L’équilibre précaire des aéroports régionaux

DES AÉROPORTS SOUS PERFUSION

Les douze grands aéroports régionaux sont pour la plupart tout juste en équilibre financier alors que le nombre de passagers accueillis devrait leur permettre de dégager des profits. (?) les investissements (hors sécurité-sûreté) des grands aéroports régionaux donnent lieu dans tous les cas (à l’exception de Nice et de Bordeaux) à des subventions des collectivités territoriales. (?) Dans la quasi-totalité des cas, ces plates-formes au faible trafic ne dégagent pas un autofinancement positif en l’absence de subventions d’exploitation. La capacité d’endettement est très faible et les investissements sont très fréquemment financés prioritairement pas les subventions des collectivités territoriales.

Ces subventions dépassent dans plusieurs cas un montant de cent euros par passager et atteignent parfois des montants très élevés. Sauf en cas de profil de trafic atypique, ce constat conduit à s’interroger sur le maintien en activité de certaines plates-formes. (?)

UN DEVELOPPEMENT NON COORDONNE

La carte des aéroports français est le produit de l’histoire et d’initiatives dispersées plus que d’une politique affirmée. Il n’y a pas de « réseau » au sens d’organisation structurée répartissant la demande de transport aérien, celle-ci ne correspondant pas à l’organisation du transport aérien ni à la gestion de ses flux.

La décentralisation fait désormais reposer la responsabilité principale de la
rationalisation des infrastructures sur les collectivités territoriales. Leurs interventions multiformes ne procèdent pas pour l’heure d’une démarche coordonnée. Au surplus, le risque de requalification en « aides d’Etat » de certaines subventions doit inciter à plus de rigueur. Plus globalement, la définition d’une stratégie de gestion de la part des collectivités territoriales, nouvelles propriétaires de ces plates-formes, est désormais nécessaire.

Notre-Dame des Landes

Concernant l’aeroport de Nantes, la Cour soulignait que « les délais de prise en compte des dossiers d’insonorisation se sont allongés. » C’était en Juillet 2008.

Paris : sortir la vieillesse du placard

Face à la canicule et à la pollution, la vulnérabilité des seniors est plus importante. Ce qui ne les incite pas à sortir de leur logement, et accélère l’isolement et la perte de mobilité. Anne Lebreton a publié cette tribune dans le « Huff »le 26 juin 2019.

Un quart des Parisiens aura plus de 60 ans en 2030 et 10% plus de 75 ans. Si le revenu moyen des seniors est plus élevé dans la capitale qu’en France, leur part vivant sous le seuil de pauvreté (15,5%) (souvent dans des quartiers qui sont devenus très chers) et allocataires du minimum vieillesse, est supérieure de moitié au reste du pays. Ces seniors à faibles revenus sont particulièrement touchés par la “précarité énergétique”, ils consacrent plus de 10% de leur revenu à ces dépenses. Beaucoup d’entre eux ne demandent pas les allocations auxquelles ils ont droit: “je me débrouille bien, j’achète en promotion”, “il y en a qui en ont plus besoin que moi”.

Certains ont moins de 300 euros de reste à vivre.

Près d’un quart -souvent suite au décès du conjoint- affecte au paiement de son loyer une part trop importante de ses ressources.

Je veux un Paris qui accompagne les seniors dans leur souhait de couler de beaux jours dans la capitale.

Pour ceux -les plus nombreux- qui sont parfaitement actifs, et jusqu’à souvent plus de 90 ans, cela veut dire qu’ils prennent pleinement leur place dans la vie de la cité: engagements politiques, mandats électifs, emplois complémentaires à leur retraite, engagements associatifs (sans les seniors, aucune association ne fonctionnerait), vie culturelle.

A 70 ans, on s’occupe quelquefois encore de ses propres parents!

Mais pour ceux-là et pour les autres aussi, avec les administrations en charge du grand âge, et les nouvelles “Maisons des aînés et des aidants”, il faut tout faire pour adapter davantage la ville à une réalité grandissante: on vieillit le plus souvent chez soi.

