Nos analyses contextuelles, nos propositions et orientations

« Permettre à chacun de devenir autonome »

Marylise Léon est issue de la fédération CFDT de la chimie et de l’énergie. Elle est élue secrétaire nationale, en charge des questions industrielles, au sein de la commission exécutive de la CFDT. Elle répond à nos questions sur la question du travail.

Novo Ideo : Votre organisation a remis au Premier ministre un document dense sur les réformes à mener. Il souligne dans son introduction que « la vraie clé pour faire reculer le chômage, c’est bien d’impulser une stratégie d’investissements publics et privés dans les emplois de demain… ». Qu’est-ce-à-dire exactement…

Maryse Leon : On constate que les investissements au maintien ou à l’amélioration de la qualité et de l’innovation ne sont pas suffisants.

Pour faire reculer le chômage et améliorer l’emploi, il faut s’engager vers un nouveau mode de développement, basé sur la qualité (des biens et des services produits, des emplois, de la vie au travail, des relations sociales…). Bien sûr, la stratégie publique d’investissements doit être consolidée et mise en cohérence avec ces objectifs au niveau européen. L’État stratège a un rôle majeur à jouer pour cibler les investissements publics et orienter les investissements privés vers la transition écologique, numérique, l’innovation.

Améliorer l’emploi et réduire le chômage passe aussi par le fait de permettre à tous les salariés de monter en compétences et en qualification, via l’accès à la formation tout au long de la vie, le développement des compétences, l’accompagnement des transitions professionnelles.

Puis, au regard des mutations en cours : technologiques, industrie du futur, il faut donner les moyens aux salariés d’être partie prenante tout comme les filières, les territoires et les entreprises. Il faut pour cela développer des projets d’écologie industrielle et d’économie circulaire en prenant en compte la réalité de chaque territoire, entreprise et filières dans un dialogue économique et social de qualité à tous les niveaux.

Face à la fin des carrières linéaires, la CFDT plaide en faveur de l’universalisation des droits, rattachés à la personne, avec l’outil du Compte Personnel d’Activité. Plus de 5 millions de nos concitoyens sont exclus de l’emploi, cela demande des investissements colossaux…

Il est vrai que les carrières linéaires menées au sein d’une seule entreprise sont de plus en rares et peut être ne répondent plus non plus aux aspirations des uns et des autres. Aussi il faut adapter notre modèle économique et social à ces successions d’expériences diverses, parfois sous des statuts différents. Les évolutions technologiques ont transformé la nature du travail et son organisation. Le chômage de masse et la dualisation du marché du travail ont fait apparaître de forts besoins en mobilité professionnelle et géographique et l’émergence de nouvelles formes d’emploi, impulsée notamment par le numérique.

« Le CPA pourrait permettre d’expérimenter de nouvelles voies professionnelles en garantissant un retour en arrière, si nécessaire, pour sécuriser le choix d’une nouvelle orientation professionnelle »

Aussi la CFDT porte la mise en place d’un accompagnement global personnalisé pour permettre à chacun de devenir autonome et lever les freins à l’emploi.

Pour cela la dimension professionnelle et sociale doit être prise en compte. Il faut mettre du lien et de la coopération entre les opérateurs de l’accompagnement social (travailleurs sociaux.) et ceux de l’accompagnement professionnel (Pôle Emploi, Apec, Cap Emploi, etc.). Le CPA est en ce sens un formidable outil ; mais la question du financement de cet accompagnement global et plus généralement du CPA se pose.

Pour poursuivre cette démarche, on pourrait Intégrer une banque du temps dans le CPA.

Avec un « compte temps », le CPA pourrait être l’instrument d’une meilleure conciliation des différents temps de la vie active (professionnelle ou non professionnelle) et pourrait permettre de gérer harmonieusement des temps tout au long de la vie, en tenant compte du contexte d’allongement de la durée de vie, du besoin d’autonomie accrue des individus, etc.

Avec un « droit au retour » (ou « droit à l’expérimentation »), le CPA pourrait permettre d’expérimenter de nouvelles voies professionnelles en garantissant un retour en arrière, si nécessaire, pour sécuriser le choix d’une nouvelle orientation professionnelle.

Ce faisant, vous dépassez le cadre de la réforme du Code du travail pour aller vers une « co détermination à la française », qu’entendez-vous par là…

L’exposé des motifs du projet de loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social affiche l’ambition de « simplifier et renforcer le dialogue social et ses acteurs, notamment au travers d’une refonte du paysage des institutions représentatives du personnel, plus en phase avec la réalité des entreprises et les enjeux de transformation dont elles ont à débattre ». Pour la CFDT, il faut parvenir à faire du dialogue social un enjeu de qualité du travail et de compétitivité des entreprises. C’est un enjeu de démocratisation de l’entreprise, et pour cela la codétermination est une voie intéressante. Concrètement cela consiste à faire en sorte que sur les sujets codéterminés, employeur et salariés ont des droits égaux. Ils peuvent tous les deux lancer des initiatives et doivent se mettre d’accord. Il leur appartient alors de négocier avec la volonté sérieuse d’aboutir et aucun des deux ne peut bloquer les échanges par un droit de véto. Si la négociation aboutit à un désaccord, les parties peuvent recourir à l’arbitrage. Il faudrait alors définir les thématiques dans lesquelles ce mécanisme serait mis en place. Pour la CFDT les thèmes comme la rémunération des dirigeants, l’utilisation des aides publiques ou encore l’organisation du travail devraient faire l’objet de cette codétermination.

