Inquiétante convergence des indicateurs de la récession

LA FRANCE EST EN RECESSION

A rebours des USA qui connaissent de moins bons fondamentaux et usent d’une stratégie de bas taux d’intérêt, les pays de la zone euro sont dans l’inaptitude de trouver un compromis coopératif de sortie de crise. Incapables de créer de la dette commune tout en ayant une monnaie commune, l’Europe est en proie à une spéculation massive, suspendue au regard des agences de notation et au verdict des marchés financiers.

Thomas Piketty par franceinter

Empêtrée dans une stratégie fiscale qui l’a conduite à creuser ses déficits, contrainte de mobiliser de la « fiscalité de poche » (taxe sur les sodas) dans des plans d’austérité à répétition, la France ne dispose plus de « réaction sr l’activité sous la pédale » de sa dette.

Le gouvernement a souvent construit sa prévision de Loi de Finance (PLFI) sur des hypothèses insincères : en retenant un taux de croissance plus élevé que ce qui est régulièrement constaté par exemple. Cette année, la PLFI compte également sur l’Assurance maladie ([Par la Loi de programmation (ONDAM) concernant les comptes sociaux)] : trois milliards d’euros d’économies sans qu’elles soient gagées sur des réformes de structure. Les collectivités locales sont elles aussi appelées à la rescousse. Dés cet Eté, 20% du « milliard d’économie » était retenu sur leurs dotations alors que celles-ci financent près des trois quart des dépenses d’investissement. Dans ce contexte, cette politique d’austérité menée par à-coups devrait amplifier le mouvement récessif sans répondre aux maux qu’elle prétend combattre.

Contrairement à l’emprunt des territoires, la dette nationale ne finance plus les dépenses d’avenir et ne cesse d’augmenter : pourquoi ?
L’Etat est désormais dans l’obligation de lever de la dette ([Près de 184 milliards levés par l’Agence Française du Trésor (AFT) en 2011, un peu moins de prévu dans la Loi de Finance 2012)] pour financer ses déficits primaires et ceux issus de ses transactions courantes, c’est-à-dire pour faire fonctionner son économie. Comptables de leur obligation d’équilibre budgétaire, les collectivités auto financent une partie de leurs investissements en ne générant que 10% de la dette nationale.

IRRESPONSABILITE DE LA POLITIQUE FISCALE

Depuis 2006, la dette française (portée à 85% par l’Etat) est ainsi passée de 1200 à 1700 milliards d’euros environ dont les deux tiers de la hausse est liée aux décisions fiscales du gouvernement ([Un rapport de la Cour des Comptes de Juin 2011 impute à hauteur d’un tiers seulement à la crise la responsabilité de cette augmentation.)] Les seules charges financières, soit 48 milliards d’euros, représentent le premier poste de dépenses du budget de l’Etat et menacent d’exploser en cas de perte de la notation financière de la France.

D’ores et déjà, tous les indicateurs virent au rouge : la destruction de l’emploi s’accélère sur le dernier trimestre 2011 tandis que le chômage devrait retrouver son niveau historique de la fin des années 90 dans le courant du premier trimestre 2012. Seuls les stabilisateurs économiques freinent cette tombée aux enfers, les leviers de la politique économique, y compris sur le plan budgétaire, sont désormais largement inopérants.