A nous de travailler finement à l’ouverture des droits, de renforcer l’aide à domicile locale, à nous de proposer des solutions pratiques de déplacements, de travailler beaucoup plus efficacement à l’adaptation des logements (petits travaux, isolations, aménagements intérieurs sur la mobilité). Nous devons aussi faciliter les changements désirés vers un autre logement plus adapté. Et pour atteindre ce but, il est nécessaire de lancer une petite révolution:  il faut sortir la vieillesse de son placard, il faut en parler, il faut l’anticiper.  

Sur le grand âge nous vivons une révolution. La Silver économie est en plein boom. A l’heure de la robotique, et bientôt des voitures sans conducteurs, à 70 ans maintenant, est-on vraiment un senior? A 70 ans, on s’occupe quelquefois encore de ses propres parents!

La robotique ne résoudra pas certains problèmes bien terre à terre liés à l’habitat parisien: descendre d’un 4ème étage d’un immeuble du 17ème siècle sans ascenseur avec une mobilité réduite

La robotique ne résoudra pas certains problèmes bien terre à terre liés à l’habitat parisien: descendre d’un 4ème étage d’un immeuble du 17ème siècle sans ascenseur avec une mobilité réduite, faire face à l’impossibilité réelle de changer rapidement de logement dans Paris où la pénurie de m2 touche tous les aspects de la vie, être seul, le plus souvent seule, avec des enfants qui vivent ailleurs, ou pas d’enfants.

La vision des seniors a également changé. Avoir 70 ans aujourd’hui ne revêt pas la même réalité qu’il y trente ou quarante ans. La vulnérabilité face à la pollution et à la chaleur est pourtant plus importante que lorsqu’on est dans la vie active. La sensibilité quant à la qualité et la capacité de régénération de son environnement de proximité est plus forte. Un environnement dégradé en termes de bruit, de pollution, d’absence de possibilité de ressourcement n’incite pas nos seniors à sortir de leur logement. Ceci accélère l’isolement et la perte de mobilité.

Je m’engage pour que chaque parisien ait à moins de cinq minutes de chez lui un ilot de tranquillité et de fraicheur. C’est la proximité des lieux de vie qui importe, beaucoup plus que d’éventuelles forêts au centre de Paris. Pour se poser en sécurité, dans son quartier, sans la cohue des grands aménagements, je m’engage pour que ces lieux permettent de redécouvrir la rue comme espace où l’on puisse faire simplement une pause. Créons ces espaces près des cafés qui remplissent si souvent un rôle essentiel de lien social réel -et sans aucune reconnaissance publique- pour beaucoup de nos seniors.

Établissons des parcours de promenade verte avec les maires d’arrondissement, les conseils de quartier, les commerçants pour ouvrir nos quartiers trop enserrés dans la minéralité. Ils relieront parcs, jardins et rues ordinaires rendues aux promeneurs, avec des bancs et des arbres en pleine terre qui assumeront pleinement leur fonction de climatisation.

Établissons des parcours de promenade verte avec les maires d’arrondissement, les conseils de quartier, les commerçants pour ouvrir nos quartiers trop enserrés dans la minéralité.

Alors que Dominique Libault vient de rendre son rapport sur la dépendance au premier ministre, accentuons aussi l’effort quantitatif et qualitatif sur les structures de dépendance, en ayant comme objectif d’obtenir le label “humanitude” pour les structures parisiennes: pas de soin forcé, respect de l’intimité, le vivre et mourir debout, l’ouverture de la structure vers l’extérieur qui devient un lieu de vie et d’envies.

Pour les seniors à Paris, trouver des solutions concrètes aux problèmes de solitude, de mobilité et de dépendance seront les trois défis de la prochaine mandature, un travail qui faudra continuer de co-construire avec eux.

Pour un Grand Paris de l’Education

Tribune publiée sur le site du quotidien Les Echos le 4 juin 2019 dans le prolongement de nos travaux sur le Grand Débat National

Nous savons que le cycle primaire est essentiel pour le devenir de toute une scolarité. Son échec impacte durablement la qualité de vie, l’emploi et le coût des services sociaux des générations futures sur tout le territoire.

