Le discours « régalien » d’entrée en campagne de François de Rugy

Chers amis,

L’engagement politique est toujours un engagement collectif.

C’est pour cela qu’il est particulièrement important pour moi, pour cette déclaration de candidature d’être entouré de mes soutiens, toutes et tous unis par la même volonté de placer l’écologie au cœur du futur projet présidentiel.

Je suis candidat à la primaire de la gauche parce que je veux défendre le progrès alors que la France pourrait céder à la tentation de la régression.

Je suis candidat parce que je crois qu’aujourd’hui, plus que jamais, le progrès c’est l’écologie.

Je suis candidat parce qu’aucun candidat déclaré ou potentiel n’a pu s’imposer comme un rassembleur de la gauche et des écologistes.

Je suis candidat parce que j’ai toujours pensé que la primaire était la meilleure façon de préparer l’élection présidentielle.

Je suis candidat parce que je crois à une primaire qui remplirait trois objectifs.

Le processus de la primaire, ouvert et participatif, impliquant près de trois millions de Français, se reconnaissant dans les valeurs de gauche, ce processus de la primaire doit permettre,

Premièrement, d’établir un diagnostic partagé sur le bilan du mandat écoulé,

Deuxièmement, de dégager une vision pour l’avenir de la France

Et troisièmement, de désigner un candidat qui aura précisé sa méthode de gouvernement.

Avant de parler du bilan du mandat de François Hollande et de ma vision du futur projet présidentiel, je veux vous dire quelques mots sur la situation de la France, de l’Europe et du monde.

Le monde va de crise en crise. Crise économique et financière en 2008, crise climatique, crise migratoire, vague de terrorisme créant une sorte de guerre civile mondiale… Face à ces crises, les institutions internationales semblent impuissantes. L’Union européenne semble trop souvent paralysée.

Face à ce monde qui fait peur, la tentation du repli existe.

De Donald Trump aux Etats-Unis jusqu’à Boris Johnson en Grande-Bretagne, des mouvements nationalistes et populistes jusqu’aux fondamentalistes islamistes, cette tentation de la régression existe partout en Europe et dans le monde.

La France n’échappe malheureusement pas à cette tentation. La forte progression du Front National est là pour nous le rappeler, élection après élection. La campagne menée par Nicolas Sarkozy pour la primaire de la droite en est une autre manifestation. La collusion d’une partie de la droite et de l’extrême-droite dans une même campagne contre l’accueil des migrants en France en est une autre expression, tristement concrète.

Si la gauche n’a pas un projet clair, la tentation de la régression emportera tout le débat politique.

Si la gauche ne défend pas une société libre, ouverte et tolérante, si la gauche ne défend pas la laïcité, la tentation de la régression peut installer des politiques de fermeture et de discrimination. Je suis candidat pour mener un combat pour les valeurs républicaines, un combat pour l’égalité femmes-hommes, un combat pour la laïcité.

Ce combat pour les valeurs, il est intellectuel, il est éducatif, il est politique.

Si la gauche ne défend pas la solidarité, la tentation de la régression égoïste et inégalitaire emportera la protection sociale. Je suis candidat pour défendre la solidarité, parce que je suis convaincu qu’il n’y a pas de société unie sans solidarité. Pour mener la transition écologique, je ne m’en remets pas au chacun pour soir. Je défendrai le choix de la solidarité.

Si la gauche ne défend pas la construction européenne, la tentation de la régression peut enclencher la déconstruction de l’Union européenne. Je suis candidat parce que je crois qu’un des enjeux de cette élection présidentielle est de dire si oui ou non, la France veut continuer de participer activement à la construction européenne.

Quand j’entends un des candidats à la primaire de la gauche dire que s’il est élu, il ira renégocier tous les Traités en menaçant par ailleurs de les dénoncer, y compris en envisageant la sortie de l’euro, je me dis qu’il faut une voix claire pour dire qu’il n y aura aucune politique de progrès pour la France en se repliant ou s’en isolant.

