Moins de 5000 élèves étudient l’arabe dans l’enseignement secondaire public

Le chiffre pourrait être rapporté aux 4,5 millions d’élèves suivant un enseignement en anglais, ou aux 1,7 million qui suivent un enseignement en espagnol. Avec l’allemand et l’italien, elles représentent environ 99 % de l’enseignement linguistique en collèges et lycées tandis que l’arabe ne représente que 0,1% du total selon l’inspection générale de l’éducation nationale.

Pourtant, nul besoin de statistiques mesurant la diversité pour observer que des millions de citoyens français sont des enfants de deuxième ou troisième génération de l’immigration des pays arabes, et qu’avec nombre d’étrangers vivant sur notre sol ils partagent un lien particulier avec les langues et les cultures orientales et arabes. Cette banale évidence est une richesse. Cette curiosité pour ses origines peut être un moteur, et elle peut stimuler l’activité économique et sociale entre les pays arabes et la France. C’est enfin une opportunité d’ouverture et d’enrichissement pour tous les Français.

Et pourtant, les chiffres montrent que cette chance n’est pas saisie. Aucune politique n’?uvre en ce sens : le nombre d’enseignants reste marginal, et de ce fait ? comme ils doivent se partager entre plusieurs établissements – les plages horaires consacrées à l’arabe sont peu étendues et très contraignantes.

Le résultat concret et direct de cette absence de politique publique est simple : l’arabe est très majoritairement enseigné dans les lieux de culte musulman. Le nombre d’élèves relevant du secondaire qui suivent ces cours est difficile à établir, mais il se situe entre 50 et 100.000 (l’association des arabisants les évalue à 60.000). Les cultes sont libres d’organiser des cours s’ils le souhaitent mais on conçoit aisément que la nature de l’enseignement à une culture et à une langue n’est pas le même dans un cadre confessionnel et dans un cadre laïc. Or, le choix n’est pas fait par les élèves eux-mêmes mais par les pouvoirs publics qui persistent à organiser une carence de l’arabe dans l’enseignement public, orientant de facto les jeunes qui souhaitent apprendre vers les lieux de culte.

Ils ‘agit là d’une hérésie républicaine. La laïcité n’est pas un concept abstrait qui survolerait au-dessus de nos institutions comme un vague esprit, elle est une méthode. Faute d’application concrète, elle reste un concept creux. Il faut que notre république tourne la page du déni qui trouve ses origines dans une forme de condescendance héritée du passé colonial, tout en se satisfaisant d’une prise en charge communautaire de cet enseignement. Il s’agit au contraire de regarder la réalité en face en assumant pleinement les liens historiques et sociaux qui existent entre la culture arabe et une partie de la communauté nationale. En clair, il est grand temps que l’arabe trouve ses lettres de noblesse dans l’école publique pour permettre à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent de pouvoir l’approfondir dans les conditions de neutralité et d’ouverture qui doivent être garantis dans les collèges et les lycées.

Certes, sous couvert de discrimination positive, la période est davantage à la promotion des élites au travers de filières spécifiques compatibles avec notre élitisme républicain. Malheur aux vaincus qui ne se retrouveront pas dans cette « scolarité choisie » d’en haut. Il est possible de voir les choses autrement, avec une politique s’adressant à priori à tous, en allant au devant de ce qui apparaît comme une discrimination sourde et massive.

Les Régions face au changement climatique

Pourtant, ce sont les décisions prises aujourd’hui en matière d’aménagement du territoire, d’infrastructures de transport ou de grands équipements qui vont peser durablement sur les émissions de gaz à effet. Soit ces mesures offriront un cadre facilitant la limitation des émissions, soit elles retarderont de plusieurs décennies la possibilité d’une réduction significative. Programmer en 2009 la construction d’autoroutes ou investir dans le ferroviaire, est un choix qui contraindra ou optimisera, pour les 50 prochaines années, nos capacités collectives de faire face à l’enjeu climatique.

Le déficit d’articulation de ces choix structurants entre les différentes échelles, du territoire national à la commune en passant par la région, handicape sérieusement cette mutation des logiques d’aménagement et d’équipement.
Par exemple, l’éclatement de la gestion des transports collectifs entre régions, départements et communes complique le développement de l’intermodalité, dont on sait pourtant qu’elle en renforce l’attractivité. La transformation de l’offre de transports serait bien plus facile si cette responsabilité était répartie entre, par exemple, les régions ? pour l’interurbain et les réseaux ruraux – et les intercommunalités ? pour les transports de proximité.

Des schémas non opposables

Dans le même ordre d’idée, les régions élaborent, conformément à leurs compétences, des schémas d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT), des schémas des infrastructures et des transports (SRIT), des schémas de développement économique (SRDE), des plans régionaux de qualité de l’air (PRQA), instruments qui pourraient, en fonction de leur contenu, contribuer à l’avènement d’une nouvelle dynamique territoriale plus soutenable. Mais ces politiques publiques perdent en efficacité car ces schémas ne sont, en général, pas opposables aux collectivités infra régionales. Il est, dès lors, difficile de concrétiser la mise en ?uvre des orientations énoncées.