Le corpus de réformes gouvernementales comprend une refonte de l’assurance chômage et une réorientation des fonds de la formation professionnelle. Autant la CFDT a toujours été favorable à une activation des dépenses de retour vers l’emploi, autant ne faut- il pas craindre, avec le basculement de cotisations vers la CSG, une forfaitisation de l’indemnisation chômage…

L’assurance chômage est un outil essentiel de la sécurisation des parcours professionnels des salariés, face aux évolutions du marché du travail. Les partenaires sociaux ont assumé depuis 60 ans leurs responsabilités quant à la définition des règles et à la gestion du régime, en finançant de fortes dépenses qui relèvent de la politique publique (pré-retraites, budget de Pôle Emploi, politique culturelle, non remboursement des pays frontaliers).

Pour la CFDT, une réforme de l’assurance chômage doit combiner un socle universel de solidarité pour l’activité et l’insertion, et un régime complémentaire assurantiel et contributif assurant un revenu de remplacement en cas de perte d’activité.

La CSG ne peut pas financer un revenu de remplacement. Le basculement des cotisations salariales vers la CSG risque, pour la CFDT de transformer en profondeur l’indemnisation des demandeurs d’emploi vers une indemnisation forfaitaire, emportant de surcroît le risque de retrait du consentement des revenus moyens et supérieurs (sans parler des retraités et fonctionnaires), amenés à participer très largement au financement pour une indemnisation limitée.

Il y a cette inquiétude de « l’inversion des normes »…

« Donner la possibilité à la négociation d’entreprise et de branche d’adapter le droit aux situations concrètes, sans déroger aux droits fondamentaux des salariés et sous certaines conditions strictes : les accords devront être majoritaires à 50 %. S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique. Personne n’est donc obligé de négocier »

Il convient ici de préciser clairement de quoi il s’agit. D’une façon générale en droit français et pas seulement en droit du travail, les différentes règles obligatoires sont organisées sous une forme pyramidale  et chaque niveau inférieur ne peut sauf exception être moins favorable que le niveau supérieur. Ainsi en ce qui concerne le code du travail, il est régi par la loi. Si on décline ce principe cela signifie que les accords collectifs (de branche/secteur d’activité ou d’entreprise) ne peuvent pas être moins favorables aux salariés que ce que la loi dispose, l’accord d’entreprise ne peut pas être moins favorable pour les salariés que l’accord de branche (sauf exceptions) et pour finir le contrat de travail ne peut pas être moins favorable que ce que prévoit l’accord d’entreprise.

Cependant il existe déjà dans le droit du travail de nombreuses dérogations à cette architecture : les lois Auroux en 1982 ont créé « les accords dérogatoires » en matière de durée du travail notamment. Par ailleurs, il s’agit bien de laisser la négociation s’exprimer au plus près des réalités pour les salariés, c’est-à-dire dans l’entreprise. C’est d’ailleurs ce qu’est venue faire la loi travail : donner la possibilité à la négociation d’entreprise et de branche d’adapter le droit aux situations concrètes, sans déroger aux droits fondamentaux des salariés et sous certaines conditions strictes : les accords devront être majoritaires à 50 %. S’il n’y a pas d’accord, c’est le droit existant qui s’applique. Personne n’est donc obligé de négocier.

Pénibilité : « L’évolution de la prise en charge de quatre facteurs va permettre à plusieurs milliers de travailleurs de partir en départ anticipé à la retraite dès 2018 » (photo : Anne Bruel)

Que répondez-vous au gouvernement quand il évoque la difficulté concrète de mise en place du compte pénibilité notamment dans les PME… 

La mise en place du compte pénibilité était une revendication majeure pour la CFDT : une véritable mesure de justice sociale pour un grand nombre de salariés, ce compte permet de prendre en compte la pénibilité de certains métiers et de leur impact sur la santé des salariés. Aussi avec les annonces récentes du gouvernement, la CFDT attend les propositions concrètes afin d’en mesurer leurs portées réelles.

L’évolution de la prise en charge de quatre facteurs va permettre à plusieurs milliers de travailleurs de partir en départ anticipé à la retraite dès 2018. Cependant, cette évolution ne doit pas se traduire uniquement par une gestion médicalisée de la pénibilité.

Six facteurs sont maintenus en l’état et la CFDT s’engagera pleinement à ce que les accords collectifs traitant de la prévention prennent en compte les parcours professionnels afin que les salariés concernés par les quatre autres facteurs puissent également bénéficier du droit à la formation et du passage à temps partiel.

Les salariés des Très Petites Entreprises ne doivent pas être exclus de ce compte alors qu’ils sont peut-être les plus concernés !

Désormais dénommé Compte professionnel de prévention, ce droit doit devenir une réalité pour tous les salariés exposés aux travaux pénibles.

Enquête législatives 2017 :
LREM, l’empire du milieu

En se disant « ni de droite, ni de gauche » durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron faisait référence au système bipartisan français qu’il avait bien l’intention de surmonter. A la veille des élections législatives, il cherche à faire bouger les lignes à droite comme à gauche pour réorganiser la vie politique autour de son mouvement.

A droite, la tentation de rejoindre le Premier ministre Edouard Philippe augmente avec la publication de sondages rendant chaque jour plus improbable une majorité Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale.