La primaire sera un temps d’explications et de confrontation sur le bilan du mandat de Francois Hollande. La primaire ouvre le débat sur ce qui a été fait ou n’a pas été fait, sur ce qui a réussi ou ce qui a échoué.

Le bilan, c’est maintenant !

Sur le bilan, je ne tomberai ni dans le dénigrement systématique ni dans le béni oui-oui.

Ne comptez pas sur moi pour proclamer que le bilan est indéfendable. Depuis 2012, de nombreuses avancées ont en effet été votées.

Il serait dramatique qu’une partie de la gauche attende l’arrivée de la droite au pouvoir pour se rendre compte qu’il y a eu ces avancées. Faudra-til attendre que la droite se mette à abroger ces avancées pour les défendre ?

Mais, ne comptez pas non plus sur moi pour répéter « ça va mieux ». Le dire ne suffit pas à ce que les Français le sentent dans leur vie quotidienne.

Le temps est venu de tirer ensemble, dans cette primaire, un bilan sans concessions du mandat écoulé.

C’est la condition indispensable pour que la gauche puisse renouer avec les Français.

Sur le bilan, comme sur le projet, je tiendrai un langage de vérité. Je ferai œuvre de parler vrai.

Je dirai les avancées ou les acquis : le redressement des comptes de la Sécu sans mesures d’austérité, le rétablissement de la possibilité de partir à la retraite à 60 pour les carrières longues, le compte pénibilité, le compte personnel d’activité, le droit à la formation tout au long de la vie, les droits rechargeables pour les demandeurs d’emploi, la complémentaire santé pour tous les salariés, et beaucoup d’autres mesures de solidarité.

Avec Emma Cosse aujourd’hui et d’autres ministres du logement auparavant, nous avons voté des avancées concrètes pour les locataires et donné de nouveaux moyens pour le logement social.

En matière d’écologie, je défendrai, face à la droite mais aussi face à certains candidats à la primaire de gauche, la loi de transition énergétique, la loi sur la biodiversité définitivement adoptée grâce à l’action déterminée de Barbara Pompili.

Je n’oublie pas la création de la contribution climat – énergie abandonnée par Sarkozy et Fillon. La négociation, la signature et la ratification de l’accord de Paris sur le climat est évidemment une grande avancée qui a fait de la France une grande puissance environnementale sur la scène internationale.

Le remettre en cause comme le proposent Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen serait non seulement une terrible régression mais ce serait aussi faire perdre à la France ce rôle de leader international.

Sur l’écologie, il y a eu des avancées mais il y a eu aussi des choix reportés – comment comprendre que la centrale de Fessenheim ne soit toujours pas fermée alors que c’est un engagement de François Hollande candidat, toujours réaffirmé par François Hollande président ?

Au-delà de l’application de la loi de transition énergétique, Il faut dès maintenant nous donner les moyens d’atteindre une production électrique 100% renouvelable d’ici 2050.

Pour lutter efficacement contre l’effet de serre, il faut engager une profonde transformation du secteur des transports : je propose l’objectif de zéro émission sur les routes de France d’ici 2040.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, la première étape sera que d’ici 2025, toutes les voitures neuves vendues en France soient électriques ou hybrides.

20 ans après la loi Lepage, je propose de faire adopter une loi de reconquête de la qualité de l’air.

Sur l’avenir du secteur de l’énergie, il faut dire la vérité aux Français. EDF, plombée par sa fuite en avant dans le nucléaire, le fiasco de l’EPR de Flamanville, EDF est en très grand danger. Ce problème n’a pas été traité pendant ce quinquennat, les deux ministres de l’économie qui se sont succédés depuis 2012 ont d’ailleurs préféré appuyer EDF dans sa politique de l’autruche que de conduire sa reconversion.

Là aussi, la méthode est importante.

Fixons clairement le cap avant les élections. Il faut réformer en profondeur EDF. N’attendons pas d’être acculés pour travailler avec les salariés et les acteurs locaux à la reconversion des sites et des personnels.

