Epanouissement ou embrigadement : le grand écart de l’école thailandaise

Jean-Marie Cochet est Administrateur territorial. Cet Eté, il nous propose un parcours initiatique de quelques systèmes éducatifs d’Asie. Aujourd’hui, quelque part en Thailande.

Le meilleur moyen de commencer à décrire le système éducatif thaïlandais reste la visite d’une école primaire sur l’île évidemment paradisiaque de Sukorn sur la mer d’Adaman. Passons rapidement sur le terrain de basket à l’ombre des cocotiers et la cour aux allures de jardin tropical détails toujours irritant pour nous autres citadins. En s’avançant vers le grand tableau d’affichage situé sous la coursive ombragée sur laquelle ouvrent les classes, le regard passe sur les coloriages des enfants. Ce ne sont que des reproductions de portraits du roi récemment décédé, dont la disparition a été habilement récupérée par le régime militaire pour en faire un feu d’artifice de communication patriotique. Même si l’attachement des thaïlandais à leur roi semble sincère. Un demi tour et le visiteur se retrouve devant le drapeau, hissé tous les matins au son de l’hymne national.

L’enfant : jamais placé en situation d’échec

De premiers échanges avec des thaïlandais renseignent sur un système proche du système indien : les enfants fréquentent l’école maternelle à partir de 2 ans ½ – 3 ans puis l’école primaire et le collège/lycée. Ils se spécialisent à partir du lycée entre les sciences et les langues. Les écoles privées nous sont décrites comme donnant accès à plus d’infrastructures (piscine, matériel technique…) mais moins strictes. Détail étonnant : les écoles internationales, nombreuses à Bangkok, suivent le calendrier scolaire européen, pas le calendrier thaïlandais (par exemple les 2 mois de vacances en avril-mai en Thaïlande).

« L’apprentissage de l’Histoire est notamment limitée à l’hagiographie des rois et n’aborde pas l’Histoire internationale »

De nouveaux échanges plus poussés avec une enseignante française travaillant pour une école britannique donnent une vision plus critique de ce système. L’école publique, décrite par les thaïlandais rencontrés comme plus stricte, est alors présentée comme un véritable système d’embrigadement dans lequel les enfants ânonnent ce que la junte militaire veut leur inculquer. L’apprentissage de l’Histoire est notamment limitée à l’hagiographie des rois et n’aborde pas l’Histoire internationale. Les thaïlandais les plus fortunés peuvent mettre leurs enfants dans les établissements privés, notamment les écoles internationales, mais le gouvernement limite cette fuite à 30% des effectifs de ces établissements.

« Les enfants ânonnent ce que la junte militaire veut leur inculquer »

Dernier débat avec cette enseignante française  sur les méthodes pédagogiques dans son école britannique. Selon elle, un de ses principaux problèmes est que les enfants ne sont jamais mis en situation d’échec : ils n’ont pas eu 2 sur 10, ils ont réussi à avoir 2 sur 10 ; ils n’ont pas raté, ils feront mieux la prochaine fois… Elle  nous explique qu’en tant qu’enseignante, elle se retrouve face à des élèves qui n’ont jamais été confrontés à l’échec et ne comprennent plus leur marge de progression. « Notation et droit à l’erreur dans le système éducatif français », vous avez 4 heures.

L’école au Laos : passé français, présent chinois

Jean-Marie Cochet est Administrateur territorial. Cet Eté, il nous propose un parcours initiatique de quelques systèmes éducatifs d’Asie. Aujourd’hui, le Laos.

Arriver à Vientiane, c’est un peu revenir en France : tous les bâtiments officiels ont leur nom traduits en français, les boulangeries proposent des « pains aux chocolat » (en français dans le texte), la langue française vient aux oreilles à toutes les terrasses de café.

L’illusion, car c’en est une, se poursuit lorsque Mme Vongsamphanh, enseignante de français au lycée de Vientiane nous présente le système éducatif de son pays.

Le Laos a beaucoup gardé de l’organisation française : l’école maternelle pour les plus jeunes, puis l’élémentaire, le collège et le lycée ; un concours national pour le professorat ; une filière générale et une filière professionnelle. Trois éléments attirent l’attention. Le premier est que l’enseignante a été en stage en France, si bien qu’elle pointe rapidement les différences qu’elle a constatées entre le Laos et notre pays : des élèves français plus participatifs, des classes plus chargées au Laos…mais une discipline moins stricte en France.

Bibliothèque dans une école à Vientiane au Laos, financée par la Chine

Deuxième élément intéressant en lien avec nos débats nationaux : les associations de parents sont très présentes dans la vie du lycée et prennent en charge les élèves en difficulté. Dernier point pour répondre à une de nos interrogations : quelle est la place de la France aujourd’hui dans l’éducation au Laos ? Le constat est pour le moins ambivalent.