A gauche, le faible score de Benoît Hamon à la présidentielle semble avoir précipité le Parti Socialiste (PS) vers sa chute, forçant ses sympathisants à choisir entre En Marche et la France Insoumise (FI). La FI est à ce jour la principale force d’opposition à gauche, même si certains territoires (par exemple Grenoble, voir notre analyse ci-dessous) tentent l’aventure d’une nouvelle gauche dont le socle recoupe des ex-frondeurs PS, Europe Ecologie – les Verts (EELV) et des mouvements citoyens.

Focus sur l’accent écolo porté dans quelques circonscriptions

La FI se positionne en opposition totale au président Macron. L’Avenir en Commun (AEC), le programme de Jean-Luc Mélenchon, est aussi celui de tous les candidats FI aux législatives. Si les candidats FI viennent d’horizons divers, un certain nombre portent de longue date des valeurs écologistes. C’est le cas de Bénédicte Monville de Cecco, ex-EELV, candidate dans la 1re circonscription de la Seine-et-Marne, urbanisée en pays rural. La candidate a porté des projets écologiques à la mairie de Melun, où elle est conseillère municipale opposée au maire LR. Sa candidature, bien que suivant le programme de l’AEC, est plutôt axée sur la transition écologique. Le député sortant, Jean-Claude Mignon (LR), élu depuis 1988, a annoncé qu’il ne se représenterait pas pour laisser le paysage politique se renouveler. Il laisse la place à son suppléant, Denis Jullemier, mais celui-ci n’est pas unanimement soutenu dans son camp. Alors que la droite et la gauche sont divisées, c’est En Marche, ou dans cette circonscription le MoDem, qui pourrait en bénéficier…


Vers l’effacement du parlementaire construit
sur des baronnies locales : quelles conséquences
sur les politiques publiques
?

Après avoir répondu à la « main tendue » d’Emmanuel Macron, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) se présente dans la 2e circonscription de Paris, qui comprend le nord de la rive gauche. La circonscription, dont le député sortant est François Fillon, est réputée imperdable pour la droite. Pour ces élections législatives, 24 candidats s’y affrontent. Deux candidats membres de LR mais non investis par le parti se présentent : Henri Guaino et Jean-Pierre Lecoq, maire du VIe arrondissement. Gilles Le Gendre est candidat pour En Marche, reprenant à son compte le programme d’Emmanuel Macron. NKM, investie par LR, se décrit comme étant de la droite progressiste, volontiers orientée vers l’écologie ; elle a d’ailleurs été ministre de l’Ecologie de 2010 à 2012. A rebours de son parti, elle se prononce notamment pour l’augmentation de la part des renouvelables dans le mix énergétique français d’ici 2025. NKM est toutefois donnée perdante face à Gilles Le Gendre selon un sondage Ifop-Fiducial réalisé fin mai. Du fait des divisions de la droite, la vague En Marche pourrait emporter même une circonscription LR qui semblait gagnée d’avance.

Toutefois, la recomposition politique proposée par Emmanuel Macron passe avant tout par son propre parti, En Marche, rebaptisé La République en Marche (LREM). Les candidats LREM sont de sensibilités diverses et ont des parcours variés, près de la moitié venant de la société civile, un tiers si on ne comptabilise que les personnes vierges de toute activité politique précédente. En revanche, tous ces candidats n’ont qu’un seul programme, celui d’Emmanuel Macron. Ils peuvent simplement afficher en priorité sur leur site et leurs tracts les points de leur choix. Il n’y a donc peu de différence entre les candidats aux sensibilités plutôt écologistes (Matthieu Orphelin, Barbara Pompili, François de Rugy…) et les autres, même si ce dernier met en avant sur son site ses réponses à des questionnaires en provenance d’associations écologistes : corrida, nucléaire…

L’effet LREM : Buno Le Maire favorable à « l’absence de prolongation automatique de l’ensemble des centrales nucléaires »

Reste le cas des candidats soutenus par LREM sans être investis par ce parti, par exemple Bruno Le Maire (ex-LR), ministre de l’Economie et candidat dans la première circonscription de l’Eure sous l’étiquette « majorité présidentielle ». Celui-ci n’affiche sur son site comme sur ses tracts aucun sigle de parti, pour selon lui montrer sa liberté. Son programme est différent de ceux de François Fillon et d’Emmanuel Macron. En ce qui concerne le nucléaire par exemple, il est pour « l’absence de prolongation automatique de l’ensemble des centrales, qui se traduira par un coût du grand carénage plus faible que prévu, les sommes seront réinvesties dans les capacités de production de demain, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables, et dans l’innovation ».

Au total, LREM ou du moins la « majorité présidentielle » pourrait gagner une majorité absolue à l’Assemblée Nationale, majorité aux sensibilités diverses mais au programme unique, qui a déjà bousculé les lignes du bipartisme français. Le système de production des élites nationales via les territoires pourrait s’en trouver également bousculé. De fait, la légitimité des députés REM est largement assise sur une décision verticale du parti. Le changement signe l’effacement du parlementaire construit sur des baronnies locales. Il est encore trop tôt pour en déceler les conséquences sur les politiques publiques. Nombre d’entre elles sont depuis la décentralisation le fruit de l’expérimentation par les collectivités : qu’en sera-t-il demain ?

