De la responsabilité en matière nucléaire

L’outrance de ses promoteurs inconditionnels, au premier rang desquels le Président de la République, surprend d’ailleurs. En effet, Nicolas Sarkozy qui n’a eu de cesse de démanteler les acquis sociaux du Conseil National de la Résistance semble ne retenir de 1945 que? la création du CEA !

Un sujet majeur reste relativement absent du débat : la prise en compte effective des risques induits par le choix nucléaire.

En septembre dernier, deux évènements ont pourtant soulevé cette question : le non lieu dans l’affaire dite du nuage de Tchernobyl et l’accident intervenu sur le site de la SOCODEI voisin du complexe nucléaire de Marcoule.

Dans le cas du nuage de Tchernobyl, la question de l’information objective sur la situation et des mesures préventives que nos voisins ont mis en place et pas notre pays ne peut que renforcer le malaise et la colère bien évidemment en premier lieu des malades et leurs familles, mais plus largement de la population française.

Quelques jours plus tard, un accident fait un mort et plusieurs blessés dont un très grave et que se passe t’il ? l’information met plus de 2 heures à sortir, et encore initialement via les pompiers. Un vent de panique souffle sur la région de Marcoule.

Rappelons que les autorités, habitantEs, éluEs, enseignantEs de cette région, ultra nucléarisée puisqu’on y trouve outre Marcoule, Tricastin, Pierrelatte?, devrait théoriquement être la plus informée et formée aux réflexes à avoir en cas de problème. Il n’en fut rien. Certes, l’accident de la SOCODEI n’est pas un accident nucléaire au sens strict même s’il met en jeu des matériaux contaminés. Mais on ne peut pas ignorer que ce site avait fait l’objet d’alertes de la part de l’ASN comme de multiples autres sites français, y compris centrales et installations bien plus dangereuses. Ces alertes sont parfois prises en compte, parfois pas complètement mais nulle sanction ou amende ne tombe?

C’est donc bien la capacité de gérer et assumer les risques spécifiques à l’industrie nucléaire ?dans l’ensemble de ses composantes ? qui est soulevée.

Le choix du nucléaire n’est pas le nôtre. Les écologistes l’ont même toujours et sans relâche combattu sur ses faces civile et militaire. Aujourd’hui la réalité vient dramatiquement confirmer ce que les lanceurs d’alerte soulignaient.

La question aujourd’hui, outre de s’engager résolument dans la sortie du nucléaire, est aussi de mettre notre pays en capacité de gérer ce bien lourd fardeau et de répondre à l’interrogation bien légitime : et on fait quoi si ça arrive ici ?

VERS UNE TRANSFORMATION DE L’INDUSTRIE NUCLEAIRE

Contrairement à ce que l’on entend de ci de là, arrêter progressivement la production d’électricité nucléaire et partant celle de combustibles et leur retraitement ne signifie pas la fin de l’industrie nucléaire mais bien sa transformation. Nous aurons besoin demain de savoirs, de savoir faire, de personnels et entreprises qualifiés et protégés pour gérer le suivi des sites et matières, le démantèlement, la surveillance etc.

Mais nous avons dramatiquement besoin également de remettre à plat les dispositifs d’information, de suivi des alertes de l’ASN ou d’experts indépendants, de gestion de crise, de sécurité civile pour protéger au mieux la population en cas de risque de contamination. Le déni de l’accident sert bien trop souvent de postulat de départ, or nier un risque n’a jamais été la meilleure façon de s’en prémunir, ni de gérer quand la crise arrive.

Un seul exemple, les plans particuliers d’intervention ne s’intéressent qu’à un périmètre maximal de 10km autour des sites nucléaires. 80 000 personnes ont été évacuées dans un rayon de 20 km au Japon et on sait que ça ne suffit pas et que 8% du pays sont contaminés au Cesium?

La responsabilité aujourd’hui commande de mettre notre pays en capacité d’assumer le fait nucléaire, non démocratique et subi, mais qui malheureusement nous engage toutes et tous dramatiquement.