Ma ville en 2030 : Pontarlier et toujours l’odeur du chocolat

Voici les thèmes proposés nos jeunes édiles municipales :

– Les transports : quand et comment se déplace-t-on ? pour aller où ? au travail, faire ses courses, s’amuser ?

– L’habitat : il devrait faire plus chaud en moyenne d’ici 20 ans, avec des pics caniculaires voire des craintes d’hivers polaires (genre New York) en cas de dérèglement du Gulf Stream. Comment peut ou doit s’adapter ta ville (si elle y arrive) ?

– La sécurité : vivra-t-on dans un État carcéral où le logo CCTV fleurira partout, dans un mélange orwellien de Londres et de Minority Report ? ou une ville où la présence humaine et le lien humain seront privilégiés ? quel rôle de la ville dans la tranquillité publique ?

– La nourriture : des fermes à la ville ? sous quelle forme ? sera-t-on rationné en viande ? fermes communautaires ou autosiffusance par foyer ?

– Migrations : quelles langues parlera-t-on ? quels rapports entre les quartiers ? Plutôt cosmopolisme à la Belleville ou communautarisme à la Little Italy vs. Chinatown ? quel accueil à d’éventuels réfugiés climatiques ?

– Loisirs : DisneyLand, ville musée ou médiathèques publiques ?

En gros, pour résumer, la ville du futur prendra-t-elle plutôt le chemin de Fribourg ou de Lagos, de Paris ou de Guéret ?

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Pontarlier 2030

Pontarlier : 18600 habitants, 850 mètres d’altitude, sous-préfecture du Doubs, ancienne capitale de l’absinthe, ancienne « ville la plus sportive de France », ancienne ville d’Edgard Faure, ancienne capitale du comté…

François Mandil a 32 ans. Il est conseiller municipal. Sa liste écologiste indépendante avait recueilli 15 % des suffrages en mars 2008.

Pour 2030, il nous propose une vision d’un Pontarlier sans neige mais repris en main par ses habitants et plus agréable à vivre.

Plus de chutes de neige

Cette année encore, il n’a pas neigé. La piste de ski de fond qui traverse la ville a servi tout l’hiver aux rollers, ski-roues et vélo. Depuis deux ans, aucun skieur n’a rejoint les pistes de la Malmaison depuis le centre-ville. Peut-être l’année prochaine ?

Cela fait quelques années que les conséquences des changements climatiques se font sentir. Les mois d’été restent encore respirables dans les montagnes. Pontarlier et le Jura deviennent les nouvelles destinations pour les retraités qui fuient la Côte d’Azur et les villes. Après avoir cherché le soleil pour leurs vieux jours, ils cherchent une relative fraîcheur.

Conséquence directe de cet afflux : l’accueil des personnes âgées a considérablement changé à Pontarlier depuis 15 ans. La proximité des services, des commerces, des espaces de plein air a changé la donne. L’aide à domicile ne se limite pas à des télé-alarmes, la livraison de repas chimiques et le financement d’un souper dansant par an.

La ville dans son ensemble a beaucoup changé depuis l’arrivée majoritaire des écologistes à la mairie. L’une de leurs premières actions a été de rendre le centre-ville aux transports doux, avec un accès limité aux voiture. Particularité régionale : le domaine de ski de fond a été étendu jusqu’au centre-ville. Plus besoin de voiture pour faire les 3 kilomètres séparant la ville du domaine. Des skieurs en pleine ville qui font leurs courses, ça correspond plutôt bien à l’esprit de la ville.

Des parcs ont été récréés en ville. Les autorités ont redonné vie au Grand Cour qui était devenu un parc bien triste et abandonné. C’est enfin devenu le lieu de rencontres intergénérationnelles et de promenades dont la ville avait besoin. Ce qui était un grand espace vide, triste, gravillonné, longeant le Doubs sans qu’on puisse voir la rivière, est devenu un vrai parc accueillant où tout le monde aime se promener. Aux beaux jours, on peut même se baigner dans le Doubs, ce qui vaut tous les complexes nautiques.

Chute économique

La population a changé également. Au début du 21e siècle, la priorité était systématiquement donnée aux petits logements et aux foyers aisés. Ã partir de 2008, les crises successives ont provoqué l’effondrement de l’emploi frontalier. Catastrophe humaine : l’économie de la ville reposait essentiellement dessus. Une situation comparable à l’interdiction de l’absinthe, 100 ans auparavant. heureusement, les emplois dans l’aide aux 3e et 4e âge ont offert quelques débouchés pour la jeunesse de la région.

Les éco-quartiers construits à la place des anciens abattoirs ou dans les friches commerciales ont permis de commencer à faire baisser les prix du foncier. Mais la décroissance subie a été difficile pour une région qui avait l’habitude d’être plutôt privilégiée.

La frénésie avec laquelle les zones commerciales se développaient, même dans les espaces protégés, au-dessus des nappes phréatiques, avait entraîné un étalement proprement hallucinant et totalement disproportionné. Ces zones sont pour la plupart abandonnées en raison du coût de l’essence. Certaines sont squattées par des artistes qui trouvent là des ateliers suffisamment grands pour y travailler leur créativité.

Un tournant écolo

Les Pontissaliens se remettent au jardinage dans les nouveaux jardins coopératifs mais les habitudes se sont perdues. De toute façon, réchauffement climatique ou pas, pour le moment, seuls des pommes de terre et des choux poussent !

Les habitants ont par contre très vite pris l’habitude de prendre leur destin en main, de manière plus efficace que la maraîchage. Les comités de quartiers sont désormais de réels acteurs de la vie locale. Le passage à la semaine de 4 jours voté quelques années plus tôt a aidé à libérer du temps libre. Le travail effectué par les associations et les comités de quartier, par exemple sur les schémas de déplacement en ville et sur la végétalisation des rues, a été exemplaire.

Le retour du cheval

Quand les transports en commun sont passés en compétence intercommunale, un déclic s’est produit. Sous l’impulsion des comités de quartier, le retour du cheval en ville n’aurait jamais pu se faire aussi rapidement. Entre la tonte, le ramassage des déchets, le damage des pistes, le troupeau du Centre Technique Intercommunal ne chôme pas. La relance de l’utilisation des chevaux dans toute la région a d’ailleurs participé au sauvetage de la race des Comtois. C’était trop cher pour des éleveurs seuls d’entretenir une race uniquement pour le plaisir, c’est désormais économiquement rentable.

Mais la ville reste toujours avant tout un pôle industriel. Les usines qui étaient des sous-traitants de l’automobile se sont toutes reconverties : composants des rames de train, énergie, isolants thermiques en chanvre de Haute-Saône… Seule l’usine de chocolat n’a pas changé et l’odeur du cacao flotte toujours dans Pontus’ les veilles de pluie. On a connu pire…