« Dans un contexte de déficit d’investissements éducatifs, les moines ont réussi à lever des sommes énormes en quelques semaines pour financer l’agrandissement et la rénovation de leurs temples »

Côté pile, le lycée de Vientiane accueille 400 élèves en classes bilingues français/lao (sur les 3000 lycéens) ; côté face, quand la France offre 5 bourses par an pour aller étudier dans notre beau pays, la Chine en finance 350. La traversée du Laos illustre, de façon sans doute caricaturale, une stratégie française plutôt patrimoniale (beaucoup de rénovations de bâtiments historiques) et une stratégie chinoise… tous azimuts, allant de gigantesque barrages et centrales hydroélectriques à la rénovation complète du centre documentaire
du lycée de Vientiane.

Corruption et poids du religieux

Un échange avec une franco laotienne travaillant pour une ONG fournit un contrepoint intéressant : elle souligne son expérience familiale de la corruption du système éducatif laotien, en particulier au niveau universitaire. Ses cousines doivent s’endetter pour financer le dessous de table qui leur assurera la validation de leur thèse de médecine ; la réussite aux concours nous est décrite comme
proportionnelle à la profondeur du portefeuille.

Dernier élément d’un puzzle complexe : en sortant du lycée de Vientiane où les enseignants se plaignent des faibles investissements dans les bâtiments, la professeur de français nous pointe l’immense complexe de temples bouddhiques en pleine construction en face. Les moines ont réussi à lever des sommes énormes en quelques semaines pour financer l’agrandissement et la rénovation de leurs temples. La peur de se réincarner en lézard ou serpent semble plus efficace que le discours éducatif.

De la gouvernance des politiques publiques de lutte contre la « radicalisation »

Cet article est coécrit par Inès Berradhia, Carole N’gou et Yaya Sogodogo dans le cadre du partenariat entre Novo Ideo et l’Observatoire des Politiques Publiques de Paris-Est Créteil (OPPEC)

Les politiques publiques de lutte contre la radicalisation peuvent être étudiées à partir d’une approche par les acteurs. On constate de plus en plus une diversification des acteurs dans la lutte contre la radicalisation. C’est d’ailleurs ce processus de diversification qui constitue la dimension transversale du PART (Plan d’Action contre la Radicalisation et le Terrorisme). Ce plan, s’il prend en compte un ensemble de mesures sectorielles, associe également différents ministères et des acteurs de cultures professionnelles propres et dotés de savoir-faire singuliers (Manuel Valls, 2016).

L’analyse des politiques publiques est généralement traversée par une tension entre une perspective politiste de raisonnements par le haut (top down) et une perspective sociologique de raisonnements par le bas (bottom up). Tandis que la première soutient que les politiques publiques de lutte contre la radicalisation relèvent essentiellement de l’action gouvernementale et des pouvoirs publics, la seconde affirme que les politiques publiques sont le fruit d’interactions entre des acteurs de diverses natures : publics, privés, associatifs (Lascoumes et Le Galès, 2007). C’est à ce titre que la notion de gouvernance multi-niveaux prend tout son sens.

La cohérence et l’efficacité du plan d’action contre la radicalisation implique que l’administration déconcentrée soit chargée de sa mise en œuvre

Au niveau national, l’État élabore et met en œuvre les politiques publiques de lutte contre la radicalisation. La mise en œuvre de ces politiques est le résultat d’une étroite collaboration entre les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, et de l’Éducation, de la Jeunesse et des sports qui ont vu leurs moyens s’accroître. Le système mis en place a donné naissance à un pilotage administratif[1] dont les modalités de fonctionnement sont prévues par la circulaire du ministre de l’Intérieur en date du 29 avril 2014 afin de détecter les cas de radicalisation et proposer un suivi psychologique et social (Pietrasanta, 2015). Sur le plan judiciaire, l’accent est mis sur la prévention et la prise en charge en matière de radicalisation par la PJJ.[2] On note également la nomination d’un procureur spécialisé dans la lutte contre la radicalisation dans certains départements particulièrement menacés par le phénomène. Il est assisté d’un assistant spécialisé dans la lutte contre la radicalisation dénotant encore une fois du rôle crucial joué par la Justice. L’Éducation, quant à elle, doit exploiter sa dimension culturelle et sa vocation d’intégration sociale. En ce sens, elle doit agir en amont en renforçant l’apprentissage et la transmission de valeurs démocratiques ; la radicalisation étant vue comme un fléau avant tout idéologique.

La cohérence et l’efficacité du plan d’action contre la radicalisation implique que l’administration déconcentrée soit chargée de sa mise en œuvre. Les services de renseignement comptent sur la mobilisation des acteurs de la société civile au niveau local (écoles, autorités locales et travailleurs sociaux…) afin de capturer les « signaux faibles ou très faibles » de la radicalisation d’un individu (Regazzi, 2004). Le Préfet joue donc un rôle majeur dans le dispositif de prévention départemental. Il précise les procédures d’instruction des signalements, organisées autour des services départementaux de renseignement territorial (SDRT). Ce dispositif s’appuie sur trois piliers que sont l’état-major de sécurité (EMS), un comité de suivi mensuel et un réseau de référents de terrain.

