L’économie verte aux couleurs marocaines dans « Economia »

LOCALISER L’ECONOMIE VERTE

Pour nous, l’économie verte, et notamment dans sa dimension sociale et solidaire, n’est ni une mode ni une hérésie et encore moins un luxe de riches. Au contraire, c’est une nécessité eu égard aux défis qu’elle se propose de relever : dérèglement climatique, réduction accélérée de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, virage énergétique, croissance démographique,? La mondialisation de l’écologie en même temps que celle de l’économie pose des conditions majeures et inédites pour l’humanité. Au plan international, les négociations sont d’une telle complexité qu’il est difficile d’espérer des avancées significatives. Reste l’action locale pour adapter nos villes et nos territoires au monde qui est entrain de naître.

La ville est probablement la forme d’établissement humain la plus bénigne pour l’environnement. Il est beaucoup plus économique en effet, de fournir des services en ville, avec un impact écologique réduit. Mais la ville verte comme l’économie de la même couleur appelle une pensée nouvelle de notre système de production et de consommation. Le chantier est immense : quelle richesse produire, comment la produire et comment la redistribuer ? Comment nos villes, qui demeurent dépendante de l’extérieur pour une grande partie de leurs ressources, peuvent-elles produire des biens?

UNE TROP FAIBLE PRISE EN COMPTE

Il faut bien le reconnaître, la prise en charge de ces nouveaux enjeux par les élu-es locaux est faible. Les raisons sont multiples. Elles sont connues et ne rien faire serait irresponsable. Nous espérons beaucoup dans la dynamique de changement que connaît le Maroc et dans les nouveaux espaces de liberté démocratique apportés par la nouvelle constitution. Encore faut-il que tout le monde s’y mettent, à commencer par les autorités de tutelles, les administrations déconcentrées, les agences d’urbanismes, les universités, les architectes, les aménageurs et les opérateurs économiques, les associations,?.

Mais, être en responsabilité, c’est être en mesure d’apporter des réponses. Dans « responsabilité », il y a « réponse ». Nous pensons qu’il ne suffit pas de poser des questions pertinentes, mais qu’il est souvent plus compliqué d’essayer d’apporter des réponses et de les traduire en politique. C’est tout le sens de l’action de l’association marocaine pour des eco-villes, première association de communes urbaines et rurales au maroc, dédiée au développement durable. Nous tentons d’apporter des réponses qui visent l’économie et la gestion responsable des ressources, l’implication des citoyens et une intégration de la culture populaire.

L’INACTION COUTE CHERE!

Au Maroc, le coût de l’inaction coûte cher. La gestion déficiente des ressources naturelles, leur surexploitation ou leur dégradation ont un prix exorbitant estimé à 16,27 milliards de DH, soit 4,6 % du PIB. Ce coût est considéré comme supérieur 1,5 fois à celui des pays développés. Nous ne pouvons plus ignorer les externalités négatives de notre système productif, les excès de pollution, les dégradations que subissent nos communes et qui ont atteint des seuils, parfois de non retour. C’est le sens de l’action de la Ville d’Agadir qui a décidé de s’attaquer aux dégradations causées à l’environnement par la gestion déficiente de certains déchets qui ne sont pas de la responsabilité de la commune.

Tout le monde comprend qu’on ne traite pas de la même manière, les déchets ménagers, les déchets industriels ou les déchets hospitaliers. C’est un principe de base, que la loi 28/00 relative à la gestion des déchets, consacre et explicite de manière claire et sans ambiguïtés. Le décret d’application de la loi publié fin 2006, donne 5 ans à l’ensemble des acteurs de la filière, et en premier lieu les collectivités territoriales, pour se conformer à l’esprit et aux dispositions de la Loi. Quelle est la situation aujourd’hui ?

L’EXEMPLE D’AGADIR

Le traitement différencié des déchets est déficient et cela coûte beaucoup d’argent aux communes et à leurs regroupements. A Agadir et dans toute sa grande région, l’absence d’un plan régional qui fixe, réglemente et finance le traitement, l’élimination ou le stockage des déchets industriels fait toujours défaut. Résultat, les déchets de la zone industrielle d’Agadir finissent à la décharge intercommunale de l’agglomération, exclusivement pensée à l’origine pour le stockage des déchets ménagers et assimilés. C’est tout le fonctionnement de la décharge qui se retrouve aujourd’hui en danger. Les procédures et les solutions envisagées par exemple lors de l’aménagement de la décharge pour le traitement du lixiviat sont caduques. Ce liquide communément appelé « jus de poubelle » est dangereux, et sa production massive engendre des risques de pollution des sols, des rivières et des nappes phréatiques. En termes économiques, ces dysfonctionnements se payent et au prix fort. Etre sobre et économe des ressources, c’est d’abord refuser cette hémorragie.

