Ecologistes en faveur du Traité Européen…en attendant mieux!

DEPASSER LA RIGUEUR, DONNER UN NOUVEAU CADRE AUX POLITIQUES BUDGETAIRES

Ainsi, être écologiste ou être « vraiment » de gauche, ce serait être contre la rigueur budgétaire. Etre favorable au rétablissement des comptes publics, ce serait forcément être de la droite « ultralibérale » et « austéritaire »?
A suivre cette tendance, on pourrait bientôt mesurer la valeur morale du personnel politique au niveau d’endettement public qu’il prétend faire atteindre au pays.

Posons immédiatement que l’idée que France répudie sa dette est inimaginable, sauf à considérer qu’on ne repose ensuite la question du financement futur de l’économie qu’à de nouveaux prêteurs amnésiques.

La croissance économique ne constitue pas non plus une solution réaliste et durable pour faire fondre notre dette par rapport à notre richesse. S’endetter pour investir est logique si l’investissement en question induit à l’avenir des recettes fiscales supplémentaires qui l’amortissent. Mais l’Etat n’investit presque plus, il laisse désormais cette prérogative aux collectivités, et sa situation est déjà si dégradée que le déficit sert aujourd’hui à payer essentiellement des dépenses courantes. Enfin, la croissance française sera d’évidence limitée à l’avenir par des facteurs physiques conduisant notamment au renchérissement des énergies fossiles.

« L’inflation ! » Il suffirait de convaincre la BCE d’émettre généreusement de la monnaie pour générer une inflation qui réduira d’autant notre fardeau. Mais avec un stock de dettes dont l’échéance moyenne est de sept ans, les taux d’intérêt étant calés sur l’inflation, chacun comprend bien qu’il s’agit là d’un expédient, qui ne peut réduire que très modérément la pression durant seulement quelques années, et qui substitue dans un premier temps une érosion du pouvoir d’achat des salariés en première ligne à une crise de la dette pour finalement, irrémédiablement, aboutir aux deux.

« La BCE doit prêter directement aux Etats. » Elle le fait déjà pour parer au plus pressé en Grèce, Italie, etc. Mais il s’agirait pour certains de rendre systématique cette pratique, afin de repousser à plus tard la nécessité de rétablir nos finances. Cela supposerait, accessoirement, de convaincre l’Allemagne, c’est-à-dire convaincre un pays qui, au fond du gouffre de l’hyper-inflation, a dû retirer douze zéros à sa monnaie en 1924, de relancer la planche à billets.

Si le recours à la BCE pour le financement direct des Etats est souhaitable, ça ne peut naturellement être qu’avec un pacte budgétaire crédible et respecté. Il en va de même pour la mutualisation d’une partie de la dette déjà accumulée par les Etats européens. Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, ou pacte budgétaire) vient opportunément poser les limites qui permettent la durabilité d’un tel système.

Le pacte budgétaire, avec un objectif dans quelques années de 0,5 point de PIB de déficit « structurel », c’est-à-dire hors déficit supplémentaire entraîné par une conjoncture défavorable, et sauf en cas de « circonstances exceptionnelles », borne une trajectoire visant le désendettement.

Il crée les conditions d’une sortie du risque stratégique que court le pays, risque alimenté par cette insoutenable fragilité financière. Qu’il s’agisse d’un dysfonctionnement de l’économie mondiale, d’une catastrophe naturelle ou d’un accident nucléaire, notre situation nous empêche aujourd’hui de faire face à l’éventualité d’une crise majeure en toute indépendance.

Nos finances publiques ont été dégradées de manière inédite durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, au point le risque existe désormais que nous glissions dans le cercle vicieux récessionniste que nous observons chez nos voisins sud-européens. Serions-nous aujourd’hui seulement capables de faire face à une crise majeure en toute indépendance, ou devrions-nous nous soumettre à l’Arabie Saoudite, à la Russie ou à la Chine pour y faire face ? Paradoxalement, le TSCG n’est donc pas un nouveau fardeau, mais au contraire un outil qui nous aidera à reconstruire un pilier essentiel de notre souveraineté nationale.