Alors que s’engage une réforme nécessaire de l’organisation territoriale, il est impératif de promouvoir, en matière d’aménagement, une forme de hiérarchie entre les échelles territoriales pour accélérer la mutation nécessaire. Il est regrettable que le Grenelle de l’environnement ait occulté cette problématique. Le gouvernement a profité de la faible mobilisation des élus locaux sur le sujet pour rogner, par différentes mesures, l’autonomie des collectivités territoriales.

Le nouveau rôle du Préfêt

L’article 23 de la loi Grenelle II prévoit l’adoption sous l’autorité du Préfet de Région d’un nouvel instrument : le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie, dont on comprend qu’il pourrait être une forme d’officialisation du concept de plan climat. Cette proposition est préoccupante. On peut craindre, d’une part, que ce nouvel instrument empiète sur les dispositions des SRADDT et des SRIT, entre en compétition avec les PRQA ou en conflit avec les schémas éoliens dont certaines régions se sont dotées, mettant ainsi à mal les efforts de concertation et d’harmonisation des politiques publiques engagées par les régions. On doit redouter aussi une nouvelle complication puisque la loi ne précise nullement la hiérarchie qui devrait s’établir entre ce nouveau schéma et les actions qui seraient proposées par les collectivités du territoire concerné. La complication est d’autant plus à craindre que la même loi dans son article 26 impose à toutes les collectivités de plus de 50.000 habitants de se doter de Plan climat sans même évoquer la mise en cohérence de ces différents exercices sur un même territoire. Cet empilement de plan et de schéma

Si le gouvernement est aussi sérieux qu’il le prétend pour lutter contre le changement climatique, il est impératif que cette proposition soit singulièrement reformulée. Lors du Grenelle de l’environnement, l’Association des Régions de France avait timidement proposé que les régions soient « chef de file » pour l’élaboration des plans climat. Le débat parlementaire qui s’ouvre à l’automne doit permettre d’aller plus loin. Les régions devraient promouvoir l’idée d’un Plan régional énergie climat, obligatoire ET opposable. Ainsi les Plans Climat Energie Territoriaux qui seront adoptés par les collectivités infrarégionales, devront être élaborés en cohérence avec le plan régional préalablement arrêté. Il faudrait également que le Plan régional énergie climat, nécessairement construit en concertation avec les citoyens et les acteurs du territoire, soit adopté par la seule Assemblée régionale souveraine et responsable. Cette modification est indispensable à l’efficacité de la lutte contre le changement climatique. Elle est aussi nécessaire pour reprendre l’initiative sur la réforme de l’organisation territoriale, pour que cette réforme poursuive et améliore le processus de décentralisation et non l’affaiblisse, comme le fait aujourd’hui le gouvernement.

Redonner vie aux cours d’eau urbains

Enfouie sous du béton puis sous une autoroute urbaine à plusieurs
niveaux entre 1950 et 1976, la Cheonggyecheon n’a pu revoir la lumière
du jour qu’au début des années 2000, sous l’impulsion du maire de
Séoul entre 2002 et 2006, actuel président de la république coréenne,
M. Lee Myung-bak.

Selon la Wikipedia anglaise, la rivière est revenue à la vie en 2005. Outre l’amélioration de la qualité de vie sur les rives, la résurrection de ce petit torrent s’est accompagné d’une réintroduction de la nature en ville. Car les Coréens ne se sont pas contentés de mettre un cours d’eau encadré par des rives en béton. Il y a du béton, des chutes artificielles mais également beaucoup de verdures, de parcs…

La température moyenne des abords de la rivière aurait baissé de 3,6 °C, quant à la qualité de l’air, elle s’est grandement améliorée. Au rayon urbanisme, le projet a également permis de relayer 2 parties de la ville que l’évolution de la ville avait séparé.

Du côté des moins, le coût du projet, évidemment. Le budget aurait explosé par rapport aux prévisions, pour atteindre l’équivalent de 281 millions de dollars. Ã quoi il faut ajouter 1,2 milliard de dollars pour continuer les abords de la rivière. Le coût semble être une des principales critiques des associations environnementales coréennes, en plus de n’être qu’un projet symbolique. Dernière précision en forme de critique : une pompe est nécessaire pour alimenter la rivière de 120 000 tonnes d’eau par jour.

On fait la même chose pour la Bièvre ?

Il faut savoir que recouvrir tout espace libre de routes n’était pas la mode uniquement en Corée, si l’on en croit le plan Pompidou pour faire de Paris une ville digne du 20e siècle. Les Parisiens l’ont échappé belle.

Certes, la Bièvre n’a pas été victime du bétonnage des années ’60. Elle était déjà bien mal en point dans Paris intra-muros et il semble complexe, voire impossible, de la réhabiliter dans les rues de Paris. Néanmoins c’est un projet qui a été envisagé dans un rapport du l’IAU de 2003, intitulé Restauration et aménagement de la Bièvre dans Paris.