A Paris, dans nos arrondissements populaires, une trentaine d’établissements sont en net décrochage par rapport aux moyennes de réussite au brevet. En Seine-Saint Denis, le département compte deux fois plus de redoublants et seulement un gros tiers des élèves maitrisent les compétences de base en entrée en sixième. Or, nous savons que la qualité de l’école est essentielle. A la recherche de la sécurité, les familles attachent leur choix de résidence à celui de l’école. Ces stratégies sont compréhensibles mais elles déjouent les effets des politiques de mixité et de revitalisation urbaine.

Sur le périmètre du Grand Paris, je propose de rassembler l’ensemble des intervenants de la cause éducative (Etat et administrations déconcentrées, collectivités et leurs agences, associations de l’éducation populaire) autour d’un objectif simple: sur cette zone métropolitaine, aucun enfant ne doit quitter le primaire sans maitriser les compétences fondamentales.

Dans l’immédiat, tous les acteurs franciliens doivent se rassembler pour réussir la réforme du ministre Blanquer qui consiste à diviser par deux les effectifs pour atteindre un maximum d’environ douze élèves dans les CP et CE1 du réseau d’éducation prioritaire (REP et REP +).

L’urgence est de trouver locaux et d’attirer les enseignants. Ce point est fondamental. Au-delà des primes déjà versées par l’éducation nationale – qui pourraient éventuellement être complétées par un régime indemnitaire municipal – les collectivités ne peuvent pas influer directement les possibilité de carrière de l’éducation nationale – à moins d’envisager la création d’un système dérogataire – mais l’accompagnement des enseignants sur le logement et l’amélioration de leurs conditions de travail dans les zones difficiles fait partie de leur vocation.

L’effort sur la condition de travail des enseignants doit se doubler de la nécessité d’ouvrir durablement nos écoles, particulièrement les maternelles et les primaires tôt le matin jusqu’à tard le soir, gage de la réussite.

L’école du « Grand Paris de l’Education » doit être un lieu d’accueil de l’ensemble des intervenants de la chaine éducative et de la parentalité, des travailleurs sanitaires et sociaux aux intervenants des temps périscolaires, des acteurs de l’illettrisme à l’insertion. Chaque parent et enfant en difficulté doit trouver tout au long de la journée, réunis en un lieu unique et familier, référents et tuteurs du parcours éducatif.

Je pense notamment aux mères seules dont les situations de précarité ont été remises en lumière à l’occasion du Grand Débat National. L’accueil doit s’étendre du temps d’apprentissage au suivi de l’après école, y compris de leur propre accompagnement en matière d’emploi, de garde, financier ou psychologique. L’ensemble des acteurs des administrations d’Etat ou locales doivent apporter les réponses à ces familles, sans que celles-ci n’aient à courir ou découper leurs besoins.

Pour arrimer cette volonté, il faut dépasser nos tabous qui entravent l’égalité et l’émancipation républicaine. L’Autorité du « Grand Paris de l’Education » qui permet de rapprocher communes élèves, enseignants et administration scolaire, doit se voir conférer, outre les ressources des acteurs volontaires, une compétence foncière, le transfert des locaux, une plus grande liberté de recrutement et de fixation des rémunérations.

C’est le prix exceptionnel de la réussite éducative. D’autres métropoles l’ont fait pour sortir de l’ornière à l’image de Chicago il y a trente ans, avec le « Chicago Board of Education ». Cette Autorité du « Grand Paris de l’Education » incarnera une volonté pragmatique sous une direction unique car il faut tout un village pour élever un enfant et qu’il n’y aura pas de Grand Paris sans un Grand Paris de l’éducation.

La nouvelle question laïque

« De débattre, mon époque s’est arrêtée » écrit Marylin Maeso dans la Conspiration du Silence, pointant les poisons qui affectent et atomisent le débat public. S’il est un sujet si hautement inflammable qu’en débattre est devenu impossible, c’est bien celui de la Laïcité. Quiconque s’aventure à questionner les implications concrètes, quotidiennes de cette valeur républicaine, reconnue de tous comme cardinale encoure ipso facto le pur procès d’intention.

