« Les ouvriers » : derrière les caricatures, la complexité.

Négligés dans le traitement médiatique, caricaturés dans leurs comportements supposés, une étude de la Fondation Jean Jaurès du mois de novembre 2009 révèle des ouvriers, 20% de la population active, bien éloignés des clichés véhiculés à leur sujet.

Loin des déterminismes grossiers

Selon une étude récente de la Fondation Jean Jaurès([ « Les ouvriers français, valeurs, opinions et attentes », 26 novembre 2009)], les ouvriers ne sont ni plus homophobes ([72% estiment que l’homosexualité est une façon comme une autre de vivre sa sexualité contre 77% en moyenne)] ni plus racistes que la moyenne des français. Même si on doit distinguer les ouvriers du Nord-est et les plus de 65 ans, plus conservateurs, de la moyenne d’entre eux, la note rédigée par Jérôme Fourquet, Directeur adjoint d’Ifop démonte le mythe d’une catégorie bien moins en retrait sur le « libéralisme culturel » et sociétal que nombre de commentateurs le laissent penser.

En première ligne des « mutations sociales » et autres licenciements massifs de ces deux dernières années, particulièrement affectés depuis la crise de fin 2008, ceux-ci ne se replient pas dans une adhésion dans les politiques sécuritaires même si les perceptions des risques sont plus grandes. Ils sont près d’un sur deux à penser que « l’immigration est une chance pour la France », soit dans la moyenne de toutes les CSP confondues ([Source : sondage Ifop de 2007)] et 61% se montrent favorables au droit de vote des étrangers aux élections locales.

Loin des « déterminismes sociologiques grossiers », l’adhésion à certaines valeurs du libéralisme (telles que la liberté aux entreprises ou l’importance des profits) est proche de la moyenne et ambivalente sur certains aspects. A l’inverse, alors que l’opinion moyenne se désolidarisait progressivement de séquestrations de patrons (Continental, Molex, Sony?), une minorité croissante d’ouvriers approuvait ces méthodes ainsi que 30% adhéraient aux menaces de destruction de sites. C’est le signe d’une « adhésion aux règles qui s’est traduite par des sacrifices », suivie d’une trahison. Retour de flamme.

A l’heure de la « sortie de crise », de quoi parlent les ouvriers?

Les enquêtes récentes révèlent une sensibilité globalement moindre de l’opinion dans son ensemble à la dégradation de la situation économique par rapport à d’autres sujets émergents (Polanski, Clearstream?). La crise et ses conséquences sociales reste LE sujet de préoccupation qui taraude le plus les ouvriers, plus concernés également par les fragilités sanitaires (H1N1) ou certains faits divers (disparitions?). Contrairement aux affirmations des médias, ils se sentent moins touchés par les sujets liés « aux puissants » : « affaire Jean Sarkozy », Mitterrand…

Loin des clichés souvent véhiculés, les ouvriers peuvent même être plus concerné que la moyenne des français par certains changements de législations (Hadopi) dès lors qu’ils touchent à leur vie quotidienne.

Le facteur proximité est une clé d’explication des sujets d’intérêt des ouvriers : emploi et pouvoir d’achat bien plus que « sécurité » ou « scénario révolutionnaire ». Les ouvriers sont ainsi extrêmement sensibles aux sujets liés aux impôts, à la redistribution, tant ils affectent leur vie quotidienne. La proportion des ouvriers qui n’est pas parti en vacances a ainsi doublé ces quatre dernières années pour atteindre 44% en 2009.

L’analyse révèle plus fondamentalement la fracture entre une France urbaine intégrée au « village global » et le monde périurbain et rural, trop vite résumé aux « quartiers », eux aussi hétérogènes.