Au niveau infranational, on constate la mobilisation d’autres acteurs dans la lutte contre la radicalisation. Dans la commune, le maire a un rôle d’animateur au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (Pietrasanta, 2015). Mais l’Association des Maires d’Ile-de-France (AMIF ) dénonce l’implication de moins en moins forte du pouvoir judiciaire lors des CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance). Son absence lors des conseils affaiblit le partenariat avec l’État. Aussi, la collaboration des élus locaux avec les services de renseignement apparait être aujourd’hui à sens unique, car ils n’ont pas la possibilité d’être informés des risques encourus sur leur territoire. Ainsi, et bien qu’il soit un acteur de proximité incontournable, le maire dispose de peu de moyens dans la mise en œuvre de la politique de prévention. La réaffirmation du rôle de maire comme chef de file dans la prévention de la délinquance et comme acteur majeur du P.A.R.T pourrait accroitre la capacité de détection. A cet effet, on prévoit le développement de plans d’action contre la radicalisation entre l’État et les collectivités.

La forte mobilisation du secteur associatif, à l’exemple du Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI) ou de l’UNISMED participe aussi à la mise en œuvre de cette politique en milieu ouvert. Le CPDSI a été mandaté en 2014, par le ministère de l’Intérieur et le Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (SGCIPD) pour mettre en place une « Équipe mobile d’Intervention » sur le territoire national à la disposition des préfectures. Ils collaborent aussi avec les experts de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) et avec une équipe pluridisciplinaire de spécialistes (experts psychiatres, experts « gestion de crise », réseaux associatifs…). Mais, en février 2016, le CPDSI a affirmé sa volonté de se défaire de tout contrôle exécutif en ne renouvelant pas l’offre de partenariat avec l’État. La présidente de l’association, Dounia Bouzar, s’opposait aux propositions de l’Etat sur la déchéance de nationalité des terroristes condamnés. Cela traduit toute la complexité du travail partenarial entre le pouvoir exécutif et le secteur associatif. Cependant peut-on, à partir de l’accompagnement par des travailleurs sociaux, développer un lien privilégié avec un jeune et sa famille ? L’obligation de résultats des pouvoirs publics ne fait-elle pas peser une pression trop importante sur la sphère associative ? Il est difficile de quantifier l’impact du travail social qui recouvre des réalités singulières et un accompagnement individualisé.

La juxtaposition d’acteurs divers complexifie le dispositif de prévention et de lutte contre la radicalisation en posant des problèmes de coordination. Il y a aussi un risque de commercialisation du phénomène face aux multiples associations qui fleurissent. En effet, des structures se créent sans pour autant avoir les compétences utiles. Il serait judicieux que les acteurs crédibles soient recensés dans un fichier accessible au niveau national. Les préfectures, au plus près du terrain, doivent permettre ce recensement (Pietrasanta, 2015).

Il serait judicieux que les acteurs crédibles
soient recensés dans un
fichier accessible au niveau national

La dimension transnationale de la menace terroriste a institutionnalisé un processus de soft gouvernance européen marqué par des mécanismes de convergence horizontale et de formes de « benchmarking ». En ce sens, « la Stratégie de l’Union européenne visant à lutter contre la radicalisation et le recrutement de terroristes fait d’avantage office de document programmatique et de cadrage que de stratégie opérationnelle » (Regazzi, 2004). Pourtant, au niveau international, la radicalisation et le terrorisme apparaissent plus que jamais comme une menace contre la paix et la sécurité internationale.

Le Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT)[3] est l’entité par excellence de lutte contre la radicalisation, le discours terroriste et l’utilisation d’Internet à des fins terroristes. La démarche des Nations unies vise à aider au renforcement des dispositifs prévus aux niveaux nationaux et régionaux en conformité avec le droit international et les droits de l’Homme. La mise en œuvre de politiques publiques de lutte contre la radicalisation peut en effet légitimer une forme de contrôle social alors que l’objectif apparaît d’abord être le renforcement de la cohésion sociale. Dans quelles conditions instaurer cet idéal dans un contexte accru de contrôle social ?

