L’écologie : une vision du monde

« On ne nait pas écologiste, on le devient?

Soit, mais suivant quel parcours, à partir de quelles expériences et pour quelles raisons ? Et puis, devenir « écologiste » n’implique pas de faire de la politique, loin s’en faut. Ils sont nombreux à s’en tenir éloignés, pour des raisons diverses. D’autres ont passé le pas, depuis des années ou récemment. Et c’est donc à eux qu’il convenait de poser la question.

Alors, qu’est-ce ce qui a fait que Daniel Cohn-Bendit, qui avait déjà une carrière d’agitateur, de multiples activités et possibilités de s’exprimer sur à peu près tous les sujets, s’est inscrit chez les Grünen, au début des années 80, avant de devenir adjoint au maire de Francfort et député européen ?

Pourquoi Corinne Lepage, avocate reconnue et environnementaliste convaincue s’est présentée à 27 ans sur une liste de Paris écologie, avant de rejoindre Brice Lalonde pour fonder Génération écologie, en 1990, devenir ministre et créer son mouvement politique ?

Et José Bové, le leader syndical, qu’avait-il besoin de se lancer dans l’aventure de la présidentielle en 2007, lui qui avait battu les estrades et attiré les médias sur sa posture de paysan du Larzac depuis des années ?

Quant à Cécile Duflot, issue d’une autre génération dont on dit qu’elle est rétive à toute forme d’engagement, pourquoi a-t-elle rejoint Les Verts à l’approche de la trentaine, à l’époque où le parti se déchirait sur les cendres de la gauche plurielle ?… »

« Le réformisme et la radicalité dont se veulent porteurs les écologistes se négocient, à l’entrée dans le champ partisan, sous la forme d’un refus du jeu politique tel qu’il se présente à eux. Non seulement les écologistes veulent faire de la politique « ailleurs » que dans le clivage droite ? gauche, mais en plus ils se réclament d’une façon d’en faire « autrement »? Non cumul des mandats, parité, fédéralisme et respect de la proportionnelle font partie des principes érigés dès les débuts, même s’ils ne sont appliqués qu’au fur et à mesure (en interne) et parfois démentis dans les faits (en externe).

L’écologie voudrait échapper à la logique traditionnelle de la politique et tenter d’en réinventer certains positionnements et certaines pratiques. En cela, elle doit aussi convaincre qu’elle n’est pas un simple « supplément d’âme », sous-traitant de l’enjeu environnemental auprès des autres acteurs politiques, mais bien une « vision du monde », capable de proposer une nouvelle forme d’organisation sociale, des approches originales, parfois aux antipodes de celles d’une gauche et d’une droite issues du marxisme ou du libéralisme. Ce hiatus entre cette posture et la façon dont elle peut être perçue se ressent dans la façon dont l’électorat appréhende ces nouveaux venus en politique. Pour espérer remporter des victoires, les écologistes peuvent compter sur les circonstances et la fin des appartenances figées qui fixaient une partie de l’électorat, mais pas forcément sur un électorat constitué, et encore moins « durable » ou fidèle. »

« Une idée ne prend place dans une société que parce qu’elle est diffusée par de multiples acteurs, politiques, mais aussi sociaux, économiques, médiatiques, par le biais de revues mais aussi de réseaux affinitaires (cercles d’amis, famille, clubs, etc.) Le petit monde de la politique n’est qu’une partie émergée de l’iceberg. Ã l’heure d’une omniprésence médiatique, les informations qui composent la lecture du monde de chaque citoyen-ne sont une mosaïque dans laquelle il est de plus en plus difficile de donner sens. Et aucun discours électoral, si intéressant soit-il, ne peut espérer apporter cela à lui seul. Il faut, à toute force politique, une aura plus large que la seule compétition politique. Il faut, à toute idée nouvelle, une capacité à créer bien plus qu’un programme, un « imaginaire ».

Le succès d’Europe Écologie engage une responsabilité nouvelle à ce titre. Il ne suffit pas de le constater, mais de prendre la mesure du changement d’échelle que cette opportunité pourrait ouvrir pour les écologistes : moins en termes de circonscriptions réservées, de scores honorables et de mandats qu’en termes de postes de responsabilité et de lieux à constituer, où pourrait s’inventer les prémisses de la société de demain que les écologistes appelaient de leurs v?ux, lorsqu’ils ont commencé à faire de la politique. »


Ces extraits sont issus de l’ouvrage « Des écologistes en politique », d’Erwan Lecoeur. Sortie en libraiie le 25 mars (18 ?). Avec la participation de José Bové, Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit et Corinne Lepage. En savoir plus : présentation sur : www.lignes-de-reperes.com
Contacts presse : Patrick Blaevoet