L’EXCEPTION GRENOBLOISE

Grenoble, historiquement marquée à gauche, est le terrain d’élections législatives inhabituelles, où la gauche semble se recomposer autour du paradigme de l’écologie. Pour comprendre les dynamiques en cours, il est nécessaire de revenir sur « l’exception grenobloise », selon les termes l’actuel maire Éric Piolle…

Après deux décennies de socialisme, 2014 marque la victoire de l’écologie politique à Grenoble avec l’élection d’Éric Piolle, maire Europe Ecologie Les Verts. Mais ce penchant au « vert » est issu d’une dynamique ancienne : de nombreux facteurs structurels amènent les Grenoblois à se préoccuper d’écologie. Entourés de montagnes, les habitants sont soumis aux contingences qui en résultent : pollution due au phénomène de cuvette, températures qui vont de l’extrême chaleur au grand froid, inondations, risques sismiques. Avec ses importants secteurs nucléaire, chimique et des hautes technologies, la ville de Grenoble est aussi composée de nombreux étudiants, ingénieurs et intellectuels venus d’ailleurs. Tous conscients des enjeux environnementaux, ce sont des milieux sociologiquement ouverts au progressisme. Ingénieur, d’implantation récente à Grenoble, Eric Piolle a su rassembler diverses gauches et mouvances écologistes à travers un projet plus qu’un parti, incarnant en ce sens une forme d’esprit grenoblois. Il s’inscrit dans le prolongement des Groupes d’action municipale (GAM) portés à l’occasion des municipales de 1965 par l’ancien maire socialiste Hubert Dubedout.

L’ancien maire Hubert Dubedout, porteur du premier Groupe d’Action Municipale (GAM), structure citoyenne qui essaimera dans toute la France

Dans le but de pérenniser « l’exception grenobloise », ses partisans ont abordé les législatives dans une dynamique de rassemblement. C’est dans cette optique que le mouvement « Ensemble pour gagner » soutenu par le maire, Christiane Taubira et Benoît Hamon, fut créé. Les deux candidats du mouvement, la jeune Soukaina Larabi (23 ans) et Nicolas Kada (3e et 1re circonscriptions iséroises) cherchent à rassembler la gauche locale sur une ligne écologiste, sociale, européenne, ouverte à la société civile. Mais le projet bute sur l’atomisation de la gauche. Le PS local est miné par des défections vers En Marche comme celle d’Olivier Véran, député sortant de la première circonscription, et par une brouille avec le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) local. Quant à la France Insoumise (FI), arrivée première aux présidentielles avec le soutien d’Éric Piolle, elle a décidé de faire cavalier seul.

Sur la troisième circonscription, Soukaina Larabi accompagnée de Maryvonne Boileau (issue de la majorité municipale) fondent leur engagement autour de l’écologie politique : lutte contre les perturbateurs endocriniens, 100% renouvelable d’ici 2050, circuits courts… L’écologie qu’elle définit par le terme “préserver”, concerne aussi bien l’environnement que le social et l’emploi. Elles affrontent l’ancien maire socialiste et actuel député (depuis 1988) Michel Destot et sa suppléante Francine Claude. Le ticket PS encourage la rénovation thermique et urbaine ainsi que le mix-énergétique. Sur la première circonscription, Nicolas Kada accompagné de Hugo David (leader MJS Isère) sont opposés à Olivier Véran, qui fait le pari d’une croissance verte en dynamisant les filières éco-technologiques.

Le projet de rassemblement et de recomposition de la gauche française porté par l’élection d’Éric Piolle en 2014 est donc toujours présent, mais il se heurte à la recomposition de la vie politique nationale amorcée par les présidentielles 2017. Grenoble reste un laboratoire de la reconfiguration de la gauche française au prisme de l’écologie. Un terrain au contexte sociologique particulier qui en limite la portée.

Enquête : Auriane Biron et Johan Goncalves Procek

Relecture : Benjamin Bibas

Coordination : Jean-Marc Pasquet

 

« Fertiliser l’écosystème économique »

Vincent Champain est cadre dirigeant et président de l’Observatoire du Long Terme.  Il répond aux questions économiques de Novo Ideo : réforme du code du travail, Comptes publics, innovation et stratégies industrielles. Quelques pistes d’action en environnement contraint.

Novo Ideo : D’abord, votre réaction sur le projet de réforme du Code du travail. Existe-t-il selon vous une spécificité du chômage français qui justifie sa refonte …

Vincent Champain : Notre système est à la fois très centralisé (c’est l’Etat ou le dialogue social au niveau national qui fixent beaucoup de choses), très passif et très pénalisant pour les salariés les moins qualifiés.

« En résumé, dans le système anglo saxon, ils sont « working poors », dans le système nordique, ils peuvent être dans des emplois publics locaux, alors qu’en France ils seront au chômage »

Il n’y a aucun doute qu’il faille changer les choses. La questions c’est comment – le bon mix est sans doute plus la « flexicurité », plus de flexibilité, mais surtout un accompagnement actif vers un nouvel emploi plus soutenu. Or ces dernières années le « -curité » a été oublié…

« Les dépenses actives, qui consistent à aider les demandeurs pour quitter le chômage, sont plus de quatre fois plus faible que dans les pays les plus engagés en ce sens »

Dans une tribune récente, l’Observatoire du Long Terme que vous présidez oppose le « pessimisme économique et optimisme technologique ». Vous soulignez d’ailleurs un management trop souvent préoccupé par la réduction des incertitudes plutôt qu’à penser de nouveaux marchés…

Oui. C’est vrai dans tous les domaines. En politique on voit peu de candidats occupé à traiter les enjeux de demain. Et parmi ceux qui le font, peu le font sur la base de faits – la taxe sur les robots est le meilleur exemple à bien des égards !