[1] Circulaire du ministre de l’intérieur en date du 29 avril 2014
[2] Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance (2016). Guide interministériel de prévention de la radicalisation. http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Prevention_radicalisation/07/3/Guide_interministeriel_de_prevention_de_la_radicalisation_581073.pdf
[3] Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme(UNCCT). http://www.un.org/fr/terrorism/ctitf/uncct/index.shtml
Sources :
– Gouvernement, (2016). Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme. Dossier Presse.
– Lascoumes, P., Le Galès, P., & Singly, F. (2012), Sociologie de l’action publique (1re éd.), Paris, A. Colin.
– Comité Interministériel de Prévention de la Délinquance (2016).
– Guide interministériel de prévention de la radicalisation (2016).
– Pietrasanta, S. (2016), La déradicalisation : outil de lutte contre le terrorisme.
– Regazzi, F. (2016), Vers un « multiculturalisme policier » ? La lutte contre la radicalisation en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, étude du CERI.
– Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme (UNCCT).

Faire le choix de la Défense conventionnelle

L’armée traditionnelle est à bout de souffle. Il est temps de redéployer une partie des moyens de la force de dissuasion vers la Défense conventionnelle. Par Jean-Marie Collin, consultant Défense et Jean-Marc Pasquet, président du think tank Novo Ideo : une contribution publiée sur le site de La Tribune le 19/01/2017.

Le temps de cette élection présidentielle n’aura jamais été aussi propice pour repenser la question fondamentale de la sécurité des français. Traditionnellement, celle-ci se jouait sur les théâtres d’opérations extérieures. Les évènements exceptionnels que nous vivons font que la donne a été largement bouleversée. Malheureusement cette insécurité globale fait ressortir le risque de marginalisation qui pointe sur nos forces armées conventionnelles. Face à cela, un nouveau temps stratégique de notre Défense Nationale s’impose.

Les forces militaires françaises – et particulièrement terrestres – n’ont jamais été autant sollicitées ces derniers mois. De l’opération Sentinelle aux actions en dehors de nos frontières, nos forces sont mobilisées sur plusieurs fronts. Sauf à ne pas regarder la réalité en face, notre armée court le risque de son propre essoufflement.

Des blindés vieux de 40 années

Pourtant, avec 32,7 milliards alloués en 2017 aux forces armées, les hommes et les femmes que nous engageons sont encore trop souvent maltraités. Ils sont toujours transportés dans des véhicules de l’avant blindé vieux de 40 années. Nos hélicoptères surchauffent et sont en partie obsolètes. Des navires sont « noyés » devant l’étendue de notre zone économique exclusive, près de 11 millions kilomètres carré. Notre déficit sous marin est également connu. Enfin, il n’est pas normal que des soldats ponctionnent leur solde pour améliorer leur équipement de protection.

Face à ces manques, augmenter le budget de la défense pour arriver à la norme prônée par l’OTAN de consacrer un niveau minimum de dépenses de défense de 2 % du produit intérieur brute, peut-être une solution. Mais l’augmentation de moyens financiers ne servira partiellement nos objectifs, si ceux-ci vont en priorité aux forces non conventionnelles. Celles du temps où notre ennemi principal était circonscrit derrière un rideau de fer.

Redéployer en faveur des forces conventionnelles

Sur les 17,3 Milliards d’euros des crédits actuels d’équipement, 3,87 sont destinées en 2017 aux seules forces de dissuasion nucléaire. Le budget alloué à cette dissuasion va doubler à l’horizon 2020/2022. Une tension sans précédent va s’exercer sur les crédits équipements. La ligne « Opérations d’armement » (près de 6,7 milliards) pourra t-elle être doubler aussi ? Evidemment non. Il nous faut donc faire des choix.

Aujourd’hui, nous posons la question de la cohérence et d’adéquation entre nos forces conventionnelles et nucléaires. Nous ne pouvons pas nous permettre de calibrer notre effort budgétaire à l’aune de demi-choix stratégiques. Il est temps d’inverser cette politique et d’opter pour un réel redéploiement des budgets en faveur de nos forces conventionnelles.

Repli des forces de dissuasion

Le repli de nos forces de dissuasion répond à nos obligations internationales au titre du Traité de non prolifération nucléaire. Et, de manière essentielle, le redéploiement de ressources qu’il permet doit écarter définitivement le risque de paupérisation de nos forces armées.

Les menaces les plus fortes sont le terrorisme international et la déstabilisation d’Etats par ces mêmes groupes. Le risque étatique ne peut jamais être exclu, mais notre monde est globalisé, interdépendant et si nous créons des fonds destinés à financer des partenariats par exemple avec l’Union Européenne, c’est que nous avons confiance en l’avenir des relations entre Etats. Nous devons également développer avec les Etats africains une relation de partenaires pour co-construire la paix, la sécurité et le développement de nos continents. Le réchauffement climatique comme les catastrophes naturelles sont des sources supplémentaires de déstabilisation de nos sociétés susceptibles d’engendrer des déplacements massifs de populations.

Délester l’armée de la pression liée à la protection du territoire

Tout cela nécessitera notamment un investissement massif sur les technologies spatiales et de renseignements. Cette réallocation de nos ressources ne peut prendre le risque de la dispersion.

