Comment stopper l’ascension de Marine Le Pen.


Sur cette terre du Guesdisme
, un temps séduite par « le populisme Boulanger », la société s’est structurée durant trois siècles autour d’une mono industrie. Elle a permis l’émergence d’une véritable aristocratie ouvrière, produit des grandes solidarités et mise à l’épreuve des vagues successives de migrations. Une société du respect, du travail et de l’humilité. Une société qui par son labeur a contribué de façon décisive au développement et à l’industrialisation de la France.

C’était le temps d’une société encadrée où tout appartenait aux Houillères. Maison, services de soins, loisirs : le giron du paternalisme minier embrasse jusqu’à la vie privée des familles et écarte de la « propagande » des bistrots. Le lundi, le garde des mines mettait à l’amende directement sur leur salaire ceux qui, le samedi précédent, n’avaient pas balayé leur trottoir. Ici, l’initiative individuelle était mal vue et le déterminisme social jouait à plein.

C’est encore le pays des pollutions, des affaissements miniers, des inversions de cours d’eau, de la silicose et de la hausse des maladies professionnelles, deux fois plus forte que dans le reste du territoire.

La fédération PS du Pas-de-Calais est issue de ces influences. Elle en tire sa forte culture égalitaire et une laïcité chevillée à l’identité ouvrière. Un socialisme républicain de la première gauche, dirigiste, qui sape l’influence du parti communiste, avec ses seigneurs locaux et leurs féodalités électorales. Sur ce bassin minier, le long d’une bande de 120 kilomètres de long sur 10 kilomètres de large, la décision de mettre fin, dès le début du premier septennat de François Mitterrand, à plus d’un siècle d’exploitation minière, sans s’inscrire dans une perspective de transformation économique et culturelle, a saisi 1,1 million d’habitants entre Valenciennes et Béthune où le taux de chômage, qui dépasse les 14%, est un des plus élevés de France. Dans la même période, Pierre Mauroy lançait le projet structurant d’Euralilles et, plus tard, Martine Aubry faisait de Lille, une capitale européenne de la culture et une notable exception.

Avec la fin de la mine, les systèmes traditionnels d’entraide et de solidarités se sont progressivement déliés, en laissant dans le désoeuvrement beaucoup d’individus parmi des populations globalement plus pauvres et plus fragiles qu’ailleurs. Ici s’observe et se mesure aussi l’épuisement de la dynamique de changement collectif, responsabilité historique des partis ouvriers.

A Hénin, le FN poursuit sa longue et patiente progression : 17,48% au premier tour des élection municipales de 2001, 30% à celle de 2008 et 48% au second tour des municipales de 2010. Entre ces élections, la Chambre régionale des Comptes constate un déficit de 12,4 millions d’euros et impose une hausse des impôts locaux de « +85% » dont le maire de Hénin-Beaumont tirera son surnom.

(Cet article a été publié le 22 février dans le quotidien « Les Echos ».)