Sur le bilan, je dis sans détour que, pour les Français, au premier rang desquels les électeurs de gauche, beaucoup trop de choses n’ont pas été faites, ont été faites à moitié ou ont été reportées à plus tard. Cela a suscité des incompréhensions, des insatisfactions et disons-le de nombreux mécontentements.

Soyons lucides, la première cause de mécontentements ce sont bien sûr les hausses d’impôts. Là aussi, tenons un discours de vérité : on ne peut financer la protection sociale, les services publics, l’éducation nationale ou les nouvelles dépenses de sécurité sans moyens.

Sommes-nous pour autant condamnés à des hausses continues d’impôts ? Non ! D’abord parce que la maîtrise des dépenses est possible. Elle est nécessaire. La sobriété écologique c’est aussi la sobriété fiscale.

La réforme fiscale était une des promesses phare de François Hollande. Elle n’a pas été tenue. Je propose de lancer le chantier de la réforme de la fiscalité sur le revenu, par la fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG. Il faut s’y atteler des le début d’un mandat de même que la réforme de la fiscalité locale et de la fiscalité écologique.

Ainsi la politique économique menée depuis 2012 n’avait pas été annoncée avant les élections et n’a pas été expliquée quand elle a été mise en œuvre. Faut-il revenir dessus pour autant totalement sans en tirer le bilan ? Redonner des marges aux entreprises était devenu nécessaire.

Mais, plus que le redressement économique, c’est surtout la mutation de nos systèmes de production et de consommation qui n’est pas terminée. Je le dis clairement : ce n’est pas en s’accrochant à des activités du passé ou en figeant des organisations du passé que nous créerons des activités et des emplois pour l’avenir.

La meilleure façon de se projeter dans l’économie de demain, c’est de développer l’économie verte.

Investir dans les énergies renouvelables crée 5 fois plus d’emploi que d’investir dans le nucléaire.

Les chantiers de rénovation des logements créent aussi beaucoup plus d’emplois que les quelques grands projets d’infrastructures sur lesquels trop d’élus se focalisent.

Généraliser une alimentation 100% biologique dans les cantines scolaires en 5 ans, c’est non seulement rendre le bio accessible à tous. C’est aussi développer l’activité dans une filière en plein essor en France, beaucoup plus riche en emplois que le système agro-industriel.

Évidemment, le développement des transports en commun, de l’économie circulaire ou la lutte contre l’obsolescence programmée, ce sont des emplois ancrés et répartis sur tous les territoires de France.

Taxer les émissions de gaz à effet de serre et les pollutions plutôt que les salaires, fera baisser le coût du travail et améliorera le bilan écologique global des activités humaines.

De la même façon, le numérique offre des opportunités de décentralisation et de relocalisations des activités qu’il faut s’approprier et accompagner plutôt que les craindre et les freiner.

Après des années de louvoiements et de non-dits en matière économique, je défendrai des choix et des propositions claires.

Au chapitre des réformes inachevées, il y a bien sur la loi sur la fin de vie qui s’est limitée à une stricte sédation terminale sans offrir aux Français la liberté pleine et entière de choisir sa fin de vie. Je m’engage à faire adopter rapidement une loi sur ce sujet et à la proposer au référendum, si certains lobbys médicaux ou cléricaux continuent à s’y opposer avec leurs relais au Parlement.

Et chacun jugera de la clarté et de la sincérité des différents candidats à la primaire de la gauche. Pour ma part, ma position n’est pas nouvelle et mon engagement est indiscutable puisque je suis cosignataire et que j’ai voté la proposition de loi de Véronique Massonneau.

Enfin, au sujet du bilan, il y a eu les rendez-vous manqués. Si je ne devais en retenir qu’un, ce serait l’absence de réforme de la décentralisation et le recul devant les différentes couches de conservatisme du mille-feuille politico-administratif.

Ceux qui me connaissent savent que je suis écologiste et régionaliste. Je crois à l’utilité de rapprocher le lieu de décision du citoyen. Je crois à la décentralisation car je crois à la réforme par en bas, à la réforme par l’expérimentation locale.