Extrait de l’introduction :

En banlieue, elle coule sous des dalles de béton, installées au cours de la première moitié du XXe siècle. À Paris, son lit lui-même a disparu presque partout entre la fin du XIXe et le début du XXe. Ses eaux ont été conduites dans le grand collecteur de la rive gauche, puis dans des déversoirs qui les rejettent en Seine avant même d’entrer dans Paris.

La renaissance de la Bièvre, de la source au confluent, est donc un projet d’envergure régionale, mettant en jeu de nombreux partenaires et posant des problèmes très contrastées : préservation à l’amont, réouverture en banlieue, restauration à Paris.

De son côté, la Ville de Paris a identifié trois sites possibles de réouverture sur son territoire et proposé un système hydraulique permettant d’utiliser une partie de l’eau de la Bièvre.

Des hurluberlus ont donc imaginé, au même moment en Île-de-France et à Séoul, redonner vie à un cours d’eau transformé en égout souterrain depuis plusieurs dizaines d’années. Cela s’est traduit de 2 manières différentes. En France, la Bièvre a été classée dans sa partie rurale ; en Corée du Sud, la Cheonggyecheon a revivifié un quartier entier de la capitale.

Plus largement, la préservation des cours d’eau et des zones humides, y compris en milieu urbain, doit être systématiquement envisagée dans les réflexions sur l’urbanisme en ce qu’elle permet une amélioration de la qualité de vie mais également une préservation de la biodiversité, un rapport plus direct des urbains avec la nature et, finalement, une beauté gratuite sans cesse renouvelée.


Article publié initialement sur le blog d’Adrien Saumier et légèrement remanié.

Emploi : l’illusion régressive

L’on sait pourtant que les délocalisations réelles ne représentent, selon l’Insee, que 13.500 emplois par an en France entre 1990 et 2001, à comparer par exemple centaines de milliers de créations nettes sur la période.

Pourtant, le nombre d’emplois industriels ne cesse de baisser en France : délocalisations, donc, mais aussi externalisations (transformation d’emplois classés dans l’industrie en emplois classés dans les services), restructurations internes (amélioration de la productivité ou pertes de parts de marché), faillites?Le commerce international n’y est pas pour rien, loin de là. Mais il n’est pas pour rien non plus dans la baisse des prix des biens de consommation, qui nous permet d’accéder à plus de services, donc de développer ce secteur. En achetant aujourd’hui trois chemises fabriquées en Asie au lieu d’une faite en France il y a 40 ans, on supprime un emploi industriel en France, mais on crée en même temps un emploi dans la distribution? et trois en Asie. Le raisonnement sera le même pour un appel dans un call-center marocain ou pour un lecteur de DVD à 50 ? au lieu d’un magnétoscope à 150 ?, qui laisse 100 ? disponibles pour les loisirs?

Du point de vue macroéconomique, nous bénéficions donc de la globalisation des marchés : nous avons plein de chemises à la mode que nous ne prenons plus la peine de repriser, nous travaillons globalement plus dans les services (souvent préférables à l’industrie), et nous contribuons à créer des emplois dans les pays émergents. Revers de la médaille, tout ça fait une belle jambe à la couturière française qui s’est fait licencier, que ce soit pour cause de délocalisation ou de faillite : ce sont des bassins d’emplois entiers qui sont aujourd’hui dans l’impasse. Qui plus est, la mondialisation des échanges est fortement génératrice de pollution, de gaspillage et d’effet de serre.

Elever des barrières protectionnistes n’aurait pas de sens : autour de la France, elles supposeraient la fin de l’idée européenne et à terme une économie dégradée ; autour de l’Europe, elles n’empêcheraient pas l’électroménager courant de faire des milliers de kilomètres en camion et ne feraient pas revenir l’industrie textile. Pourtant, continuer la fuite en avant sans se soucier des dégâts écologiques et sociaux n’aurait pas plus de sens.

Des pistes existent, comme l’encouragement à la responsabilité sociale des entreprises, afin, notamment, de concourir à faire respecter partout dans le monde un droit du travail minimal, comme la compensation de la baisse des charges salariales par une hausse de la TVA, qui s’applique aussi aux importations, comme la relance de la recherche ou la création de vrais pôles de compétitivité (donc, pas 67), ou encore comme une taxation du transport en soi, y compris destinée à anticiper la hausse inévitable du prix du pétrole. Des pistes à moyen/long terme, mais pas de solution miracle. Des pistes qui passeront plus par la création d’une vraie organisation mondiale du commerce que par la destruction de l’OMC. Pour la gauche, c’est certes un moindre confort intellectuel de ne plus avoir d’ennemi oppresseur à abattre pour tout résoudre, mais c’est aussi une vertu de l’écologie, que de ne pas confondre objectifs politiques et communication, et communication et démagogie?

Arnaud Baumgartner (*) est haut fonctionnaire.
(*) Pseudonyme