C’est pourquoi il faut saluer le livre de Laurent Bouvet « la nouvelle question laïque ». Non parce que l’auteur y tenterait un rapprochement irénique des points de vue, mais parce qu’il s’efforce d’abord de donner au lecteur les clefs de compréhension des enjeux idéologiques profonds que masquent trop souvent au public l’outrance ou le caractère injurieux des « arguments » échangés. Dans la « nouvelle question laïque », Laurent Bouvet procède ainsi à une honnête et minutieuse analyse des versions dites « libérale » et « républicaine » de la laïcité pour en dégager les fondements.

« Défendre une politique républicaine de la laïcité suppose d’emprunter, dans cet espace civil, et donc dans le débat public, un chemin de crête, étroit et difficilement praticable, en se conformant au mot d’ordre de Ferdinand Buisson « ni capitulation, ni persécution ». » »De chaque coté en effet, il y a l’abîme ». Laurent BOUVET, « La nouvelle question laïque », 336 pages – Flammarion

L’auteur s’efforce ainsi de montrer que ces conceptions s’opposent selon la façon dont elles ordonnent les deux principes fondamentaux de la laïcité : liberté religieuse et liberté de conscience et dont elle conçoivent du rôle de l’Etat pour en assurer le respect. La forme libérale, s’apparente à la conception anglo-saxone de la laïcité. Elle place en premier la liberté religieuse, la liberté de pratique le culte. Et si elle tient à la neutralité de l’Etat, c’est certes pour contenir la religion dans la sphère privée mais aussi pour assurer la coexistence pacifique des religions dans la société et des modes de vie particuliers qui peuvent s’y attacher et donc arbitrer sur « les accommodements raisonnables » permettant cette coexistence pacifique.

La forme républicaine place en premier la liberté de conscience et par conséquent assigne à l’Etat outre un strict devoir de neutralité et le devoir de protéger l’individu de toute oppression religieuse ou communautaire. Cette conception suppose que la laïcité est un « combat militant» dans la société pour contrer toute assignation religieuse des individus (et notamment des élèves et des femmes) et cantonner les religions à la sphère privée afin de donner sa chance à l’émancipation par la citoyenneté.

Reste la conception laïciste tend à faire de la laïcité une identité et non un principe. Elle est le faux nez des défenseurs de l’héritage de la chrétienté et des identités traditionnelles contre l’islam vu comme une religion inassimilable. Pour Laurent Bouvet, co fondateur du Printemps républicain, la virulence aveuglante des polémiques autour de la question laïque trouve sa source au milieu des années 80. A cette époque renait en effet dans la société française la question identitaire. Portée d’un coté par l’inquiétude française face à l’immigration et son exploitation xénophobe par l’extrême droite que la question identitaire est aussi alimentée à gauche et à l’extrême gauche par l’influence grandissante d’une pensée communautarisme venue des milieux universitaires américains.

Ces sources n’ont de cesse, selon l’auteur d’instrumentaliser la Laïcité qui pour en faire un laïcisme et donner corps à la théorie du choc des civilisation, qui pour en forger une conception libérale, apparentée a conception anglo-saxonne de la laïcité. Laurent Bouvet défend ainsi la conception « républicaine » qu’il situe sur une « ligne de crête » à tenir coute que coute sous peine de sombrer dans l’une ou l’autre des versions « libérale » ou « laïciste ».

Les terroristes expliqués aux paresseux

De petite souris heureuse d’observer le fonctionnement d’un tribunal, on passe à la déception d’en rester à la superficialité des choses. Un peu comme si le récit BD du procès de Nuremberg nous avait donné à voir la file d’attente, son petit manège médiatique, l’égo des ténors…et puis c’est (presque) tout.

A un trait clair près de Leslie Plée.

L’enquête de Doan Bui, journaliste à l’ Obs « nous en apprend sur nous-mêmes », indique la quatrième de couverture.

Si ce « nous » cherche à disperser ses peurs dans l’évitement, alors le pari est réussi. On cherchera plus vainement dans la parole des victimes et accusés des clés pour comprendre.

