Les autres risques du nucléaire

Parmi les pistes avancées par nombre de gouvernements pour diminuer des gaz à effet de serre (GES), le nucléaire semblait vivre sur la période récente son nouvel âge d’or : 439 réacteurs nucléaires sont en activité dans le monde. L’essentiel du développement était porté par des pays « émergents » (Chine, Inde, Russie). Si le débat est réactivé en Europe, les nouvelles capacités à mettre en ?uvre d’ici 2020 devaient atteindre 130 GW, soit une centaine de réacteurs supplémentaires.

L’EFFET FUKUSHIMA ?

D’ici 2030, le rythme de construction serait selon l’IFRI d’une dizaine de réacteurs par an et ce, malgré des critiques récurrentes sur la compétitivité-prix du KWH d’origine nucléaire et ses qualités propres avancées par ses promoteurs.

La compétitivité vis-à-vis du gaz et davantage encore du charbon est sujette à caution : les prévisions des coûts de production de l’électricité (OCDE/AIE-AEN) sont très différentes selon les hypothèses retenues de démantèlement en fin de vie et le stockage des déchets. « Le danger pour l’avenir serait que les exploitants repoussent les opérations pour diminuer les provisions, décaler les échéances de financements et améliorer la structure de leur financement », et donc afficher des prix d’électricité artificiels, souligne la Cour des Comptes (Synthèse du Rapport particulier, Janvier 2005)].

Autre question soulignée par les associations écologistes, le bilan global du nucléaire en CO2 serait sensiblement proche du gaz. Le parc nucléaire français est ainsi inadapté aux contraintes de la demande résidentielle « en pic » ce qui suppose le support de centrales thermiques classiques en appoint. « A cause de la surcapacité nucléaire, ces centrales thermiques fonctionnent dans des conditions économiques et environnementales dégradées car le réseau en a juste besoin pour réguler sa puissance et faire face aux sautes de la demande », rappelle le réseau[ « ni nucléaire, ni effet de serre ». Enfin, une partie de l’approvisionnement de pointe est assurée par les importations de courant, notamment depuis l’Allemagne, ce qui aggrave encore le bilan carbone du système et son coût.

Malgré ces constats, de nombreux Etats et investisseurs parient encore sur un mouvement de relance. Des contraintes lourdes s’y opposent.

Contraintes de rareté et de prix de la ressource de base

Si la productivité des réacteurs continue de s’améliorer, la rareté relative de l’uranium ne laisse à ce jour entrevoir de perspectives d’exploitation au-delà de quelques décennies. Les capacités d’extraction et de recyclage sont limitées de sorte que l’offre est aujourd’hui très inférieure à la demande. Le prix spot de l’uranium a d’ores et déjà été multiplié par dix en trois ans.

Contraintes d’offre

Les capacités de production (métallurgiques) ont été amputées cette dernière décennie : trois entreprises disposent des capacités pour construire les cuves en France, Japon et Russie. Le capital humain a lui aussi été obéré par la « pause » des années 90. « La filière est désormais structurée et les coûts de production ont baissé de 30 à 40 % depuis la crise. Par ailleurs, le secteur a été massacré en Bourse » ([La Tribune du 15 mars 2011)]. Ce qui se traduirait pour d’autres commentateurs par d’importantes opportunités d’investissement.

Contraintes de financement

Les pays de l’OCDE qui développent des contrats long terme ou les pays de monopoles (Inde, Russie) disposent davantage de leviers pour le développement nucléaire que les pays émergents où l’Etat manque de moyens ou ceux dont l’atomicité des acteurs est le résultat de marchés concurrentiels (Etats-Unis, GB). La crise des dettes souveraines est également passée par là.

Contraintes d’exploitation

Elles sont principalement liées à la question ô combien épineuse de la gestion des déchets. Si des solutions de confinement existent, mais reste en suspens la durée. En outre, le stockage géologique soulève le problème de la réversibilité à horizon de plusieurs milliers d’années dans un temps où la recherche sur la transformation des déchets sur des durées courtes n’a pas abouti.

Contraintes géopolitiques, enfin !

Le régime de non-prolifération installé dans les années 60 a vécu. Viennent en témoignage de cette nouvelle donne l’essai nucléaire de la Corée du Nord en octobre 2006 et la quête de l’Iran d’enrichissement de l’uranium malgré les réprimandes du Conseil de sécurité des Nations unies. La résolution 1 540 adoptée le 28 avril 2004 prévoit des dispositifs de contrôle, d’assistance énergétique et de sanctions. Elle est confrontée au bon vouloir de dirigeants peu ouverts au droit international et décidés à changer les équilibres de puissance régionale.