo, voilà qui pose grandement problème !

Cette reconquête de l’espace public est toutefois nécessaire si l’on veut que les villes restent vivables et (re)deviennent apaisées. D’autant qu’il y a un demi-siècle, la place croissante de l’automobile dans l’espace public n’a souffert, elle, d’aucun débat. Il s’agit donc de revenir sur une partie de notre Histoire : la liberté acquise de l’automobilité individuelle quelle qu’en soit le coût écologique et l’inéquité spatiale.

Cette reconquête ne se fera pas uniquement grâce à des véhicules autonomes. Ils peuvent même être un piège si les autorités les laissent rouler trop vite, c’est-à-dire au-dessus de 30 km/h en ville. Cette vitesse excessive pourrait conduire à reproduire les pires excès du tout-voiture des années 60, à savoir des flux séparés et les piétons à nouveau contraints à rester en marge au profit des motorisés et de leur consommation excessive d’espace.

Sur l’offre de transports en commun, le Petit Paris est déjà bien doté, aussi bien en bus qu’en métro. Le reste du Grand Paris y travaille : lignes de tramway, projets de Tzen, lignes du Grand Paris (prolongements de la 14 et de la 11, ligne 15…) réduiront encore le besoin de véhicule individuel dans l’agglomération. Les maires de ces territoires doivent y penser dès maintenant plutôt que de bloquer les projets de transports en commun (à l’image de Noisy-le-Sec et le T1, du Tzen de Melun, ou du T7 qui passe par Juvisy, etc.).

À terme, la solution d’une ville post-voiture réside à la fois dans la fin des moteurs thermiques, bruyants et polluants, et dans la fin de l’autosolisme (la pratique individuelle de l’automobile). La marche et les modes actifs (vélos, trotinettes) et les transports en commun deviendront la norme et avec elle, une ville moins sédentaire.

L’autopartage ne sera utilisé qu’en cas d’absence d’alternative, dans des véhicules bridés pour rouler entre 15 er 25 km/h. Entre les deux, on trouvera une multitude de petits véhicules électriques individuels, comme les monoroues, les trotinettes électriques, VAE, etc.

Dans le cas de l’autopartage, le véhicule serait aussi bien partagé d’un trajet à l’autre, à l’image d’un Vélib’ d’aujourd’hui, que pendant le trajet lui-même, comme le proposent déjà des services comme Heetch ou Uber X.

Au-delà de Paris : revivifier les centres-villes

Cette sortie de l’automobile doit aller au-delà du cas de Paris et de son agglomération, cas très particulier en raison de sa population et de sa densité. Mais la mort lente des centres-villes français au profit des zones commerciales en périphérie offre un bon exemple que le tout voiture ne tue pas seulement les commerces de proximité, mais tout le quartier qui les entoure. La revitalisation de ces centres villes passe par la fin, là aussi, de l’automobile prioritaire.

Enjeu sanitaire aussi bien que social, la place de la voiture en ville pose de la pire manière la question de « ceux qui ne peuvent s’en passer ». Pour les familles et territoires éloignés des connexions de transports en commun, l’hyper-densification du transport routier les a précisément les plus écartés de la mobilité.

On sait qu’elle est une clé essentielle de l’accès à l’emploi. En vidant le cœur économique des villes moyennes et périphériques et sans investissement suffisant dans les autres modes de transports collectifs, ce mouvement du tout automobile a fini de persuader un grand nombre qu’il n’existait pas d’alternative à y consacrer 10 à 20 % de sa feuille de paie mensuelle.

Ressources et références :