Sur un plan intérieur, nous devons penser notre sécurité de manière plus agile avec nos forces classiques. La création de la Réserve citoyenne est une étape. Dans l’espace public où le maniement des armes nécessite de longues formations, nous devons renforcer nos forces d’équipes professionnelles, y compris par des partenariats avec des sociétés spécialisées, en délestant notre armée d’une partie de la pression liée à la protection du territoire.

Trois mois de classes pour les jeunes

Enfin, notre société montre depuis plusieurs mois sa remarquable capacité de résilience et à se réinventer. Elle doit être activée de manière plus dynamique avec la création d’un service civique. Nous proposons qu’une période de classes de trois mois soit obligatoire pour tous les jeunes de moins de 20 ans. Cette priorité stratégique doit permettre, outre de détecter et d’ouvrir des vocations aux carrières et métiers de la Défense, de recréer un lieu de mélange massif entre nos populations. Pour d’autres qui le souhaitent, cette période de classes se prolongera dans une formule citoyenne en intégrant y compris des formules civiques et éducatives.

Le saupoudrage est une perte économique, c’est également une source d’accroissement de risques. Le contrat de réassurance avec les français doit également résorber la fracture qui s’est créé avec certains d’entre eux.

USA : faire campagne sans tracter

Par Alexis Prokopiev et Timothée Germain

Nous connaissons bien, en théorie, l’utilisation des sondages et les campagnes de proximité basées sur des porte-à-porte et des phonings. Mais comment ces techniques fonctionnent-elles concrètement et localement, sur le terrain ? A quelques jours de la présidentielle américaine, qui se déroule dans un climat tendu entre Hillary Clinton et Donald Trump, Point d’aencrage vous emmène à Chicago – ville de naissance d’Hillary Clinton et des débuts politiques de Barack Obama – pour observer de l’intérieur la campagne des démocrates dans cette ville symbolique.

« Chaque voix compte ! », c’est avec ces mots, et quelques cookies, que Michelle, l’une des coordinatrices des volontaires, nous accueille au QG de campagne d’Hillary Clinton dans l’Etat de l’Illinois. Situé dans un building du centre-ville de Chicago, à quelques pas de la gigantesque Trump Tower érigée par le milliardaire en 2009, ce QG recouvert d’affiches multicolores grouille de volontaires et membres de l’équipe de campagne. On sent enfin un parfum électoral dans cette ville où, contrairement à New York, centre de happenings anti-Trump permanents, la campagne présidentielle semble quasi-absente des rues.

L’enjeu : les « Swing states »

« Ici, c’est un « Blue State » », explique Michelle, « l’Illinois, et surtout Chicago, votent souvent démocrate. Obama a toujours gagné ici et l’objectif pour ces élections n’est pas juste de gagner mais de gagner très largement. On veut un raz-de-marée pour les élections générales dans cet Etat ». Les sondages le confirment. D’après le très influent site FiveThirtyEight[1], que tous les volontaires disent consulter régulièrement, dans l’Etat de l’Illinois, Hillary Clinton a 98% de chances de l’emporter contre à peine deux petits pourcents pour Donald Trump. Toutefois, la situation n’est pas la même dans tous les Etats voisins. Nous avons déjà parlé de la géographie électorale des Etats-Unis[2], si le Michigan et le Wisconsin semblent largement acquis aux démocrates, alors que le Missouri et l’Indiana le sont à Trump, il reste un très important « Swing state »[3][4] à proximité : l’Iowa. Il y a deux semaines encore, Hillary Clinton avait l’un avantage, même très relatif,[5] sur Donald Trump. Elle n’est désormais plus qu’à 29% des intentions de vote. C’est l’une des raisons pour lesquelles les volontaires de la campagne s’activent dans la « phone bank »[6] à recruter des volontaires pour aller convaincre les électeurs de cet Etat.

Patricia et Robert, deux volontaires, font chauffer leurs téléphones. Grâce à un logiciel connecté à une base de données de sympathisants démocrates de l’Etat, ils appellent des personnes qui ont déjà montré un quelconque intérêt pour la campagne d’Hillary Clinton afin de les mobiliser davantage. « L’objectif est de remplir le bus qui emmènera les volontaires faire campagne dans l’Iowa durant toute la journée de samedi », explique Patricia, une volontaire affiliée au parti démocrate depuis les années Reagan, « c’est un engagement important car le bus part à 7h30 du matin et revient à Chicago à 19h. On précise surtout aux volontaires qu’ils seront de retour pour le match des Cubs » (l’équipe de baseball de Chicago qualifiée pour la première fois depuis 1945 pour les World Séries). Ces volontaires partiront pour un tour de bus dans l’Iowa avec un but très précis : convaincre les indécis, les indépendants et les personnes qui se sentent proches du parti démocrate mais ne sont pas certaines d’aller voter en faveur de sa candidate. Les volontaires seront munis d’une carte fléchée et de plusieurs argumentaires avec des messages différents et ciblés pour chaque catégorie de personnes à convaincre. Il est intéressant de noter que dans ces derniers jours de campagne, appelés aussi « crunch time », l’équipe qui coordonne les volontaires délaisse quasi totalement les Etats facilement gagnables ainsi que les Etats très difficilement gagnables pour se concentrer sur les « Swing states ».