Une réponse écologiquement responsable et économiquement soutenable ne peut pas se concevoir dans la réaction, au coup par coup et dans l’urgence. Pour ces raisons, et suivant les recommandations du séminaire de l’amev consacré au sujet des déchets, la Ville d’Agadir et la commune d’Oulmès sont les premières collectivités au Maroc qui veulent se doter d’un plan de gestion communal des déchets ménagers (article 16 de la loi 28/00). Avec le concours de la ville de Paris, la Ville d’Agadir travaille sur un Plan qui sera avant tout, un outil mobilisateur, protecteur du cadre de vie, de l’hygiène publique, facteur de redéploiement économique et porteur d’emploi, d’équité et de justice sociale.

ECONOMIE VERTE ET CULTURE POPULAIRE!

A Oulmès, le contexte est différend et les réalités aussi. Mais l’objectif du conseil communal est le même : agir pour changer. On ne peut pas transformer nos grandes villes si on n’arrive pas à le faire dans les plus petites communes. A Oulmès, l’autre enjeu de l’élaboration du plan communal de la commune est l’adhésion réelle, pleine et entière de chacun. Il est vain d’espérer une technologie miracle sans que les gens ne soient dans une réforme profonde de leur vie. Le pari de la commune et de l’amev, est que la réussite du plan dépendra de l’appropriation, de la participation et de l’apport de la population.

C’est le sens de la première journée de l’environnement et de la citoyenneté organisée par un collectif d’associations locales avec le concours de l’amev.

A partir de l’idée d’un nettoyage collectif des rues de la commune, c’est toute une dynamique portée par les associations locales qui a permis d’apporter des réponses concrètes, originales et culturellement locale. Sur une journée, le collectif associatif a réussi par exemple à récolter, une tonne et demi de matières organiques (des épluchures de bonne qualité, préalablement triés et mis de côté par les femmes essentiellement !). Cette quantité n’a pas été transportée, ni stockée à la décharge, ni transformée en composte. Au contraire, elle a servi à nourrir le bétail des petits éleveurs de la commune qui fournissent d’habitude, les bouchers de la commune !! L’enjeu donc, est de faire que cette expérience d’un jour devienne une politique de tous les jours. Le concours de l’amev consiste à accompagner la commune à concevoir un plan élaboré par et pour la population.

Cet exemple montre qu’il est inutile d’aller chercher des solutions ailleurs, lorsqu’il est plus facile de s’appuyer sur la culture locale pour fabriquer des solutions originales, réalistes et à faible coût. Ces solutions ont l’avantage aussi de construire une économie à circuits courts, beaucoup plus proche des besoins des gens et plus responsable dans l’utilisation des ressources.
Une économie nouvelle au service du développement humain.

Le temps est venu en effet, de changer de regard sur nos déchets et de considérer mieux et les femmes et les hommes qui concourent vaillent que vaille, à la propreté de nos villes. Cette reconnaissance doit viser en premier lieu, à mettre en valeur l’utilité sociale et environnementale des travailleurs les plus faibles, comme les chineurs ! Ces travailleurs sans droits sont en réalité, les vrais artisans de toute la filière de recyclage du Maroc. Leurs conditions de travail sont épouvantables et leurs conditions de vies aussi. Mais les nuisances qu’ils causent dans les villes pendant leurs activités sont réelles et génèrent de plus en plus de plaintes de la part de nos concitoyens : collecteurs renversés, sacs éventrés sur la voie publique, nuisances olfactives, risques sanitaires, altercations et violences urbaines,? nous pensons qu’il sera très compliqué de faire changer les choses, mais ne rien faire coûtera à notre avis plus cher.

Consacrer une partie du futur plan communal de gestion des déchets à la dimension sociale, c’est rappeler que l’économie verte, c’est d’abord une économie au service du développement humain. A notre avis, le rôle de la commande publique, puisque le plan communal de gestion des déchets comportera aussi des dépenses, doit être un levier de construction de politiques publiques plus solidaires, plus efficaces et plus écologiques.

Plus d’informations sur l’association marocaine pour des éco-villes, consulter le site : www.amev.ma

En photo de « une » : le « busway d’Agadir.

La Commune Urbaine d’Agadir et Nantes Métropole ont renforcé aujourd’hui à Agadir, leur coopération par la signature d’une convention de partenariat relative au Projet d’une ligne de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) dans la capitale du Souss. Ce projet vise à doter la Ville d’Agadir de la première ligne de bus en site propre, qui sera conçue et exploitée de manière à offrir un service performant et régulier proche de ce que peuvent offrir d’autres systèmes de transports en commun tels que, les tramways ou les métros mais à un coût moindre, et en offrant des possibilités de réaménagement plus souples .

La Ville d’Agadir sera ainsi la première ville au Maroc à se doter d’une telle infrastructure qui vise à offrir aux usagers des transports publics, un service à haute fréquence de passage, un temps de trajet garanti et des passages réguliers ; une vitesse relativement élevée ; une amplitude horaire de fonctionnement étendue et un système d’information de qualité : temps de parcours, attente, fréquence, etc.