Parle à mes discriminations, mon égalité est malade.

Abandonnons un instant notre motif de satisfaction réelle, celle de mon Groupe en l’occurrence, pour revenir à l’annonce même de cette Agence. Celle qui a été faite par notre communiqué de presse notamment et ne venez-pas dire ensuite que les politiques, c’est que des langues de bois et des pourris « gna gna gna » ou que « Bouuh » c’est dégueulasse de tirer contre son camp.

Pause.

Eh bien, notre com’ « oublie » juste la cause que les Bourdieu, les Baudelot, les Establet nous ont appris, démontré et illustré qu’elle était ESSENTIELLE comme facteur d’inégalité dans notre pays. Celle des origines sociales.

Si vous préférez le terme « discrimination », vous pouvez traduire par le fait que vos droits à l’enseignement supérieur par exemple sont justes x moins importants dans la réalité si vous êtes issu d’un milieu ouvrier que de cadres. Cet écart tend même à s’accroître. Ainsi, le « rapport de chances » en 1996 – génération d’enfants entrés en sixième en 1989 – des enfants d’enseignants étaient 8,9 fois plus souvent bacheliers que les enfants d’ouvriers non-qualifiés. En 2002, c’est 14 fois plus. Vis-à-vis des enfants d’inactifs, le rapport est passé de 15 à 25 fois ! Et la situation devient de plus en plus catastrophique depuis 6 ans.

Idem sur l’espérance de vie, indicateur ô combien synthétique de l’inégalité issue des origines sociales : 7 ans d’écart en moyenne entre un ouvrier et un cadre. Un écart un des plus important d’Europe. Bien entendu, la cause géographique (habiter dans un « quartier » ou en péri-urbanité paupérisée?) est aussi doublement plombante et nul besoin de tomber dans un excès inverse. S’ajoutent d’autres dimensions effectivement citées dans le communiqué, impactantes dans certaines circonstances.

« Mais, on peut être Homo, Cadre, Juif ou Musulman et ne subir aucune défaillance de trajectoire alors que naître de parents ouvriers, c’est carrément galère, enfin, bon, pas si on est sociologue chez Morandini.com.»

C’est même une réalité à ce point lourde statistiquement que l’occulter fait remonter à la surface le surmoi du subconscient, non de son auteur (pardon Mickaël, je t’apporterai promis des chocolats pour me faire pardonner de cet exercice révisionniste) mais simplement de l’état d’un certain air du temps.

Façon « Marianne », doit-on y voir le reflet du positionnement à dominante « sociétale » de la gauche à force de renoncer de faire du social? Façon Claude Guéant, peut-on en conclure que c’est bien fait pour ses fainéasses et qu’on va nettoyer tout cela à coups de référendums. Façon responsable, en faisant gaffe de croiser quand même les faisceaux qui pérennisent les discriminations et jouent contre l’égalité réelle.

Ou peut être que cela s’est fait juste par réflexe.

Qu’aujourd’hui, on enfile les causes de la discrimination selon les forces en présence, celles qui occupent le terrain, et qu’il est clair que les masses populaires ont déserté les partis. Tant pis.

Voilà, c’est juste pas méchant, c’est juste qu’on y pense plus. Comme l’autre jour, un pote à moi qui me disait qu’ à Janson de Sailly, c’est pas qu’ils n’aiment pas les ouvriers, c’est qu’ils n’en voient plus mais qu’ en revanche, il y a encore plein de la petite bourgeoisie peu friquée.

Peut-être parce que la sociologie des médias, des politiques est à ce point marquée du seau de la culpabilité de cette petite bourgeoisie blanche (généralement un peu plus friquée que celle du paragraphe au-dessus) qu’on en arrive à effacer la visibilité de ce qui broie le plus les destins, qu’on l’évoque plus du tout à la télé, dans les journaux…les communiqués de presse.