Cibler les électeurs pour augmenter l’efficacité de la campagne

L’intensité de mobilisation des volontaires, la période durant laquelle ils se mobilisent ainsi que leurs lieux d’action sont minutieusement choisis et coordonnés par l’équipe de campagne. C’est là que réside l’innovation majeure de 2012 et qui a encore été améliorée depuis. « La campagne de Clinton utilise l’analyse des données statistiques (ou le « big data ») pour obtenir un ciblage et une catégorisation les plus précises possibles et établir ainsi une cartographie des populations cibles prioritaires mais aussi des messages efficaces et adaptés pour les convaincre », explique Tomas Ogorzalek, professeur adjoint au département des Sciences politiques de l’université Northwestern de Chicago. Les données proviennent de la base électorale mais aussi des réseaux sociaux, et surtout de Facebook, ce qui permet de mieux cibler les centres d’intérêts des personnes contactées ainsi que leur intérêt pour la campagne tout court. Cela s’appelle le « micro-ciblage », réalisé grâce à des instruments précis. « À des moments différents de la campagne les équipes essayent de mobiliser des catégories d’électeurs différentes », souligne Tomas Ogorzalek, « le but étant d’optimiser l’efficacité de l’approche et donc, aussi, d’économiser de l’argent et des efforts ». Les catégories visées sont déterminées selon une double échelle : ceux qui sont plus ou moins intéressés par un vote en faveur d’Hillary Clinton et ceux qui sont tout simplement intéressés par le fait d’aller voter. « Il n’est pas très utile de viser ceux qui sont sûrs de voter Trump car cela ne fera que les irriter », souligne Tomas Ogorzalek, « tout comme il est aussi difficile de convaincre ceux qui sont sûrs de ne pas aller voter ». D’autant que, d’après M. Ogorzalek, durant les débats « Hillary Clinton a déjà mobilisé, par son discours, différentes catégories de la population qui se mettent en mouvement pour voter pour elle ou pour participer à sa campagne ».

Lors des dernières semaines de campagne un effort particulier est donc porté vers ceux dont on sait qu’ils sont au moins un peu intéressés, ou peuvent l’être, par un vote pour Hillary Clinton mais qui ne sont pas encore sûrs d’aller voter. Le but étant d’ »activer » leur vote en leur expliquant, par exemple, comment se rendre au bureau de vote ou, tout simplement, en leur rappelant la date et les modalités du vote. « Même si une personne ne répond pas positivement à un e-mail de l’équipe de campagne, le simple fait de le recevoir et de lire ces quelques informations utiles peut déclencher l’action de se rendre aux urnes », insiste M. Ogorzalek. C’est aussi que confirme Michelle : « les volontaires vont aller faire du porte-à-porte dans les États voisins et demander aux gens d’aller voter en ciblant ceux qui sont susceptibles de voter pour nous ou ceux qui sont indécis ». D’après elle, « un processus efficace fait élire des présidents, ce processus a fait élire Obama deux fois » et elle insiste sur la nécessité de « parler aux gens » car, selon elle, ce sont « des gens qui parlent à d’autres gens » qui peuvent augmenter l’envie d’aller voter ou même de s’engager comme volontaire ou de devenir donateur.

C’est l’avènement du Little Data. Comme le décrit Jim Messina dans un récent éditorial paru dans le New York Times[7], les ensembles massifs de données sont moins importants pour comprendre un électorat donné que quelques points très précis, ceux qui permettront de convaincre un électeur indécis. Pour celui qui fut directeur de la seconde campagne victorieuse de Barack Obama, en 2012, avec le Little Data, les interactions entre militants et électeurs sont devenues très personnalisées. Plutôt que de dérouler un message global sur la plateforme du candidat, le volontaire peut se concentrer d’emblée sur l’enjeu qui mobilisera le mieux son interlocuteur. En conséquence, les sondages à l’échelle nationale sur des échantillons de quelques centaines de personnes ne présentent plus beaucoup d’intérêt face à de tels outils de compréhension fine de l’électorat. De même, le découpage de la population en grandes catégories (comme « femmes indépendantes », « Latinos d’ascendance cubaine ») est progressivement délaissé dès lors qu’il n’offre une image très incomplète, voire trompeuse.

