Vers un « subprime » des collectivités ?

Finances locales : on attaque l’os

Grand angle – Novo Ideo

PHILIPPE VIDAL, ADJOINT AUX FINANCES DE LA VILLE DE VILLEJUIF

On peut répartir en trois composantes les finances publiques : les dépenses de l’Etat, les dépenses de la Sécurité sociale, les dépenses des collectivités locales. Ces dernières représentant environ 20% de la dépense totale. Mais elles portent près de deux tiers de l’investissement public sous contrainte d’équilibre de leurs budgets.

Pour Villejuif, la baisse des dotations, c’est en gros 4 millions d’euros sur les 3 prochaines années. Sur un budget de fonctionnement qui fait 85 millions d’euros c’est tout de même assez conséquent. Parallèlement à cela, nos dépenses augmentent. D’où proviennent ces dépenses ? La crise sociale étant très présente, les besoins sociaux sont plus importants et ce sont les collectivités locales qui en premier lieu y répondent. Qui plus est, à Villejuif, le nombre d’habitants augmente. Enfin les transferts de compétence, opérés par l’Etat vers les collectivités locales, ne sont pas compensés. Donc l’Etat se désengage mais les charges sont assurées par les collectivités.

De plus ce Pacte de responsabilité est imposé aux communes sur trois ans. Elles doivent supporter un quart de l’effort demandé au niveau global alors qu’elles ne pèsent que pour 10 % dans l’endettement total. Les projections à venir, présentées par l’Association des Maires de France (AMF), indiquent qu’entre 1 500 et 3 000 Communes pourraient être mises sous tutelle d’ici 2015. Et surtout une réduction de l’investissement des collectivités locales de près de 30 %.

Pour parler de Villejuif, la première année, réduire les dépenses, cela a été relativement facile. Nous avons pu enlever « le gras ». Cette année nous préparons 2016 et je crains que nous devions attaquer « l’os » dorénavant. Mais si nous sommes à l’heure des choix, il y a d’autres manières d’agir que sur les seules dépenses. Comme par exemple la fiscalité locale, que l’on peut augmenter, même si ce n’est jamais populaire. A Villejuif nous avons fait le choix de ne pas augmenter les taux d’imposition. Nous avons tenu l’année dernière, nous tiendrons encore cette année. Autre possibilité, augmenter la tarification, de la cantine par exemple.

Une fois que nous avons touché aux dépenses, à la fiscalité et à la tarification il faut se poser de vraies questions. Qu’est-ce que je fais différemment et comment je fais différemment ?

Se réinventer

Il y a plein de bonnes idées et d’anciennes recettes existent. Sachant que pour Villejuif, sur 85 millions d’euros de fonctionnement vous avez déjà 60 millions d’euros pour les salaires du personnel. Et sur ce qu’il reste, les 2/3 sont des dépenses contraintes, du type contribution au service incendie. L’objectif des collectivités locales maintenant c’est « faire aussi bien avec moins ». Evidemment cela n’est pas simple. J’ai regardé la réorganisation des services par exemple. Cela passe par des petits gestes au quotidien. Notre maire répète, et il a raison, que son bureau n’a pas besoin d’être nettoyé tous les jours et que les agents d’entretien peuvent être mis sur d’autres missions. Un nettoyage une fois par semaine cela suffit. Des mesures d’économies peuvent être prises ailleurs également, sur la quantité de papier utilisée notamment. Il faut également assurer la transition énergétique. Même si cela nécessite des investissements au départ. Il faut renégocier notre dette. A Villejuif nous sommes confrontés à un taux de dettes toxiques assez important. Une des opportunités est de faire appel au fonds de soutien pour la renégocier. Ce sont là des opportunités.

Philippe Vidal

La première année réduire les dépenses, cela a été relativement facile.
Nous avons pu enlever « le gras ». Je crains que nous devions attaquer « l’os » dorénavant

Philippe VidalAdjoint aux finances de la ville de Villejuif

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