Venons à la philosophie économique générale du nouveau Président de la République : un nouvel équilibre entre offre et demande pourrait on dire. En quoi selon vous la recherche d’équilibre budgétaire doit consolider un certain niveau d’investissement public …

Dire que l’on peut durablement dépenser plus qu’on ne gagne est un mensonge. Or la France le fait depuis 1974, dernière année où un budget a été voté à l’équilibre. Donc il me semble faire aucun doute qu’on doit maitriser les dépenses publiques.

Toute la difficulté est de le faire au bon moment – le pouvoir a souvent tendance à penser que ça devrait être plus tard. Et cela fait 43 ans ! Et il faut aussi le faire en agissant sur les bonnes dépenses et de la bonne façon. Ce qui compte au fond c’est surtout la « valeur ajoutée » des dépenses publiques – c’est-à-dire faire en sorte que la valeur des services valle plus pour les français que ces services ne leur coûtent. Si l’on réduit les dépenses de santé mais que la qualité baisse encore plus vite c’est l’inverse d’une bonne gestion !

Vous évoquez également la notion de « non emploi » qui semble plus important en France. Pouvez-vous préciser cette notion et les moyens de réduire ce phénomène.

Le non emploi mesure le nombre de tous ceux qui sont en âge de travailler et qui n’ont pas d’emploi, quelle que soit la cause. L’avantage de cette mesure c’est qu’elle dévoile le « chômage caché » (faux stages, dispense de recherche d’emplois…). La France est mauvaise dans ce domaine.

Taux de non-emploi des principaux pays

« Les Etats-Unis qui ont un chômage bas ont un non-emploi assez élevé, qui traduit un nombre important de personne qui ont renoncé à chercher un emploi. Les meilleurs sont les pays nordiques »

1995 2005 2014
Italy 48.8% 42.5% 43.5%
Spain 51.7% 35.5% 43.2%
France 40.5% 36.3% 35.8%
OECD 35.8% 34.6% 34.2%
EU15 39.7% 34.5% 34.1%
USA 27.5% 28.5% 31.9%
Finland 38.1% 31.5% 31.1%
Australia 32.4% 28.5% 28.4%
Canada 32.5% 27.6% 27.7%
UK 30.8% 27.3% 27.4%
Japan 30.8% 30.7% 27.3%
Denmark 26.1% 24.1% 27.2%
Netherlands 34.9% 28.5% 26.9%
Germany 35.4% 34.5% 26.2%
Sweden 27.8% 26.0% 25.1%
Norway 26.5% 24.8% 24.7%
Source:http://longterme.org  

Les moyens pour réduire le non-emploi sont ceux qui permettent de réduire le chômage, à l’exception des manipulations statistiques. Pour aller plus loins sur le sujet : cliquez ici.

Le numérique est-il ennemi de l’emploi…

Le développement du numérique peut donc aller de pair avec la croissance de l’emploi, à trois conditions :

  • être compétitif : plus nous seront prompts à saisir les opportunités du numérique, plus nous gagnerons en parts de marché et plus nous créerons d’emplois. Or notre « data competitiveness », c’est à dire la capacité de la France à être le bon endroit pour implanter des projets numériques mondiaux, est variable selon les sujets ;
  • la pertinence de la stratégie industrielle : agir en agronome, c’est-à-dire offrir en France aux entreprises nationales et étrangères un « terreau économique » fertile. Plutôt qu’en jardinier, c’est-à-dire vouloir s’occuper de tout et faire les paris industriels à la place des entreprises, et veiller à la fois au développement des emplois qualifiés et des emplois peu qualifiés, de façon à ce que tout le monde sorte gagnant du virage numérique ;
  • les talents : il faut développer le nombre d’entrepreneurs qui créent une nouvelle entreprise et d’intrapreneurs qui mènent à bien des projets au sein d’entreprises existantes.

« Prêter plus d’attention à la fertilité de l’écosystème économique qu’à la « nationalité » des entreprises »

Pas de « ministre de l’industrie » en tant que tel dans ce gouvernement. Quelles devrait être les priorités et les moyens dans le domaine industriel ?

La politique industrielle a parfois consisté pour l’Etat à « choisir quelques vainqueurs », en cherchant ensuite à les protéger à tout prix de la concurrence mondiale. Ce que montrent les travaux réalisés par l’Observatoire du Long Terme, c’est que la voie opposée offre probablement plus de débouchés.

D’abord, en prêtant plus d’attention à la fertilité de l’écosystème économique (ie, faire en sorte que la France soit le lieu pour créer ou développer une entreprise) qu’à la « nationalité » des entreprises : peu importe que les entreprises soient petites ou grandes, françaises ou étrangères, dès lors que l’emploi et la valeur ajoutée sont en France ! C’est ce qu’on appelle « l’économie Wimbledon » : les champions de tennis y sont rarement britannique, mais c’est au Royaume-Uni que sont les emplois induits et les recettes !

Ensuite, en adoptant une approche de positionnement sur la chaîne de valeur. La priorité n’est pas que la France fasse tout, sur tous les produits, mais qu’elle se concentre sur les composants ou produits où elle a des chances raisonnables d’être compétitive, en important le reste -chercher à produire du pétrole au lieu de l’importer serait aussi vain que de renoncer à valoriser nos atouts dans le luxe ou dans l’énergie.

