Novo Ideo reconnu par l’Observatoire français des think tanks

Novo Ideo est un think tank issu de l’écologie politique, lancé en 2009. Financé par la cotisation de ses adhérents et par une subvention du ministère de l’Écologie et du Développement durable, il compte actuellement près de 150 membres, tous bénévoles, dont une trentaine de contributeurs permanents. Nous avons rencontré son président, Jean-Marc Pasquet, élu Europe Écologie Les Verts (EELV) du 11e arrondissement de Paris, vice-Président de la commission des finances du Conseil régional et directeur financier en collectivité territoriale. Au sein de Novo Ideo, il promeut une écologie politique incarnée dans des projets réalistes. Portrait d’une structure qui sait mettre en avant son identité, et s’affirme progressivement dans l’univers français des think tanks.

Un positionnement atypique dans la sphère des think tanks : entrer par le local

La particularité de Novo Ideo tient tout d’abord à ce point : influencer les politiques publiques territoriales. Quand nombre de think tanks ambitionnent de peser sur la politique nationale ou internationale et sont en quête de solutions « macro », Novo Ideo entre dans le débat d’idées par la (prétendue) petite porte du local. Ce parti-pris marque aussi une rupture, selon J.-M. Pasquet, avec « la pensée écologique classique, qui se positionne sur des aspects méta ou macro ; c’est une pensée systémique. On veut sortir des termes méta-globaux, qu’on utilise quand on passe deux minutes à la télévision. La ‘transition écologique’, par exemple? ». L’approche territoriale permet de mieux incarner l’écologie : « Passer par des exemples, sans tomber dans l’anecdotique, le marginal, c’est la vocation de Novo Ideo. Et j’ai le sentiment qu’on a trouvé notre place. » Novo Ideo part du local et « tricote des solutions » sur la base des ressources disponibles dans les territoires. La pluridisciplinarité des thématiques abordées est surprenante : géopolitique, débat sur l’égalité hommes-femmes, montée de l’extrême droite? Toutes sont revisitées au prisme du local.

Ainsi, les contributions de Novo Ideo discutent les grandes idées en passant par les expérimentations concrètes du territoire : la problématique de l’extrême droite est abordée via la politique d’un maire écologiste luttant contre le FN dans une petite circonscription d’Hénin-Baumont ; la défense de l’idée originale du « prêt à taux zéro » est argumentée sur la base d’une expérience menée en Picardie? J.-M. Pasquet insiste cependant sur un point : l’objectif n’est pas d’identifier de fameuses « bonnes pratiques » à dupliquer par la suite, automatiquement, sur d’autres territoires. Il s’agit, au contraire, de partir des potentialités locales pour fabriquer des projets sur-mesure. Novo Ideo défend finalement une forme de politiques publiques très territorialisées : « Ce qu’on cherche, ce ne sont pas les ‘best practices’, c’est sortir du souhaitable pour aller vers le possible. La sortie du nucléaire, dans la pensée ‘écolo’, doit être confrontée à la possibilité des acteurs, des entreprises, des opérateurs de l’énergie, des collectivités? ». C’est la logique du sur-mesure qui doit servir d’exemple.

« L’esprit écolo » face au pragmatisme

J.-M. Pasquet défend une approche réaliste et pragmatique de l’écologie politique : « Le défi d’EELV, c’est de dépasser cette contestation des années 70, de garder le meilleur mais d’éviter le pire, c’est-à-dire le dogme. Il faut reconstruire de l’idéologie, pas du dogme. C’est aussi une obligation de performance, un terme qui fait encore un peu peur dans la culture ‘écolo' ». Mieux vaut alors préférer les alliances stratégiques à la « planification » imposée : « Je ne sais pas si ce qu’on met derrière le terme ‘planification écologique’ répond véritablement au changement? La difficulté des écolos, c’est l’addition des contraintes? Il vaut mieux se fixer un objectif, et si un acteur vous aide à le faire parce que c’est son intérêt, après tout? ». S’en tenir à la dénonciation et au refus apparaît contre-productif car « la bataille est perdue tout de suite. Il faut ouvrir un contre-feu sur la rationalité économique et l’emploi. »