La fascination de jeunes pour le jihadisme, la radicalisation ? Une affaire entre « potes », devant la télé, sans réseaux. Une histoire de fratrie, des manipulations mentales qui tournent mal. Des névroses familiales en proie aux violences et baignées dans une « haine » dont on a du mal à lire le nom.

La perte d’altérité semble avoir pour seul moteur le déraillement psychologique ou la misère sociale. L’éloignement de prisonniers radicalisés : la voie de sortie des rares repentis

Vilains garçons, vilaines filles.

Cet album sur le procès de Merah nous en apprend davantage sur la difficulté d’esprit rationnel à retracer l’engagement enthousiaste de ces assassins pour un projet politique. Quel est-il ? Le rétablissement du Moyen-Âge pour les « mécréants ». Comment se nomme-t-il ? L’islam radical. Comment agit-il ? Tel un puissant aimant qui a aspiré près de 4 000 jeunes partis se battre, fait sans précédent depuis le nazisme, contre une partie de leurs propres compatriotes.

Ce défi culturel et éducatif opposé à nos raisons ne trouve ni les bons diagnostics dans cet album, que des pistes secondes, et quelques bons sentiments placés par l’auteur dans les bulles de ses enfants.

« C’est quoi un terroriste » répond hélas à une autre question dont la crise de la presse est la réponse : « c’est quoi un journaliste ?».

Trop de « live-twitters » cernés de hashtags.

Le fonds patrimonial de la nation en commun

Quel rôle pour la culture dans la réflexion actuelle et dans le grand débat national ? Y a–t-il encore une place pour la décentralisation culturelle, alors que tant de moyens sont à disposition des métropoles, villes moyennes et EPCI (intercommunalités), principaux gestionnaires des équipements culturels de proximité (médiathèques, musées, théâtre, festivals, etc.) ? La seule augmentation des moyens serait-elle pertinente ? Notre seconde contribution au Grand Débat National.

La réponse est pour nous plus complexe, sans surprise, car par-delà la décentralisation faciale de la culture, avec ses établissements localisés et ses politiques propres, il reste à un niveau supérieur plusieurs champs trop peu explorés dans ce domaine, de la formation même des élites culturelles à la mise en commun du noyau patrimonial de la nation. On peut en passer par un échec emblématique pour penser ces enjeux.

 Après le projet Louvre-Lens, qui illustrait bien les politiques de valorisation des territoires par une institution culturelle de niveau national, un nouveau « projet  Louvre » emblématique était en train d’émerger.  La communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise (CACP) préparait en effet en effet au début des années 2010 la  venue prochaine  du  Centre  national  de  conservation,  de  restauration  et  de  recherche  du  patrimoine (CNC2RP) lancé par le Louvre et le Ministère de la Culture. Cela faisait suite à une mise en concurrence remportée par la CACP pour l’accueil des réserves de 7 grands musées nationaux à l’horizon 2014 sur le site de Neuville-sur-Oise.

Sur un territoire qui profitait déjà, avec l’Axe majeur dessiné par Dani Karavan, d’une des réalisations les plus significatives en matière de Land Art dans le paysage français, ce projet préfigurait une nouvelle configuration pour la politique culturelle communautaire mais aussi pour la politique culturelle tout court.

Le CNC2RP devait être un établissement polyvalent destiné à abriter les œuvres actuellement entreposées dans  les  réserves  de  plusieurs  musées  situées  le  long  de  la  Seine  et  soumises  au  risque d’inondation,  dont  Le  Louvre, le musée  d’Orsay,  le musée  des Arts  Décoratifs,  l’Orangerie, le musée  du  quai  Branly,  le  musée  Picasso,  les  Beaux-Arts,  le  Centre  Pompidou,  le  Mobilier National et le Fonds d’Art Contemporain.

Outre les réserves, le projet aurait regroupé les laboratoires,  le  C2RMF  (centre  de  recherche  et  de  restauration  des  musées  de  France),  le LRMH  (laboratoire  de  recherche  des  monuments  historiques)  et  des services spécialisés  dans  la conservation  et  la  restauration  des  biens  culturels – ateliers de  restauration et établissements de formation des restaurateurs. Ce volet n’avait pas été conçu sans contestation du côté des chercheurs et des conservateurs.