Par ailleurs, nous pouvons encore développer notre capacité conquérir les marchés mondiaux. Cet objectif repose évidemment sur le système d’aide à l’export, mais il nécessaire aussi de nous interroger sur le paradoxe français : énormément d’idées, beaucoup de startup mais peu qui deviennent des champions mondiaux.

Enfin, il est nécessaire de « boucler l’équation sociale » : en accompagnant cette stratégie industrielle de mesures de développement de l’emploi pour les salariés peu ou pas qualifiés – notamment dans les secteurs « low tech » ou dans les services.

 

Des propos recueillis par Jean-Marc Pasquet.

L’école Macron : « s’adapter au risque de disparaitre »

Philippe Watrelot est professeur de sciences économiques au lycée de Savigny-sur-Orge (91), président CRAP-Cahiers Pédagogiques et formateur à l’Ecole Supérieure du Professorat et de l’Education de Paris. Fin connaisseur des systèmes éducatifs à l’étranger, il anime également un blog dédié à l’actualité de l’éducation, Chronique Education. Il répond à nos questions et passe en revue les principaux chantiers présidentiels.

Novo Ideo : D’abord, votre réaction sur le projet du nouveau Président de laisser aux communes le « libre choix » d’adapter les rythmes scolaires, réforme ô combien emblématique du mandat précédent…

Philippe Watrelot : D’une manière générale, je pense que l’Éducation Nationale a besoin de continuité et de durabilité. Ce sont les réformes successives et les dispositifs défaits avant même d’être arrivés à maturité et évalués qui rendent les enseignants cyniques et désabusés et qui donnent paradoxalement une impression d’immobilisme et de réforme impossible.

La remise en cause de la réforme des rythmes est typique de cette logique. Certes, le dispositif était critiqué et pouvait certainement être amélioré. Mais ici, on est dans un retour en arrière plus qu’une amélioration. Il faudrait refaire tout l’historique de cette “réforme” pour se rendre compte qu’elle est une suite d’occasions manquées et de réponses incomplètes à des questions mal posées. La suppression du samedi par Xavier Darcos répondait d’abord à des objectifs financiers puisqu’il s’agissait de libérer du temps d’enseignant pour les amener à faire du soutien et ainsi dans une sorte de billard à trois bandes supprimer les RASED. On était bien loin de l’intérêt des enfants…

Rythmes scolaires : « le plus important est de préserver les cinq matinées de travail »

Et dès 2010, on s’est rendu compte que ces « nouveaux rythmes » était néfaste pour l’apprentissage des enfants. On a même eu en 2011, une mission trans-partisane et rassemblant tous les acteurs qui a conclu à la nécessité de revenir à cinq matinées de travail. Lorsque François Hollande a été élu, Vincent Peillon a cru que cette question allait pouvoir être réglée rapidement puisqu’il y avait consensus. Et on a vu les postures syndicales et les tactiques politiques prendre le dessus. Aujourd’hui, après bien des vicissitudes, on veut revenir sur le principe. Et la question reste la même : où est l’intérêt de l’enfant ?

En même temps, la précédente réforme n’a-t-elle pas placé les communes face à une inégalité dans l’organisation de ces rythmes…

C’est vrai, il y avait et il y a toujours des inégalités dans l’organisation des rythmes. On aimerait que cela soit de la diversité plutôt que de l’inégalité. Que les solutions trouvées ne soient pas les mêmes partout, n’est pas choquant en soi. C’est le principe même de la décentralisation et de la subsidiarité.

Mais lorsqu’on aboutit à des inégalités flagrantes, c’est évidemment plus difficile à admettre. Or, ce n’est pas forcément une question de « moyens ». Des petites communes rurales ont fait preuve de beaucoup d’inventivité pendant que des grandes agglomérations trainaient les pieds (Marseille par exemple) et proposait des solutions a minima.

L’inégalité est donc surtout un problème de motivation et de choix politiques des communes.

Un rond point ça coute plus cher que les activités pour les enfants…

On aurait pu espérer que les dernières élections municipales allaient se faire sur des enjeux tels que ceux-là et que les électeurs allaient comparer les offres et les projets. Il n’en a rien été et on peut regretter qu’il n’y ait pas eu d’émulation sur ces questions éducatives pourtant essentielles.

Quel serait sur ce plan le changement souhaitable selon vous ?

Je pense que le plus important est de préserver les cinq matinées de travail. C’est l’essentiel de la réforme. Après, on peut concevoir que celles ci soient réparties autrement. On pourrait retourner au samedi matin, même si cela semble difficile.

En ce qui concerne les temps d’activités, l’important est de ne pas tomber dans le zapping des activités et de prévoir des temps suffisamment longs.

Là où la réforme des rythmes a été le plus loin c’est dans les communes où il y a eu la mise en œuvre des PEDT et la mise en convergence de l’action de tous les acteurs : éducation nationale, personnel communal, milieu associatif, etc. C’est cette dimension qu’il faut renforcer.

28%

Proportion des élèves en REP qui ne maitrisent pas le français à l’entrée en sixième (40% en REP+)

Venons sur la philosophie générale du Président qui souhaite recentrer l’école sur ses missions de transmission de savoirs fondamentaux…

Cette question des “fondamentaux” est une mauvaise réponse à une question bien mal posée. D’abord parce qu’elle repose sur des chiffres exagérés. Ainsi, ce n’est pas comme le disent certains candidats un élève sur deux en éducation prioritaire qui ne maîtriserait pas les “fondamentaux” mais selon le ministère de l’Education nationale, à l’entrée en sixième, la « non maîtrise » en français concerne 28 % des élèves scolarisés en REP et 40 % des élèves en REP+. Il faut rappeler ensuite que la France est déjà le pays qui consacre le plus de temps en primaire à la lecture, l’expression écrite et la littérature, soit 37 % du temps d’instruction obligatoire contre 22 % en moyenne dans les pays membres de l’OCDE. Si on y ajoute le calcul, ces enseignements représentent 57% du temps en primaire. Des données qui indiquent qu’en matière d’apprentissages des fondamentaux, il ne s’agit pas d’en faire plus, mais de faire mieux et autrement.