Je crois à la France des régions. Pas aux mégas régions conçues de façon technocratique et qui éloignent les habitants des centres de décision. Ce redécoupage a accentué le sentiment de relégation que beaucoup de Français qui ne vivent pas dans les métropoles, peuvent légitimement ressentir.

J’ai combattu cette absurde carte des 13 régions, d’autant plus absurde que la seule région, ma région, la Bretagne, qui portait une revendication de redécoupage depuis des décennies a, elle, été maintenue dans le statu quo.

Comme François Mitterrand avait su le faire en 1981 avec Pierre Mauroy, je proposerai une nouvel élan de régionalisation, impliquant des transferts de compétences et de moyens de l’Etat vers les régions. Je proposerai aussi d’accélérer le mouvement qui s’est amorcé de fusions de communes.

Une élection présidentielle est le moment de dire aux Français où l’on va, où on veut aller. Pour cela, il est bien de dire d’où l’on vient. Cela est d’autant plus nécessaire que je connais les préjugés que suscite mon nom. Il faudrait bannir tous les préjugés sur tous les patronymes mais il faut bien reconnaître qu’ils ont la vie dure.

Depuis que j’ai été élu adjoint au maire de Nantes en 2001 puis député en 2007, j’ai souvent pensé à mon grand-père maternel, instituteur de la 3e République, fils de mineur de charbon en Lorraine et fidèle électeur socialiste. J’ai souvent pensé à ma grand-mère maternelle, fille d’une famille de paysans, paysans qui n’aimaient pas les « rouges » comme on disait à l’époque pour les gens de gauche.

J’ai souvent pensé à ma grand-mère paternelle qui a du élever seule ses trois enfants parce que mon grand-père paternel, militaire de carrière, est mort en service à moins de 40 ans.

Je n’ai jamais oublié tout ce que mes parents, tous deux enseignants, ont pu m’apporter en me soutenant pour faire des études ou en m’éveillant à l’écologie. Si je vous dis ces quelques mots plus personnels c’est parce que l’histoire de notre pays vient toujours s’imbriquer dans l’histoire personnelle de chacune et chacun d’entre nous.

Issu de la classe moyenne, je suis comme ces millions de Français qui ont pu profiter d’un progrès social individuel, familial et collectif notamment grâce à l’école publique, gratuite, laïque et obligatoire. Grâce aussi à un enseignement supérieur accessible, où il n’y a pas de sélection par l’argent.

Or cette perspective de progrès social, elle n’est plus aujourd’hui partagée par de nombreux Français qui n’y croient plus, qui vivent ce que les statistiques confirment.

La France se retrouve à nouveau dans une situation où chacun peut avoir le sentiment qu’il sera assigné toute sa vie à ses origines, à son milieu social de naissance.

Pire, le système éducatif français reproduit les inégalités de naissance quand il ne les aggrave pas. N’oublions pas que les enfants d’ouvriers représentent aujourd’hui à peine plus de 10% des effectifs de l’enseignement supérieur alors qu’ils représentent 29% de leur génération.

C’est pourquoi je place au premier rang des priorités politiques, la réussite scolaire et éducative, la formation initiale et la formation continue tout au long de la vie. C’est l’avenir de chacune et chacun d’entre nous qui est en jeu. C’est aussi l’avenir de la France qui est en jeu. C’est enfin la cohérence sociale de notre pays qui est en jeu.

Il faudra continuer à consacrer des moyens importants à l’éducation et à la formation et les défendre face aux offensives de la droite,particulièrement conservatrice et réactionnaire quand on parle de l’école. Mais l’expérience de ce quinquennat le confirme une fois de plus : l’augmentation des moyens ne suffit pas. L’augmentation des postes ne fait pas une politique de l’éducation en soi.

C’est aussi l’organisation de l’éducation nationale, les méthodes de travail et les aides à l’orientation qui doivent être réformées pour faire reculer ces inégalités. Là aussi, le rôle du politique n’est pas de décréter une réforme d’en haut ou de dicter leur conduite aux enseignants depuis le ministère de l’Education nationale mais de créer un environnement qui favorise et récompense l’innovation et l’expérimentation, à l’échelle de chaque établissement, au service de la réussite de tous les élèves.