Un fait étonnant : alors que les sondages réalisés par les démocrates, notamment lors de la dernière campagne d’Obama, sont considérés comme étant parmi les plus précis et les plus détaillés du pays, les Républicains, surtout avec Donald Trump, semblent moins investir cet outil. Comme l’explique ironiquement le Washington Post, « l’équipe de campagne de Trump a dépensé plus dans les casquettes que dans les sondages »[8] (1,8M$ pour les sondages contre 3,2M$ pour les casquettes). Le même article note que, même si les autres dépenses comme, par exemple, les publicités télévisées, ont augmenté ces dernières semaines, les sommes dépensées pour le merchandising du candidat restent considérables (plus de 15M$). Cela s’explique, d’après le Washington Post, sans doute par une volonté électorale et notamment par la volonté du candidat lui-même de centrer cette campagne sur lui-même et sur son propre message plutôt que de la cibler ou de l’adapter à des groupes de personnes particulières. Tomas Ogorzalek explique notamment que les Républicains ont historiquement une base électorale importante et assez fidèle dont une partie s’est même renforcée avec les déclarations de Donald Trump mais qui ont, de l’autre côté, choqué une autre partie de l’électorat républicain qui s’est éloignée de son candidat. Ce sera sans doute là un enjeu majeur post-campagne pour le Parti Républicain : recoller les morceaux d’un parti profondément divisé.

Faire campagne sans tracter

La campagne présidentielle est omniprésente dans les journaux et sur les écrans des chaines de télévision américaines. Elle l’est aussi désormais sur les réseaux sociaux, très utilisés par les candidats et leurs supporters, notamment pour interpeller, parfois de manière violente, les uns les autres. Les spots électoraux télévisés se distinguent soit par un classicisme très américain avec une présentation sobre et minutieuse, soit par une originalité très étonnante qui montre, par exemple, des candidats aux élections générales en héros d’une bande dessinée de Marvel. Il est aussi assez courant de voir des clips qui attaquent des candidats adverses sans pour autant promouvoir le programme de leur propre camp. Ce « black PR »[9], à la limite de la diffamation, est encore très présent dans les médias américains.

Toutefois, lorsqu’on compare la campagne américaine aux campagnes électorales françaises, une chose frappe immédiatement l’esprit : la quasi-absence, à quelques jours du scrutin, de la campagne dans les rues de Chicago. En effet, si à New York il est possible de noter ça et là des performances artistiques, qui peuvent d’ailleurs s’accompagner de tensions, souvent dirigées contre Donald Trump, notamment devant la Trump Tower new-yorkaise, il n’y a rien de tel dans les rues de Chicago. Pas de groupes de militants qui tractent à l’entrée du marché bio local, ni d’affiches collées dans les rues, ni même de quelconque panneau électoral devant les bureaux où se déroulent déjà le vote anticipé. Lorsqu’on leur pose la question sur les tractages et les collages, les volontaires du QG de la campagne d’Hillary Clinton dans l’Illinois ont tous la même réaction : « est-ce efficace ? ». Ils expliquent notamment que certains volontaires tractent devant les bureaux de vote ou lors d’évènements particuliers mais toujours de manière très ciblée. Par exemple, il existe des tractages matinaux devant les bureaux de vote où sont inscrits de nombreux indécis et des personnes qui ne sont pas sûres d’aller voter. Le but des tracts n’étant pas forcément, dans ce cas, de promouvoir la candidate mais surtout d’expliquer les modalités du vote. Les volontaires de la campagne d’Hillary Clinton expliquent qu’il existe aussi d’autres « tractages ciblés » comme autour d’ « évènements auxquels participent essentiellement, par exemple, des femmes, ou des Afro-américains ou des Latino-américains ». Le but étant à chaque fois de cibler des groupes de populations avec des tracts spéciaux qui leur sont adressés. Tomas Ogorzalek a une explication pragmatique : « le budget de campagne a des limites et les volontaires ont aussi des forces limitées, il est donc nécessaire de les repartir et de les prioriser de manière à les concentrer sur les actions les plus efficaces et sur les « meilleurs messages » au lieu de les diluer dans la masse d’information que reçoivent déjà les gens ». Exit donc les tractages au marché si chers aux militants français, exit aussi les collages sauvages, visiblement peu appréciés aux Etats-Unis, et place au porte-à-porte, au bouche-à-oreille et au mail-to-mail avec des messages de plus en plus ciblés et de plus en plus désirables.

Mettre la campagne en mouvement

C’était l’une des grandes innovations de la campagne de Barack Obama en 2008 (décrite notamment dans une note de Terra Nova publiée en 2009[10]) : pour gagner une élection présidentielle il ne suffit plus d’avoir des militants et des électeurs, il faut aussi lancer une campagne de mobilisation pour créer un véritable mouvement qui portera le candidat (ou la candidate) jusqu’à la victoire. En 2016, la mobilisation autour de la candidate démocrate semble également très forte notamment par opposition au candidat des Républicains. Toutes les personnes interrogées, dont certaines ont notamment soutenu Bernie Sanders lors des primaires du Parti démocrate, se disent très motivées, voire « galvanisées », dans ce contexte, par la candidature d’Hillary Clinton. Patricia et Robert, deux volontaires, parlent de la campagne de Donald Trump comme d’une campagne « dégoutante, laide, méchante et embarrassante pour l’image des Etats-Unis ». Ils sont démocrates mais indiquent que leur motivation augmente à chaque fois qu’ils entendent Donald Trump s’exprimer dans les médias. Ce facteur semble non-négligeable dans le déclenchement de l’adhésion et du vote en faveur d’Hillary Clinton.