Renforcer l’apprentissage de la lecture et du calcul, ça peut se faire dans beaucoup d’occasions et pas seulement dans la mémorisation et la répétition des règles d’orthographe et de grammaire.

L’invocation des “fondamentaux” comme une sorte de mantra est un bel exemple de ces idées qui apparaissent de bon sens mais qui ne résistent pas aux chiffres et ne résistent pas au concret dans la vraie vie de l’éducation…

Une réforme emblématique serait la réduction dés la prochaine rentrée à 12 élèves dans les classes de CP des zones prioritaires. Selon les évaluations sur ce sujet, les bénéficiaires seraient plutôt les étudiants ayant des difficultés plutôt modérées. Comment répondre également aux contraintes matérielles et de locaux…

Suffit-il de baisser les effectifs pour que la réussite et les apprentissages s’améliorent ? Les études sur ce sujet montrent qu’il faut en effet une baisse sensible de ces effectifs mais qu’il est également nécessaire d’avoir un changement de pédagogie et donc de la formation continue. On peut continuer à avoir la même pédagogie avec des élèves en moins… L’enjeu de la formation des enseignants est essentiel. La réponse ne peut pas être uniquement quantitative et ce chiffre “magique” de 12 élèves n’est pas la panacée.

La France est déjà le pays qui consacre le plus de temps en primaire à la lecture, l’expression écrite et la littérature, soit 37 % du temps d’instruction obligatoire contre 22 % en moyenne dans les pays membres de l’OCDE. Si on y ajoute le calcul, ces enseignements représentent 57% du temps en primaire

L’autre question est très pratique : c’est celle des locaux. Où mettre ces élèves ? Si, dans certains endroits, des classes sont effectivement vacantes, dans d’autres il y a pénurie. Il faudrait donc construire ou plutôt aider les communes à construire.

Pourquoi n’avoir pas annoncé plutôt “un enseignant pour douze élèves” ? Cette formulation aurait permis de privilégier la piste de la co-intervention qui est plus prometteuse mais aussi plus réaliste. Le fait d’avoir deux enseignants permet non seulement de mieux différencier et d’apporter des réponses aux difficultés propres à chacun mais oblige aussi ces mêmes enseignants à échanger et à co-élaborer leurs séquences de travail. Alors que ce métier est souvent trop solitaire et peu propice au changement, ce dispositif est un moyen de faire évoluer la conception du métier et de créer les conditions d’un développement professionnel

Zones prioritaires : Pourquoi n’avoir pas annoncé plutôt “un enseignant pour douze élèves” ?

La co-intervention est à la base du dispositif « Plus de maîtres que de classes » (PDMQDC). Or on apprend que cette mesure de réduction à 12 se ferait en dépouillant ce dispositif qui n’a que trois ans d’existence. Comme le rappelle une note récente de l’institut Alain Savary (Ifé), une fois de plus, le politique mettra-t-il fin à une « innovation » avant même qu’on puisse comprendre ce qu’elle génère ?

Enfin, concernant le métier d’enseignant, il est proposé de mieux rémunérer ceux affectés en zones prioritaires, de développer à le fois le numérique et les études dirigées, mais également de redonner de l’autonomie aux établissements sur l’organisation des temps périscolaires notamment. N’est-ce pas l’esquisse d’une transformation en profondeur, quelles pourraient en être les conséquences…

L’autonomie, c’est comme le cholestérol. Il y en a du bon… et du moins bon !

L’autonomie est un mot piégé. S’il s’agit de donner aux acteurs de terrain les moyens de s’organiser comme ils l’entendent pour atteindre des objectifs nationaux, cela peut être positif, s’il s’agit de mettre en compétition des établissements pilotés par des chefs d’établissements managers pour faire du ranking grâce à des tests standardisés, c’est une autre affaire…

Pour ma part, je suis pour une plus grande autonomie lorsqu’elle est celle des équipes et des collectifs. On peut alors aller vers plus de diversité pour répondre au mieux aux besoins en fonction des situations locales et des moyens humains. Je pense aussi que l’avenir de l’école passe par des alliances éducatives avec les autres partenaires et institutions. Je suis aussi pour que le développement professionnel, la formation continue devienne un impératif pour tous les établissements.

Comment concilier cet impératif d’« agilité » et d’efficacité de l’École avec la nécessaire égalité républicaine ? Il faut naviguer entre deux écueils, celui du conservatisme sclérosant et celui d’un libéralisme destructeur. La solution passe par une définition très précise des objectifs et une évaluation liée à la capacité à les atteindre. Pour le dire autrement, à l’inverse de la situation d’aujourd’hui, il faut être plus ferme sur les finalités et plus souple sur les procédures et les modalités !

