Mais qui veut la peau des biffins ?

CRISE SOCIALE

Les biffins sont ces récupérateurs d’objets usagés qui les remettent en valeur puis les revendent à bas prix sur l’espace public. Encore peu nombreux en 2008, ils sont aujourd’hui quelques centaines en Ile-de-France, principalement à Paris et dans la Petit-Couronne. Souvent associés à tort aux vendeurs à la sauvette, les biffins participent au développement des marchés informels dans le nord-est de Paris et dans les communes environnantes (Montreuil, Bagnolet, La Courneuve, Saint-Denis, les Lilas).

La multiplication de ces lieux de vente informels a pris d’avantage d’ampleur avec la crise sociale. Ils sont désormais plusieurs centaines à occuper quasi-quotidiennement les trottoirs de Belleville, de la porte de Montreuil ou de Montmartre. Et faute d’organisation publique, ces marchés de la misère peuvent parfois causer des troubles générateurs de tensions avec les riverains et commerçants des quartiers concernés.

Sans chercher à améliorer ni même à comprendre la situation, la première réponse de l’Etat fut le renforcement d’une présence policière dissuasive. Pourtant la répression a prouvé son inefficacité. En 2010, les 17 000 procès-verbaux dressés pour vente sur la voie publique sans autorisation n’ont fait que déplacer le problème et fragiliser plus encore ces vendeurs en situation d’extrême précarité. Les marchés informels se sont juste multipliés et éloignés de Paris, sans pour autant disparaître.

QUI SONT LES BIFFINS ?

La mobilisation de plusieurs associations – notamment Aurore, Coup de main et Emmaüs – a cependant permis d’alerter un certain nombre d’acteurs régionaux sur ce marché de la misère. Le Conseil régional d’Ile-de-France à l’initiative du groupe des élu/es EE LV a ainsi décidé de financer une étude visant à mieux connaître cette population et à faire émerger des préconisations pour une meilleure intégration et reconnaissance sociale des biffins.

De cette étude est apparue une grande diversité de situation parmi les personnes concernées. Même si la quasi-totalité de ces vendeurs vivent sous le seuil de pauvreté, ils ne sont pas pour autant en marge du système d’aide mais souffrent plutôt de ses insuffisances.

Parmi les récupérateurs-vendeurs, on retrouve des hommes et des femmes, de tout âge, des retraités touchant le minimum vieillesse, des salariés précaires, des chômeurs longue durée, ainsi que des personnes se retrouvant dans une situation juridique de non-droit (sans-papiers, demandeurs d’asile).

Pratiquant une activité commerciale aujourd’hui illicite, les biffins souffrent d’un manque de reconnaissance sociale. Pourtant, loin de vouloir être assistés, les récupérateur-vendeurs – qui génèrent des revenus d’appoint en recyclant des déchets – ont un fort désir d’autonomie. C’est ce qui les a conduit à développer des micro-activités « marchandes » sans aucun support légal ni reconnaissance sociale. Les modalités de cette économie parallèle restent encore inconnues, aussi bien en termes de produits, de flux financiers, d’organisation spatiale de l’activité et de solidarité économique générée.

Cette activité témoigne dans tous les cas de la grande précarité à laquelle fait face une partie de la population, tant du côté des acheteurs que des vendeurs. Car les marchés se forment là où la clientèle existe.

UN PANEL DE RÉPONSES SOCIALES

La réponse à apporter à cette situation doit évidemment être sociale. Elle doit apporter des solutions aux difficultés que rencontrent les individus concernées, sans chercher à cacher ni déplacer le problème. C’est pourquoi les collectivités locales et les associations se sont retrouvées autour des propositions suivantes : organiser des marchés solidaires de la récupération et aider ceux qui se forgent de vraies compétences dans cet univers du recyclage à sortir de la biffe et à les développer.

Inspirés par le Carré des biffins ouvert en septembre 2009 porte de Montmartre dans le 18e arrondissement parisien, le Conseil régional d’Ile-de-France et la Mairie de Paris se sont résolues à créer une déchetterie-ressourcerie à la Porte de Montreuil, afin de faire entrer les biffins dans des logiques d’insertion professionnelle. Un tel espace de vente pour objets récupérées a également vu le jour à Toulouse. Géré par une structure associative et contrôlé par les placiers municipaux, ce « marché de la débrouille » est destiné à la vente d’objets usagers, issus de la récupération et transformés par les vendeurs.

De façon générale, il ne s’agit pas de faire de la recyclerie-ressourcerie la solution unique à la problématique des biffins dont les profils sont extrêmement variés. Elle apparaît cependant comme une réponse intéressante, offrant à la fois la possibilité d’une insertion professionnelle pour ceux qui le souhaitent, et la possibilité pour des retraités de compter sur cette activité pour leur apporter un complément de revenu.

La création de la recyclerie Porte de Montreuil, en lien avec l’association Emmaüs – Coup de Main est en tout cas une bonne illustration de ce que nous croyons être une solution. Elle comprend un volet insertion en faveur du public des récupérateurs vendeurs, avec une trentaine de poste d’encadrant en contrat à durée déterminée d’insertion à pourvoir.

La recyclerie fonctionne sur trois lieux différents permettant de collecter des objets dont des particuliers souhaitent se débarrasser, de les réparer, valoriser et stocker avant de les revendre localement. Cette structure permet ainsi de sécuriser les biffins, d’améliorer leurs revenus et conditions de vie et de travail, de réguler le commerce et d’améliorer le lien social dans le quartier. Le tout avec des actions de sensibilisation aux enjeux environnementaux qui font partie intégrante des missions d’une recyclerie.

La présence croissance de biffins sur l’espace public n’est donc pas une fatalité, alors même que leur activité économique représente un intérêt économique, sociale et environnementale pour notre société. Il convient donc pour les pouvoirs publics et les associations de développer durablement les projets concrets qui offrent une deuxième vie à la fois aux biffins et aux objets qu’ils revendent.