Pour en finir avec la diplomatie du nucléaire

«?Il est vital de bâtir des programmes nucléaires civils pour assurer notre indépendance énergétique et nous procurer une énergie qui n’émet pas de gaz à effets de serre?»(http://www.livemint.com/2010/12/04162742/Sarkozy-backs-India8217s-pe.html) a déclaré Nicolas Sarkozy lors de sa visite en Inde, alors même que se tenait à Cancun la conférence sur le climat.

Représentant de commerce patenté d’Areva, notre Président de la République tente donc d’exporter à l’étranger nos EPR, emballés dans une rhétorique bien connue en France : pourquoi développer des énergies alternatives aux énergies fossiles puisque nous disposons du nucléaire ?

Oublions Tchernobyl et Bhopal, oublions les surcoûts et les retards des deux projets d’EPR en France et en Finlande, oublions le toit du bâtiment annexe de la centrale de Flamanville effondré sous le poids de la neige (http://www.lejdd.fr/Ecologie/Energie/Actualite/Flamanville-Un-toit-s-effondre-a-la-centrale-nucleaire-238481/ http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/le-gouvernement-veut-la-mort-du-photovoltaique/). Oublions la faille sismique sur laquelle les centrales indiennes doivent être implantées, les risques d’attentats, les populations qui vont perdre leurs terres au nom du sacro-saint développement. Oublions les mesures de sécurité, les risques de fuites radioactives, le traitement des déchets. Oublions le Traité de non prolifération nucléaire, non ratifié par l’Inde, ce qui devrait, conformément aux engagements signés par la France empêcher toute collaboration dans le domaine du nucléaire civil.

Irrationalité comptable et mise en danger

4% de l’énergie produite en Inde aujourd’hui est d’origine nucléaire. Un plan de développement du nucléaire en Inde prévoit de passer à 60 000 megawatts d’ici à 2020, soit presque autant que la France aujourd’hui (62 000 megawatts). Quels qu’en soient les coûts, la lourdeur des infrastructures, et les risques pour la population et l’environnement.

Une étude menée par le Dr S.P. Udayakumar ( Emergency Unpreparedness at Koodankulan, Dr. S.P. Udaykumar, People’s Movement Against Nuclear Energy, National Alliance of Anti-nuclear Movements) sur le site de la centrale nucléaire de Kalpakkam montre que seulement 12% de la population possède une connaissance minimale des risques induits par une exposition aux radiations, et 5% seulement sait quelles mesures appliquer en cas d’accident nucléaire. Les responsables des villages eux-mêmes sont peu au fait des précautions à prendre, tandis que les plans de secours semblent quasi inexistants de l’aveu même des autorités.

Contrairement aux idées reçues sur les retombées économiques d’un tel chantier, l’étude montre que seulement 8% de la population locale est employée par la centrale, que de nombreuses promesses de travail en échange de la vente des terres n’ont pas été tenues, mais que le prix des denrées de base a fortement augmenté. Un résultat pas très brillant au regard des 7 milliards d’argent public investi dans la centrale.

Le projet EPR en Inde

Aujourd’hui, les deux projets d’EPR en construction, en France et en Finlande, présentent des retards importants. Non seulement ils s’avèrent beaucoup plus coûteux que prévu, mais ils présentent des risques encore plus élevés que le nucléaire civil «?classique?».

Le réseau Sortir du nucléaire
( Dix bonnes raisons de refuser l’EPR -Réseau Sortir du nucléaire
http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=sinformer&sousmenu=themas&soussousmenu=epr2&page=1
) avance ainsi dix bonnes raisons de refuser l’EPR, notamment parce que cette technologie présente «?des risques d’accidents majeurs : fusion du c?ur (par exemple, par perte du liquide de refroidissement du circuit primaire), destruction de l’enceinte de confinement (par explosion de l’hydrogène produit lors de l’accident).?»

Pourtant Areva a signé un accord préliminaire avec l’Inde pour un montant de 7 milliards d’euros. Les deux réacteurs EPR devraient être installés à Jaitapur, dans l’Etat du Maharashtra, zone classée à risques pour sa forte activité sismique. Des études de la Société d’Histoire naturelle de Bombay montrent que le projet aura des conséquences irréversibles pour l’environnement, et Greenpeace Inde dénonce son implantation. Les habitant-es multiplient les actions non violentes pour protester contre cette installation.

Avant que le contrat soit finalisé, il faudra un accord commercial supplémentaire. Et surtout, il faudra qu’Areva accepte de jouer le jeu de la législation indienne, qui, l’été dernier, s’est dotée d’une loi, la Civil Liability for the Nuclear Damages Bill, qui estime qu’en cas d’accident nucléaire le constructeur de la centrale peut être tenu financièrement responsable.

Nicolas Sarkozy a publiquement déclaré qu’il allait évoquer cette question avec le Premier ministre indien. Areva, et ses assureurs, ne cachent pas leurs inquiétudes devant ce cadre juridique qui reste peu restrictif, mais qui de fait engagerait la responsabilité de constructeur tout-au-long de la durée de fonctionnement de la centrale. Au lieu de se soucier de la sûreté pour les populations, le Président de la République française a donc été plaider la cause d’Areva et fait pression pour modifier la loi indienne. L’industrie nucléaire ne saurait rêver plus ardent lobbyiste.

Climat : Nicolas Sarkozy n’a décidément rien compris

Un rapport OXFAM-Réseau Action pour le Climat
(http://www.oxfamfrance.org/Quai-des-brumes-suivi-des,930) montre que la France, malgré ses promesses, n’a réellement dégagé que 18% des fonds promis à Copenhague pour accompagner l’adaptation au changement climatique des pays en voie de développement. Au-delà du greenwashing du nucléaire, Nicolas Sarkozy et son gouvernement continuent à tenir un double discours. Au lieu de prôner le nucléaire, il est plus que temps d’envisager des solutions durables et de bâtir une coopération qui ne soit pas basée sur les ventes de centrales ou d’armement. Car la visite de Nicolas Sarkozy s’est accompagnée aussi de négociations pour l’achat de Rafales et de missiles, ainsi que le développement conjoint d’un avion de combat. Bel effort de la République française en faveur d’un règlement pacifique du conflit entre l’Inde et le Pakistan, autre grand acheteur d’armement.