Le président de Novo Ideo prend l’exemple d’une controverse sur le développement de Gonesse pour illustrer cette philosophie pragmatique : le projet « Europa City », qui prévoit la construction d’un complexe commercial et de loisirs de 80 hectares sur le territoire de Gonesse, fait l’objet de ses critiques. Il met en doute l’équilibre économique du projet comme sa capacité à dynamiser réellement le territoire en termes d’emploi et d’attractivité. Mais le discours ne s’arrête pas à la « critique écolo de la famille Auchan » : il comprend un véritable plan B, soucieux lui aussi du développement économique du territoire. La contribution de Novo Ideo articule de fait un projet agricole (l’usage des ces terres fertiles au portes de Paris pour encourager un circuit agro-alimentaire court, du producteur au consommateur) à un projet porteur d’emplois (la réhabilitation de l’ancien hôpital de Gonesse en pôle de formation des métiers sanitaires et sociaux). Tout débat d’idées doit aboutir à une proposition concrète, même succincte, c’est la règle du jeu qui structure les contributions mises en ligne sur le site du think tank. Novo Ideo tente ainsi une ambitieuse synthèse, selon le mot du président : « On se veut des pragmatiques? réformateurs? radicaux ! ».

Bousculer la « sociologie des penseurs »

Le think tank, qui assume ses positions, a pris ses distances avec l’institution EELV. Si, à l’origine, Novo Ideo a été fondé par un groupe de militants issus des Verts, la diversité des contributeurs est aujourd’hui manifeste et voulue, et les encartés peu nombreux. Novo Ideo souhaite avant tout relayer les idées des « des patriciens locaux », donner voix aux administrateurs territoriaux, qui constituent une grande partie de son réseau. J.-M. Pasquet dit en souriant : « on peut accepter un ou deux énarques, mais? ». On comprend que l’objectif est bien de rompre avec la pensée technocratique des hautes sphères du pouvoir et ces quelques-uns pour qui « la décentralisation n’a pas eu lieu ».

Autre avantage, mis en lumière par le think tank : donner la parole à des non-militants permet de s’affranchir des courants et des rapports de pouvoir qui structurent les commissions de travail d’un parti politique, EELV n’échappant pas à la règle. La diversité de plumes affaiblit « la pensée oligarchique du parti, générée par une certaine sociologie des militants. Ouvriers, employés et jeunes ont presque disparu, mais la fonction publique et les retraités y sont surreprésentés. La production d’idées issue de cette sociologie ne peut être qu’en décalage avec notre temps. (?) Ã Novo Ideo, on essaie plutôt de capter la pensée de ces cadres intermédiaires de l’écologie que peuvent être des élus locaux, des administratifs, etc. » Les contributeurs sont aussi recrutés parmi des professionnels un peu en marge du milieu intellectuel « classique » (à savoir, selon J.-M. Pasquet, « les universitaires et les associatifs ») : on trouve, dans l’équipe rédactionnelle, des urbanistes, des paysagistes, des orthophonistes ou encore des journalistes qui s’expriment régulièrement. Une ouverture que l’on comprend d’autant mieux au regard du parcours de J.-M. Pasquet, qui rappelle volontiers qu’il vient d’une faculté de province et qu’il est devenu haut-fonctionnaire par la troisième voix du concours.

Novo Ideo revendique un objectif d’influence des politiques publiques large et trans-partisan. Selon son président, les idées commencent au moins à faire leur chemin dans le programme d’EELV, bien que ce soit « de l’ordre du non-dit ». On retiendra surtout cette envie de faire bouger les lignes dans le débat d’experts : déplacer la focale du national vers le local, bousculer la machine à fabriquer des connaissances en renouvelant les points de vue, et participer au « changement d’échelles » dans la réflexion et dans l’action. Comme beaucoup de nouveaux think tanks, Novo Ideo aime les défis.