La plupart des volontaires viennent au QG deux ou trois fois par semaine et y passent quelques heures à donner des coups de téléphone ou à poster des messages sur les réseaux sociaux. Tout est coordonné par plusieurs volontaires seniors, comme Gregory, qui a déjà participé à plusieurs campagnes du Parti démocrate et a suivi une formation spéciale, d’abord par téléphone, puis pendant une journée passée avec d’autres volontaires expérimentés. Ils ont pour mission d’organiser le travail des autres volontaires, de repartir les tâches, de les motiver, de surveiller le bon déroulement du processus mais aussi… de créer une ambiance de camaraderie pour que les gens « se sentent bien ici et aient envie de revenir plus souvent », souligne Michelle. Les coordinateurs des volontaires passent entre 8 et 10 heures par jour au QG. Ils ne sont pas rémunérés pour cela et prennent souvent plusieurs mois de vacances pour pouvoir faire campagne. C’est le cas de Marion, une néerlandaise, qui a pris trois mois de vacances aux Pays-Bas et est venue aux Etats-Unis à ses propres frais pour « se battre pour la liberté car, ici, ils savent ce que cela veut dire. » C’est la troisième fois, depuis 2012, que Marion se rend aux Etats-Unis pour participer aux campagnes électorales des démocrates. « Il existe ici un vrai mouvement de fond, un mouvement qui part du bas vers le haut et qui, malgré tous les problèmes des Etats-Unis, vise à protéger la démocratie qui est très précieuse. Ici les gens votent à chaque étape, au niveau local et au niveau national, certains trouvent cela trop mais moi, qui suis européenne, je pense que cela crée une vraie conscience citoyenne », dit Marion en montrant sa photo avec Barack Obama prise lors de la campagne législative de 2014. Au sein de cette campagne chaque volontaire dit « se sentir important » car, comme le dit Michelle, « on peut passer 6 heures à obtenir une seule voix, mais on sait que même cette voix est importante pour la victoire finale. »

Tomas Ogorzalek explique que cette mobilisation est basée sur la Rational vote theory qui laisse une place aussi importante à la participation qu’au résultat. L’idée principale est de « faire bénéficier les gens de leur simple participation, peu importe le résultat, pour qu’ils puissent titrer une satisfaction personnelle et collective du processus » en s’intégrant dans une collectivité et se sentant appartenir à un groupe de personnes ayant les mêmes idées et les mêmes buts. On est loin d’une organisation militante classique héritée de l’organisation militaire ou syndicale. Michelle confirme que l’aspect social du travail des volontaires est très important et qu’il doit aussi y avoir un côté « fun » dans le fait d’offrir plusieurs heures par jour à une campagne présidentielle. « C’est grâce à ce mouvement que nous avons fait élire le premier Noir à la présidence des Etats-Unis, c’est aussi grâce à cette camaraderie que nous allons faire élire la première femme de notre Histoire », conclut, cachant à peine sa fierté, cette féministe qui a commencé à militer lorsqu’elle avait à peine 12 ans.

Alexis Prokopiev et Timothée Germain

[1] http://projects.fivethirtyeight.com/2016-election-forecast/illinois/

[2] http://pointdaencrage.org/3-les-secrets-de-la-geographie-electorale-actuelle-des-etats-unis/

[3] « Etat-charnière » ou « Etat-pivot ».

[4] Explication des « Swing States » ici : http://pointdaencrage.org/2-le-moment-ou-vous-allez-decouvrir-ce-quest-un-swing-states/

[5] http://projects.fivethirtyeight.com/2016-election-forecast/iowa/

[6] « Centre d’appels téléphoniques ».

[7] http://www.nytimes.com/2016/11/03/opinion/campaign-stops/the-election-polls-that-matter.html?_r=1

[8] https://www.washingtonpost.com/news/the-fix/wp/2016/10/25/donald-trumps-campaign-has-spent-more-on-hats-than-on-polling/

[9] Technique de relations publiques qui consiste à dénigrer et créer une image négative de son adversaire.

[10] http://tnova.fr/rapports/moderniser-la-vie-politique-innovations-americaines-lecons-pour-la-france

Point d’aencrage qui publie cet article rassemble des étudiants et des jeunes professionnels qui réfléchissent ensemble aux solutions politiques d’aujourd’hui et de demain. 

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