L’enjeu est essentiel. Car si on ne réussit pas cette évolution, c’est le système éducatif qui risque d’imploser. Mes voyages à l’étranger et la confrontation avec d’autres systèmes m’ont montré que l’existence d’un service public d’éducation fort et centralisé “à la française” est une exception. Et surtout, il n’est pas immuable. Le développement récent des écoles privées hors contrat et la tendance lourde à la marchandisation de l’école nous montre que l’éducation nationale doit s’adapter si elle ne veut pas courir le risque de disparaitre…

Des propos recueillis par Jean-Marc Pasquet.

Pour aller plus loin, le rapport du Cniré (Le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative)

ETUDE : « L’écologie, marqueur idéologique »

L’écologie est à la mode mais elle ne dépasse pas toujours le prêt-à-porter. Que lit on dans les principaux projets des candidats à la présidentielle ? C’est dans notre #EcoloBaromètre2017.

Des incontournables. Entre autres, le développement des énergies renouvelables. Il rassemble un certain consensus entre les candidats. Il s’accommode parfois mal d’une volonté de repartir pour un tour nucléaire (Le Pen, Fillon). Le respect de la Loi pour la Transition Energétique (LTE) est un autre marqueur du clivage écologique, il recoupe également la séparation entre la droite, plutôt hostile à une telle programmation, et les autres. Marine Le Pen s’inscrit tout à la fois du côté des pro-nucléaires, du développement des renouvelables et, soucieuse de présenter le visage de la défense des paysages (traversés par des lignes à Haute Tension), elle plaide contre l’éolien.

Sur le champ des questions agricoles, la plupart des candidats se prononcent contre les OGM, tous se disent en faveur des circuits courts. Comme si le succès du film Demain était passé par là. Le diable se niche pourtant dans les détails. Mélenchon développe ainsi cinq propositions sur le sujet. Tandis que le projet de Fillon trahit davantage un projet économique de la filière agricole dans lequel les objectifs écologiques ne sont pas explicites. Sur le sujet, Marine Le Pen s’inscrit à nouveau dans une articulation des contraires. Si elle souhaite « réorganiser les filières », c’est certes pour favoriser le rapprochement entre producteurs et consommateurs. Et favoriser les exportations : carton plein.

La problématique des transports distingue les partisans d’investissements lourds dans les infrastructures, chiffrés (Mélenchon) ou intentionnels (Hamon), de ceux qui misent sur un changement des usages de la voiture. Soit, en développant l’électrique, soit en encourageant la sortie du diesel. Ce qui par ailleurs est un lien commun entre Mélenchon, Hamon et Macron.

Il y a aussi, dans ce défi écologique,
une part de réponse
au vide existentiel du moment

Entre une droite prise dans l’étau du dogme des libéralisations sans buts et d’une nostalgie « où c’était mieux avant » ; du côté des candidats les plus à gauche, on a du mal à entrevoir une transition écologique qui ne soit pas fondée sur autre chose… qu’une relance de la croissance et de la consommation. Le programme de hausse des dépenses publiques de Mélenchon et de Hamon a beau s’appuyer sur une volonté de sobriété, on ne peut vouloir réinjecter deux points de croissance dans le moteur sans souffrir de quelques contradictions. La petite musique « écolo » est parfois couverte par la grosse caisse productiviste, c’est là une limite. Du côté d’Emmanuel Macron, on trouve également une logique croissantiste, mais davantage fondée sur des réformes de structure que sur un programme de relance. Son écologie serait donc certes moins ambitieuse, mais plus économe.

La séquence est intéressante. Du point de vue démocratique, elle s’annonce même historique. La refonte du pacte républicain devrait donner l’occasion de remettre au débat quelques grands compromis comme au sortir du dernier conflit. Renouer avec un idéal d’émancipation qui ne se dilue pas dans un consumérisme, pour certains exacerbé. Redonner à chacun les moyens de vivre et de construire sa vie en résorbant les fractures culturelles. En l’état, les projets de repli ou de relance de la sphère publique semblent laisser chacun se débrouiller au milieu du bazar de ses envies. C’est pourtant à partir du désir de reconstruire des horizons communs qu’on pourra faire face aux menaces essentielles qui pèsent sur le destin de notre humanité. Il y a aussi dans ce défi écologique, une part de la réponse au vide existentiel du moment, celui qui laisse place au trop plein des dogmes et des prédicateurs.

LES PETITS

ARTHAUD Pas de programme stricto sensu, si ce n’est sa volonté d’une économie planifiée. ASSELINEAU La sortie de l’UE comme préalable à toute politique écologique. Il souhaite organiser un référendum sur le nucléaire. Le candidat de l’UPR se prononce en faveur d’une taxe verte et d’une taxe sur les produits agricoles à l’import. CHEMINADE Favorable au nucléaire, Jacques Cheminade veut une régulation publique des marchés de l’énergie et un moratoire sur les subventions aux renouvelables. Il souhaite aussi la fin des négociations des traités de libre-échange. DUPONT-AIGNAN Le candidat de Debout La France met l’accent sur la maltraitance animale, notamment en soutenant les associations et les refuges. Il veut aussi sortir des règles de l’OMC et arrêter de négocier des accords commerciaux. LASSALLE Le candidat envisage la construction de centrales solaires et la recherche sur le stockage de cette énergie. Il veut aussi débloquer 3 milliards d’euros pour les agriculteurs en changeant notamment le mode de rémunération des agriculteurs pour rémunérer les personnes plutôt que les volumes. POUTOU Le rejet du nucléaire et des énergies fossiles ou l’autorisation d’OGM à but notamment médical en espaces confinés uniquement.