Pour cela, il faut savoir défendre les enseignants et plus généralement les fonctionnaires. Il est temps de défendre les fonctionnaires face aux attaques politiques de la droite. Chacun peut voir que les candidats à la primaire de la droite se sont lancés dans une surenchère anti-fonctionnaires. Il faut y répondre avec force.

Il est temps aussi de défendre les fonctionnaires individuellement, et même judiciairement face aux attaques violentes dont ils sont la cible dans l’exercice de leur mission. Mon sentiment est que la gauche ne défend pas assez les fonctionnaires. Ils sont pourtant en première ligne face à la montée des violences.

Fonctionnaires de police, médecins et infirmiers de l’hôpital public, enseignants et personnels de direction des collèges et lycées, agents de la Poste, agents de la SNCF, agents des sociétés de transports urbains… toutes et tous sont la cible d’actes de violence insupportables.

En tant que candidat à l’élection présidentielle, je m’engage personnellement à ce que l’Etat mène une politique acharnée pour assurer la sécurité de ses agents par des mesures de précaution, de prévention, de protection mais aussi par des poursuites judiciaires systématiques.

Candidat écologiste à la primaire, je tiendrai comme je l’ai toujours fait, un discours clair et ferme en matière de sécurité. Je refuse tout à la fois les gesticulations et les surenchères de la droite et de l’extrême-droite mais aussi le déni de réalité, qui peut caractériser une certaine gauche.

Les propositions de la droite feraient reculer la République sans faire avancer la sécurité. Mais, le déni de réalité est aussi un manque de respect pour ce que vivent nos compatriotes qui peuvent alors être tentés de se tourner vers les discours simplistes. Cela alimente la tentation de la régression.

La préoccupation des Français en matière de sécurité est forte. Elle est légitime. Il n’y a pas de vivre ensemble ou de qualité de vie sans sécurité et tranquillité publique. Mes propositions en matière de sécurité reposeront sur quatre piliers : précaution, prévention, protection et pénalisation.

Tout le monde comprend bien qu’il faut prendre toutes les mesures de précaution face aux risques et aux menaces, notamment terroristes.

Des actions de prévention sont aussi indispensables’ en matière de lutte contre l’insécurité. Ce sont même sans doute les plus efficaces sur le long terme. Elles sont indissociables des politiques d’éducation et de solidarité.

Les mesures de protection des Français doivent être incontestables. Les Français veulent que l’Etat les protège et c’est en effet la fonction première de l’Etat. Cela doit nous conduire à mieux organiser nos outils de protection et de défense, la police, la gendarmerie, l’armée. Il faut les adapter aux nouvelles menaces. Il faudra mieux articuler ce que l’on peut appeler la co-production de sécurité entre tous ceux qui contribuent à la sécurité. Il faudra re-créer une police de proximité avec une objectif de partage des tâches clair entre gendarmerie, police nationale et polices municipales.

Enfin, il faudra lutter contre l’impunité et le sentiment d’impunité. Cela mine la vie en société. Tout acte de délinquance ou de violence doit faire l’objet d’une réponse pénale sans quoi l’idée que l’impunité règne s’installera et cela créera un sentiment d’injustice inacceptable.

Dans le débat politique sur la sécurité, je plaide pour une méthode nouvelle. La sécurité est un sujet lourd. La menace terroriste ne va pas disparaître demain. La montée des violences ne sera pas non plus stoppée comme par miracle. Il faut donc se donner les moyens de rompre avec les postures politiciennes afin de rechercher le meilleur compromis pragmatique entre l’efficacité et le respect des droits et libertés individuelles.

Je propose de créer un haut conseil de sécurité nationale qui regrouperait des experts pluralistes, nommés pour la durée du mandat, chaque groupe parlementaire de l’Assemblée et du Sénat désignant un expert des questions de sécurité. Ces experts seraient chargés de donner un avis sur tout projet ou proposition de loi touchant à la sécurité et de formuler des propositions.

