Pierre Pasquet

Pierre, 89 ans, tourneur-ajusteur à la retraite

A la veille d’échéances présidentielles et législatives qui s’annoncent historiques, Novo Ideo prend le pouls du pays. A travers sa série des « Chroniques en France », notre think tank part dans tout l’hexagone recueillir les attentes fondamentales de concitoyen/nes. Entre difficultés quotidiennes et ressorts pour l’avenir : qu’espèrent aujourd’hui les Français de leurs politiques publiques ? Quelles sont leurs « doléances », comme on le demande à chaque grande étape de refondation de la Nation ? Novo Ideo a posé quatre questions à des citoyen/nes de toutes conditions. Ce sont eux qui répondent en formulant les changements nécessaires.

  1. Qu’est ce qui est le plus difficile ou pénible dans votre métier ou votre vie aujourd’hui ? (conditions de travail quotidiennes ou conditions de vie…)
  2. Si vous aviez un candidat à la présidentielle en face de vous, et que vous aviez la possibilité de lui demander de réaliser un seul changement, ce serait lequel ?
  3. Si vous aviez également la possibilité de lui demander de ne pas (trop) toucher quelque chose qui a une importance pour vous, pour aujourd’hui ou pour demain, ce serait quoi ?
  4. Enfin, l’élément le plus important que vous prendrez le plus en considération avant d’aller voter ?

MA BIO

Pierre, 89 ans, Talence (Gironde)

Tourneur-ajusteur à la retraite depuis 1987

Pierre est bon élève. Sur les conseils de son instituteur, il poursuit sa scolarité au-delà du certificat d’études de fin du primaire. Il entre au collège technique et s’arme d’un Certificat d’Aptitudes Professionnelles (CAP) puis d’un brevet industriel. Il quitte sa campagne en Dordogne pour être avalé par la ville et, de longues années après la guerre, par la « bataille de la production ». Des semaines de 50 heures. En 1947, à sa majorité, chez un mécanicien général. Les mains dans le cambouis toute la journée. Puis, dans un atelier de tournage et de fraisage. « Il y avait du travail à ce moment là ». Il se rappelle du montant de sa feuille de paie au centime près, des prénoms de ses collègues. Une première tentative avortée pour entrer chez un avionneur en 1953. Bon élément, il est invité à rester chez son employeur. Le patronat fiche les ouvriers et organise la mobilité de la main d’oeuvre pour les besoins de la production. Et son immobilité également. Pendant 14 ans. Avant d’intégrer Dassault, « à l’époque du père », le fondateur de génie. Juif et déporté, celui-ci est libéré par les réseaux communistes avec lesquels il gardera un pacte d’honneur. Dont une pratique du paternalisme patronal généreuse en avantages sociaux. Jusqu’à son licenciement, à 59 ans, Pierre restera fidèle à Dassault. Un plan social âprement négocié lui permet de boucler son parcours sans ruptures. Et de couler des jours heureux avec sa femme Josette, ancienne employée de commerce, et leurs deux enfants. Promis à des études courtes par certains de leurs enseignants, l’un deviendra professeur agrégé, l’autre, haut fonctionnaire…

Temps de travail : Retraité

Revenu : 1800 euros nets mensuels

Pierre et son épouse Josette89 et 81 ans, retraité/es

Portrait, photo et enregistrement : Jean-Marc Pasquet

Sur une idée de Jean-Marc Pasquet avec Benjamin Bibas