Fin du monde ou fin de « ce » monde ?

L’empreinte écologique

Le terme d’« empreinte écologique » apparaît en 1992, au moment du Sommet de la Terre de Rio, dans un article de William Rees, professeur d’économie à l’université de Colombie britannique (Canada) intitulé : « Ecological Footprints and Appropriated Carrying Capacity : What Urban Economics Leaves Out » (Empreintes écologiques et capacité de transport appropriée : ce que l’économie urbaine laisse de côté). L’impact des activités humaines sur l’environnement sera le sujet de thèse de doctorat de l’un des élèves, Mathis Wackernagel, qui donnera lieu, en 1995, à la publication d’un livre cosigné par Rees et Wacknagel où ils affinent le concept et la méthode de calcul : Our Ecological Footprint : Reducing Human Impact on the Earth, traduit en français en 1999 sous le titre Notre empreinte écologique.

Nombre de paramètres interviennent dans l’équation qui prend pour hypothèse de calcul la capacité de régénération de notre planète sous la pression d’une activité ou la fabrication d’un objet, rapportée à la surface moyenne bioproductive de terre et d?eau nécessaire à l’extraction et au transport des matériaux liés à la production, au fonctionnement et à l’élimination (pollution et déchets). Cette surface est exprimée en hectares globaux (hag). En comparant le mode de vie et de consommation d’une personne, d’une population étendu à l?ensemble de la population humaine (6,9 milliards d’hommes), il est possible d’exprimer le résultat, sous la forme spectaculaire du nombre de planètes nécessaires, sachant que la surface bioproductive disponible de la Terre avoisine les 12 milliards d’hectares terrestres et aquatiques, sur les 51 milliards de surface globale, au sens où ils génèrent chaque année une quantité donnée de matière organique grâce à la photosynthèse, soit environ :

? 1,6 milliard d’ha de champs cultivés ;
? 3,4 milliards d’ha de pâturages ;
? 3,9 milliards d’ha de forêts ;
? 2,9 milliards d’ha de zones de pêche.

Multiplier le nombre d’hectares globaux par le nombre d’habitants et diviser le résultat par la surface biodisponible donne le nombre de planètes. Depuis 2003, l’ONG Global Footprint Network, cofondée par Mathis Wackernagel, perfectionne la méthodologie et publie chaque année un atlas qui actualise l?empreinte écologique de chaque pays. Aujourd’hui, la moyenne mondiale est de 2,7 hag par personne, soit en « équivalent planète » 2,7 _ 6,9 milliards : par 12 milliards = 1,55 planète.

Par comparaison (Base chiffres Living Planet Report 2009 rapportés à la population mondiale estimée début 2011) :

? chaque Français a besoin de 5,2 hag pour maintenir ses habitudes de vie. Si tout le monde vivait comme lui, il faudrait disposer de 3 planètes ;
? un Américain a besoin de 9,5 hag et un habitant des Émirats arabes unis de 9,6 hag. Si le monde entier vivait comme eux, il faudrait disposer de 5,5 planètes ;
? un Brésilien a une empreinte écologique de 2,4 hag (1,4 planète) ;
? un Chinois de 2 hag (1,15 planète) ;
? un Kenyan de 1,1 hag (0,6 planète) ;
? un Indien de 0,9 hag (0,5 planète), etc.

Cette surface virtuelle traduit une réalité très concrète. Dans un monde fini, où la population croît et le standard de vie augmente, plus l’empreinte est forte, plus le déséquilibre s’accentue entre les modes de vie actuels et l’idéal de durabilité qui préserverait l’avenir. En dépit des objectifs de développement durable établis aux Sommets de la Terre de Rio de Janeiro (1992) et de Johannesburg (2002), la tendance ne s’est toujours pas inversée tant la difficulté de changer nos modes de consommation est grande. Selon divers scénarios envisagés par l’ONU sur le modèle de développement actuel ? et sachant que des milliards d’êtres humains aspirent à un mode de consommation occidental ? en 2050, nous aurons besoin de deux planètes. La population mondiale doit se stabiliser autour de 9,5 milliards de personnes vers 2050. Par contre, notre consommation connaît un doublement de la demande tous les cinquante ans.

Extrait de l’introduction du livre de Bernard Bourdeix, 2012 et la fin du monde, Paris, éditions Fetjaine-La Martinière, avril 2011. Publié sur le site Novo-Ideo.org en accord avec l’auteur.

? Bernard Bourdeix pour les éditions Fetjaine groupe La Martinière. Toute reproduction même partielle est interdite. Extrait publié par Novo-Ideo.org en accord avec l’auteur.