La Transition : par où commencer ?

Angoissés à l’idée de manquer d’essence, les automobilistes se précipitent dans les stations-service pour faire le plein. Les files s’allongent, les prix à la pompe flambent. Quant au ministre de l’Ecologie, qui se voit paraît-il déjà à Matignon, il en est réduit à diffuser un communiqué qui a un petit air de sauve-qui-peut : il y a encore assez de kérosène pour faire décoller les avions !

Dans quelques jours, lorsque le blocus des dépôts sera levé et qu’une issue sera enfin trouvée à une réforme des retraites aussi injuste qu’inefficace, que retiendrons-nous de cette parenthèse ? Qui osera enfin se poser la question qui fâche : que va effectivement devenir notre société, quand les puits de pétrole d’Arabie et d’ailleurs seront définitivement à sec ?

Un livre, sorti la semaine dernière sans faire de bruit, s’attaque à cette question bille en tête : le « Manuel de la Transition – de la dépendance au pétrole à la résilience locale »([ (éd. Ecosociété, avec la revue S!lence))]. Sous une couverture qui fait un peu penser aux aimables villages des albums pour enfants de Tomi Ungerer – avec des potagers urbains et des éoliennes en prime – le propos est implacable : le pétrole, dont nous dépendons pour presque tous nos actes de la vie quotidienne, va devenir tellement cher qu’il faudra trouver des moyens de s’en passer. Cumulé aux risques que pose le réchauffement climatique planétaire, le « pic pétrolier » nous oblige à nous organiser collectivement pour sortir de la dépendance aux carburants fossiles, ou au moins pour en amortir les effets. L’âge du pétrole bon marché est terminé.

Dans ce manuel, on ne trouvera pas les habituelles listes d’éco-gestes, ou encore la litanie de fantasmes à base d’innovation technologique et de capitalisme vert. Chiffres à l’appui, l’auteur, Rob Hopkins, affirme que ni la décroissance individuelle ni le progrès technique ne suffiront pour encaisser sereinement les futurs chocs pétroliers.

Alors, que faire ?

Ne revient-il pas à nos gouvernants de prendre les décisions qui s’imposent ? Le « Manuel de la Transition » apporte une réponse déconcertante au lecteur français, habitué à attendre des décisions qui viennent d’en haut. « En règle générale, les gouvernements ne mènent pas, ils se contentent de réagir », écrit Rob Hopkins. Faute de décisions nationales ou internationales à la mesure de l’enjeu, c’est à l’échelle locale qu’il faut commencer à s’organiser pour sortir de ce que Rob Hopkins qualifie d’« addiction » au pétrole : une ville, un quartier, même un immeuble peut se lancer dans la « transition », affirme-t-il.

Véritable manuel, l’ouvrage propose un plan de « descente énergétique » en douze étapes, un vade-mecum pour l’organisation de débats publics, et même des groupes de soutien psychologique – comme pour les alcooliques et les accros au tabac. Au fil des pages, on découvre des photos de citadins anglais qui plantent des arbres fruitiers, on apprend qu’une aire de stationnement a été convertie en pépinière urbaine, et qu’il existe des ateliers pour (ré-)apprendre la couture ou la construction avec des matériaux locaux.

Pour les plus sceptiques, rétifs à l’aspect un peu « boy scout » de l’approche, et qui rêvent encore d’intervention gouvernementale, des groupes en transition n’ont pas hésité à créer un nouveau ministère : « The ministry of trying to do something about it ». Cela pourrait être traduit par : « Le ministère de ceux qui essaient de faire quelque chose ». La transition n’empêche pas de garder le sens de l’humour.