Crise : Le temps de l’Economie Sociale et Solidaire est venu

Extrêmement variées, souvent complexes et associant les dimensions politique, économique et symbolique, les initiatives sociales et solidaires peinent à se faire une place dans l’espace médiatique([ Dacheux, 2011)].

Faire connaître l’ESS, c’est rappeler l’importance d’un secteur qui représente ?2,3 millions d’emplois (12% des emplois) en France et 11 millions en Europe. Surtout, la dynamique montre la résilience du modèle : ?en France, en 2010 , l’emploi dans le secteur a crû de 2,8% en masse salariale. C’est aussi reconnaître sa grande diversité, laquelle n’empêche pas d’identifier les caractéristiques communes de l’ESS, comme l’a fait récemment Claude Alphandéry : «?projets économiques d’utilité sociale, des valeurs éthiques, un fonctionnement démocratique et une dynamique de développement fondée sur l’ancrage local?».

L’ESS COMME REPONSE A LA CRISE

En cette fin d’année 2011, le moment semble venu pour le «?changement d’échelle?» attendu depuis des dizaines d’années. Nous ne le répéterons jamais assez : la crise actuelle est structurelle et appelle à refonder un modèle économique inefficient et vide de sens. Face à une économie réelle inféodée à la sphère financière, elle-même arc-boutée sur le profit à court terme, l’urgence est à remettre l’économie au service de l’humain. Face à une crise écologique, portée par une croissance aveugle, la conversion écologique de l’économie est une absolue nécessité. Face au vide démocratique exprimé par les Indignés, l’urgence est à remettre du politique dans l’économie. Ainsi, sous ses divers aspects, l’impasse économique actuelle appelle le développement et la diffusion de l’ESS.

L’ESS doit ainsi se poser en outil indispensable de la conversion écologique de nos économies. Ses différentes composantes ont montré leur solidité en temps de crise, comme en atteste la résistance de la finance solidaire depuis 2008. Toutefois, son développement doit éviter le piège du dévoiement. En effet, face à des Etats en recul sous l’effet des politiques d’austérité, la tentation est grande pour certains de voir dans «?le tiers secteur?» un pansement pour soigner les effets de la crise. L’ESS doit être, au contraire, «?une force de transformation?» (J-L Laville, 2011) dans le cadre d’une économie toujours plurielle, constituant à la fois un exemple et une force d’impulsion.

LES TEMPS SONT MURS

L’urgence s’accompagne d’une fenêtre politique que les écologistes auront à c?ur de saisir avec l’approche des élections de 2012. Après les 50 propositions formulées en 2009 par le «?Labo de l’ESS?», après la rédaction de «?cahiers d’espérance?» dans le cadre des Etats généraux de l’ESS, des acteurs de l’ESS soumettront, le 7 novembre, 12 propositions aux candidats à la présidentielle. Au niveau européen, également, la Commission Européenne a lancé une initiative pour «?l’entrepreneuriat social?».

Si les espoirs sont permis, c’est bien qu’une politique cohérente d’appui à l’ESS est réalisable. Elle suppose tout d’abord de répondre aux faiblesses du secteur, notamment la faible formation et la précarité qui entoure nombre de ses emplois et le vieillissement de ses cadres. Plus largement, c’est une politique globale qui est nécessaire, impliquant de s’adresser à trois types d’acteurs :

D’abord, la puissance publique, qui doit mettre en cohérence le secteur, par exemple à travers une Loi-cadre. Pour stimuler la demande, il s’agit d’intégrer les entreprises de l’ESS dans les dispositifs de droit commun, mais aussi d’insérer des clauses sociales et environnementales dans tous les marchés publics. De même, la puissance publique peut soutenir les démarches de développement local en mettant en place des «?pôles de coopération territoriaux?», version solidaire des pôles de compétitivité. A ce travail s’ajoute l’impératif d’améliorer la mesure statistique de l’ESS pour en améliorer la visibilité.

Ensuite, les entreprises de l’ESS elles-mêmes : elles doivent être soutenues de manière spécifique, notamment en ce qui concerne leur accès à des financements divers et adaptés (fonds de finance solidaire, fonds de garantie, avances remboursables…), le montage de projets innovants et la pérennisation/professionnalisation des emplois, aidés ou non.

Enfin, les entreprises de «?l’économie classique?», afin de créer une attraction vers les pratiques solidaires. C’est ainsi que les règlementations encourageant la mesure des impacts sociaux et environnementaux des activités économiques ou celles renforçant la démocratie dans l’entreprise seront autant d’éléments qui aideront l’ESS à «?irriguer?» une économie classique en pleine sécheresse.