Comment imaginer Paris en 2030 dans ses frontières actuelles ?

Paname prend le large

Engoncée dans ses 100 kms2, la capitale étouffe dans une densité exceptionnelle en Europe, sans plus de foncier disponible pour apporter les logements et les espaces publics dont elle a besoin. Point d’espaces verts d’envergure nouveaux à l’horizon 2020.

Après la victoire de la gauche en 2012, la nouvelle loi territoriale a remis à plat l’ancienne réforme Sarkozy pour faire passer définitivement Paris par-delà les frontières du périph’. Illustration de cette révolution urbaine : des ponts sur la Seine accueillent commerces, bureaux et logements. Quelques téléphériques franchissent les derniers pans des boulevards circulaires qui n’ont pas été enterrés, des navettes fluviales de la RATP se sont remises à transporter des travailleurs dans toute la Région Ile de France qui a pris ses aises. D’ailleurs, il n’y a plus désormais qu’une douzaine de Régions dans la France de 2030 et autant de métropoles.

Les nouveaux gouverneurs élus au premier degré à la tête des intercommunalités franciliennes ont acquis la légitimité du suffrage universel. Des grands projets articulés autour du métissage urbanité-ruralité ont éclos. Portés par cette nouvelle légitimité intercommunale, des projets « impossibles » en 2010 sont aujourd’hui des expériences partagées dans toute la nouvelle Ile de France.

La part de l’agriculture biologique a explosé, les anciens parisien-NE-s prennent désormais leur Pass-Navigo une zone pour pénétrer l’ancienne banlieue qu’ils ne regardaient que de loin, 20 ans plus tôt. L’idéal de mixité sociale a repris corps. Les barrières culturelles tombées, des catégories sociales et moyennes de l’ancien Paris intra muros vont s’installer dans le « nouveau Paris » comme on dit aujourd’hui, : à Clichy, à Montreuil ou Sarcelles, attirés par les nouveaux pôles économiques et culturels qui ont joué comme autant de pompes aspirantes.

Idéal de mixité sociale

Du coup, le marché immobilier de « l’ancien Paris » s’est détendu. Les classes moyennes et populaires ont un accès à un parc de logement dont le prix du mètre carré a chuté à la suite de cette révolution territoriale. Avec l’élection d’une Maire écolo en 2014, la municipalité de la vieille ville est enfin passée du plan climat aux travaux sur le bâti. On pense, travaille, se cultive et se distrait à l’échelle francilienne, au plus près de chez soi mais sans peur de déménager ou « s’exiler ». Aujourd’hui, les perceptions de 2010 font sourire. Montmartre fait presque figure de vieux Disney.

Les jeunes et « néo-bobos » vivent en petite couronne, celle qui touche les anciennes frontières franciliennes. Ils partent en week end dans la toute proche Picardie dont les côtes ont détrôné les plages de La Baule, trop « old fashion ». La ville de Creil (dans l’ancienne Oise) est à un quart d’heure de la Gare du Nord. Sa population a doublé du fait de l’éco-plan gouvernemental de logements, décidé fin 2012. Autour du théâtre de la Faïencerie, c’est un nouveau poumon vert qui fait office de parc de la Villette pour les 21e et 22e arrondissement, au nord-est de l’ancienne capitale. Et bien plus loin encore.

Dans les cafés de Cergy, on se souvient des vieux écolos parisiens de l’année 2010 qui avaient du mal à se projeter ailleurs que dans le Paris intra-muros. Quand le sage montre la lune?