L’école au Laos : passé français, présent chinois

Jean-Marie Cochet est Administrateur territorial. Cet Eté, il nous propose un parcours initiatique de quelques systèmes éducatifs d’Asie. Aujourd’hui, le Laos.

Arriver à Vientiane, c’est un peu revenir en France : tous les bâtiments officiels ont leur nom traduits en français, les boulangeries proposent des « pains aux chocolat » (en français dans le texte), la langue française vient aux oreilles à toutes les terrasses de café.

L’illusion, car c’en est une, se poursuit lorsque Mme Vongsamphanh, enseignante de français au lycée de Vientiane nous présente le système éducatif de son pays.

Le Laos a beaucoup gardé de l’organisation française : l’école maternelle pour les plus jeunes, puis l’élémentaire, le collège et le lycée ; un concours national pour le professorat ; une filière générale et une filière professionnelle. Trois éléments attirent l’attention. Le premier est que l’enseignante a été en stage en France, si bien qu’elle pointe rapidement les différences qu’elle a constatées entre le Laos et notre pays : des élèves français plus participatifs, des classes plus chargées au Laos…mais une discipline moins stricte en France.

Bibliothèque dans une école à Vientiane au Laos, financée par la Chine

Deuxième élément intéressant en lien avec nos débats nationaux : les associations de parents sont très présentes dans la vie du lycée et prennent en charge les élèves en difficulté. Dernier point pour répondre à une de nos interrogations : quelle est la place de la France aujourd’hui dans l’éducation au Laos ? Le constat est pour le moins ambivalent.

« Dans un contexte de déficit d’investissements éducatifs, les moines ont réussi à lever des sommes énormes en quelques semaines pour financer l’agrandissement et la rénovation de leurs temples »

Côté pile, le lycée de Vientiane accueille 400 élèves en classes bilingues français/lao (sur les 3000 lycéens) ; côté face, quand la France offre 5 bourses par an pour aller étudier dans notre beau pays, la Chine en finance 350. La traversée du Laos illustre, de façon sans doute caricaturale, une stratégie française plutôt patrimoniale (beaucoup de rénovations de bâtiments historiques) et une stratégie chinoise… tous azimuts, allant de gigantesque barrages et centrales hydroélectriques à la rénovation complète du centre documentaire
du lycée de Vientiane.

Corruption et poids du religieux

Un échange avec une franco laotienne travaillant pour une ONG fournit un contrepoint intéressant : elle souligne son expérience familiale de la corruption du système éducatif laotien, en particulier au niveau universitaire. Ses cousines doivent s’endetter pour financer le dessous de table qui leur assurera la validation de leur thèse de médecine ; la réussite aux concours nous est décrite comme
proportionnelle à la profondeur du portefeuille.

Dernier élément d’un puzzle complexe : en sortant du lycée de Vientiane où les enseignants se plaignent des faibles investissements dans les bâtiments, la professeur de français nous pointe l’immense complexe de temples bouddhiques en pleine construction en face. Les moines ont réussi à lever des sommes énormes en quelques semaines pour financer l’agrandissement et la rénovation de leurs temples. La peur de se réincarner en lézard ou serpent semble plus efficace que le discours éducatif.