Le Ministère de la Culture avait souhaité que le CNC2RP soit ouvert sur son environnement et accessible au public spécialisé (chercheurs, étudiants, commissaires des expositions) et au grand public grâce à un centre de médiation/valorisation.

Il  aurait été  construit  sous  maîtrise  d’ouvrage  d’Etat,  avec  l’appui  opérationnel  du  Louvre,  dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP). Néanmoins, par sa taille et sa complexité, ce projet aurait compris plusieurs sous-projets qui aurait fait appel à l’implication de la CACP. Le  pôle  de  médiation,  dont  la  maîtrise  d’ouvrage  aurait été  assurée  par  les  collectivités  territoriales, aurait ainsi inclus un centre de convention et un lieu d’exposition pour la mise en valeur des métiers de la conservation  et  de  la  restauration  des  œuvres,  en  prenant  appui  notamment  sur  les  techniques numériques.  Le coût estimatif en étaiut de 30 M€, dont 10 M€ auraient été apportés par la Région et 10 M€ par le Département du Val d’Oise.

De  nombreuses  collaborations  entre  les  laboratoires  du  C2RMF,  du  LRMH, du  CRCC,  ceux  de l’Université  de  Cergy-Pontoise et  les  écoles  d’ingénieurs  et  l’ESSEC,  auraient pu être créées  dans trois  domaines majeurs : le pôle matériaux, le pôle numérique et le « management culturel » avec la création d’une chaire par l’ESSEC. Les laboratoires de Cergy-Pontoise offraient un potentiel de recherche et de formation à partir desquels le projet de recherche scientifique du CNC2RP devrait s’élaborer. Le site aurait pu également accueillir les formations à la restauration de l’Institut national du patrimoine. Ces implantations se seraient fait alors sur la base d’un projet universitaire en lien avec les formations de l’Université de Cergy-Pontoise et avec le potentiel offert par le CNC2RP (œuvres, ateliers de restauration, laboratoires de recherche).

Parallèlement à l’implantation du Centre, la CACP proposait également d’aménager un parc d’activités sur des terrains situés au Sud du site de Neuville, afin d’accueillir les entreprises fournisseurs et prestataires du Centre, ainsi qu’une cité des métiers d’art. L’implantation  du  CNC2RP  nécessitait bien évidemment  que  la  CACP  intervienne  en  tant  qu’aménageur  pour  apporter  les réseaux et équipements nécessaires. Le Centre devait ainsi s’intégrer dans un schéma global d’aménagement de Neuville revisité pour la cause.

En temps de crise, le secteur culturel paie malheureusement – plus que les autres ? – son écot. Pour le Val d’Oise, le tribut a été particulièrement lourd, avec la révision du grand projet d’installation des réserves des musées parisiens au début du quinquennat Hollande. Pour la ministre de l’époque, le projet « répondait au souci de protéger les réserves du Louvre, objectif auquel s’était greffé un projet beaucoup plus coûteux et plus long à mettre en place, porté par les élus, de centre de recherche et d’exposition ouvert au public ». Le gouvernement allait « répondre à l’urgence patrimoniale, mais l’idée d’un grand centre n’était pas financée et ne pourra pas l’être aujourd’hui », affirmait la ministre. Mais derrière la question des moyens, c’est toute une approche intégrée, avec de multiples strates et implications, qui disparaissait. Le Centre était de ces projets qui auraient pu rapprocher les élites culturelles des territoires péri-urbains dans un sens profond et durable, à travers la formation notamment.

C’est ce genre de grand projet qui, en essaimant sur des terrains à repérer, peut redonner un sens nouveau à la décentralisation. En lien avec une réflexion plus fondamentale sur la formation des élites administratives (par une grande école des services publics, incluant les conservateurs, les énarques, les administrateurs territoriaux, les directeurs d’hôpitaux, dans une approche transversale et avec un lien mieux pensé avec les territoires, pour une interpénétration plus forte à terme… ?), ils seraient une façon de penser « out of the box » sans détricoter les savoirs-faire locaux et sans priver de moyens des institutions qui sont aussi, à juste titre, des marqueurs nationaux.