Crêche ou scolarisation précoce ?

Le décret « Morano » paru le 7 juin dernier est en conformité avec ces deux rapports.

Il est à craindre que le gouvernement s’oriente également vers une scolarisation précoce des enfants, moins coûteuse que l’accueil en crèche. En effet, l’Etat se plaçant dans une logique comptable et respectant des lignes budgétaires cloisonnées par secteur, santé d’un côté, éducation de l’autre, il a tout intérêt à développer la scolarisation précoce dès 2 ans.

Mais à quel prix pour l’égalité femmes-hommes, à quel prix pour les quelques 2 400 000 enfants de moins de 3 ans ?

L’égalité entre les femmes et les hommes est un fondamental de l’écologie politique. Ses bénéfices en matière d’indice de développement de notre société et de lutte contre la pauvreté des femmes sont reconnus par les plus hautes instances internationales. Or les interruptions dans les carrières professionnelles des femmes sont le plus souvent liées au manque de places d’accueil pour les tout- petits et ont des incidences sur leurs retraites.

Mais, en ce qui concerne les crèches, il faut lier quantitatif et qualitatif, donc, ne jamais oublier de placer le tout-petit au centre de notre réflexion.
Il est vrai que la scolarisation des 2-3 ans soulage les mères en situation de précarité et diminue les coûts des collectivités, le coût d’une place à l’école étant moins élevé qu’une place en crèche.

Quelles seront les conséquences d’une scolarisation précoce pour les tout-petits ?

L’histoire de la Petite Enfance révèle une évolution indéniable dans les crèches : hygiénistes au début du 20ème siècle, car principalement orientées vers la lutte contre les maladies, les établissements et leurs professionnel-les vont être influencé-es par différentes réflexions popularisées par les media. Citons :

* Dolto qui affirmera que le bébé est une personne,
* Bernard Martino dont les films documentaires ont marqué des générations de parents et de professionnel-les
* Emmy Pikler, pédiatre hongroise, dont je me suis faite un point d’honneur à inaugurer le square aménagé pour les tout-petits dans mon 20ème ardt de Paris.

Or, la grande différence entre la Maternelle et la crèche réside dans cette évolution :

Dans le secteur de la Petite Enfance (0-3ans), les professionnel-les parlent d’accompagnement par des adultes qualifiés et bienveillants pour les aider à trouver leur voie dans un environnement sécurisant et adapté. L’accent est mis sur les acquisitions désirées par l’enfant tout en respectant son rythme individuel.

Logique de santé ou logique éducative ?

A la Maternelle, conformément aux directives de l’Education Nationale, depuis quelques années, on parle de normes, d’évaluations et de compétences à valider. De là à détecter les futurs délinquants dès 3 ans, il n’y a qu’un pas que certains n’ont pas hésité à franchir, mettant la pression sur les familles et créant l’insécurité psycho-affective chez les tout-petits et leurs parents !

Les différences entre les secteurs Petite Enfance et Maternelle s’appuient essentiellement sur des regards et des objectifs différents et parfois contradictoires en France : la Petite Enfance dépend de la Santé, la Maternelle dépend de l’Education.

D’autres arguments ont été développés contre la scolarisation à 2 ans et notamment pour les familles les plus en difficulté :

* taux d’encadrement par groupe d’enfants trop bas (1 pour 30 en maternelle).
* organisation spatiale de l’école inadéquate.
* attention insuffisante portée aux repas et au sommeil
* mauvaises conditions d’acquisition linguistique (groupes trop importants)

Finalement, au vu des lourdes conséquences que la scolarisation massive des 2 ans pourrait avoir sur le développement des enfants, l’argument comptable du moindre coût d’une place en maternelle comparé à celui d’une place en crèche tombe.