Etre clair et inattaquable sur la sécurité permet à la gauche de parler du reste, permet de défendre nos autres propositions, notre modèle de société libre, ouverte et tolérante.

En France, comme ailleurs, le sentiment de défiance monte. Défiance des citoyens vis-à-vis des politiques. Défiance envers toutes les formes de représentation traditionnelles, institutionnelles et syndicales. Défiance du peuple envers les élites. Défiance envers les médias. Plus grave encore est la défiance des citoyens contre d’autres citoyens.

La montée de ce sentiment de défiance peut être un puissant facteur de régression. Notre projet est de passer d’une société de défiance à une société de confiance et de bienveillance. Cette France de la confiance et de la bienveillance, elle existe. Elle existe grâce aux nombreuses initiatives collectives, grâce aux associations, grâce au fonctionnement de certaines entreprises, grâce aux coopératives ou aux mutuelles.

On le voit avec l’accueil des migrants pour lequel les associations jouent un rôle irremplaçable.

Ce tissu associatif, qui peut être aussi bien à but social qu’économique, sportif que culturel, c’est une formidable richesse pour notre pays. C’est une force, qui vient de loin, qui résiste au temps et se renouvelle. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut s’appuyer sur cette richesse, la conforter, la développer, la renouveler.

Ma conviction est que les politiques doivent savoir s’appuyer sur les associations, contractualiser avec elles, à la fois pour que s’épanouissent de nombreuses initiatives, mais aussi pour gérer de nombreux services.

La France des associations, des mutuelles et des coopératives a un grand avenir devant elle. Elles permettent de faire avec les citoyens plutôt que de faire à leur place. L’engagement bénévole doit être valorisé et récompensé. C’est le sens de notre proposition de service civique universel pour les jeunes. Je propose aussi que l’on puisse transformer de la réduction du temps de travail en temps d’engagement associatif valorisé ou de faciliter les années sabbatiques passées dans une association.

Depuis des années revient régulièrement le débat sur l’identité nationale. Je sais que souvent à gauche ce débat a été craint ou éludé. Ce questionnement des Français sur leur identité et la place de la France dans le monde est pourtant bien réel. Si, face à cette préoccupation, la gauche ne propose pas au pays une vision, une réponse, alors, seule la voix de la crispation identitaire et du repli nationaliste ou religieux sera entendue.

On a pour habitude de dire que la France est une idée. Ce sont évidemment des valeurs, celles de la République, liberté, égalité, fraternité, laïcité. Ces valeurs sont un projet à elles toutes seules. Être français suppose de partager ces valeurs que nous avons reçues en héritage de notre histoire.

Etre français, c’est aussi, rappelons-le, avoir en partage un territoire. Ce sont des paysages, ce sont des espaces, que nous avons reçus en héritage de la nature. La nature n’a pas fixé de frontières et la préservation de ce patrimoine ne peut pas se concevoir, ne peut pas se faire, replié derrière des frontières.

Tout Français, toute personne qui vit en France, en métropole comme en Outre-Mer, a ce territoire si varié et si riche en commun. C’est notre premier creuset pour vivre ensemble que de partager ce territoire qui n’appartient à personne et appartient à tout le monde. C’est même ce qui fonde le droit du sol alors que certains veulent de nouveau nous enfermer dans le droit du sang.

Pour finir, je veux délivrer un message de mobilisation.

La gauche va devoir choisir. Si elle veut gouverner pendant un nouveau mandat, la gauche va devoir choisir. Choisir un nouveau projet. Choisir un candidat de rassemblement.

La gauche c’est vous, femmes et hommes attachés à ses valeurs, à l’idée de progrès.

C’est à vous de vous emparer de cette primaire en interpelant les candidats, en les bousculant même.

Par votre engagement, vous pourrez changer un système politique sclérosé.

Mes chers compatriotes, joignez-vous à moi pour que cette primaire soit un moment de démocratie libre et non faussée.

Unissons nos forces pour mettre l’écologie au cœur du projet présidentiel !

Vive l’écologie ! Vive la République ! Vive la France !