Présidentielle : retromarketing et déni du réel

On peut commencer à tirer quelques éléments de réflexion. Pour résumer, cette campagne fut plus référendaire que politique, au sens où elle s’est centrée presque exclusivement sur le thème «?pour ou contre Sarkozy?». Nous avons assisté à l’affrontement, anachronique, entre un libéral-dirigisme, qui produit de plus en plus d’exclusion, et une sociale démocratie qui n’a plus les moyens de ses ambitions. La campagne a reposé sur le déni et la nostalgie. Quel que soit le vainqueur le 6 mai, cette campagne ne lui donnera pas une majorité d’adhésion, une majorité d’ambition.

Pourtant cette élection s’est déroulée sur fond de crise économique, environnementale, culturelle et sociale. Une crise rendue plus aiguë encore par deux ruptures essentielles : celle de la finance et de l’endettement généralisé qui s’est propagée aux Etat ; celle de l’énergie marquée par la catastrophe nucléaire de Fukushima. Or, force est de constater que la campagne n’a pas permis de poser les trois grands débats essentiels pour l’avenir.

TROIS CONFRONTATIONS ESSENTIELLES

Ces trois confrontations essentielles concernent l’approfondissement politique de l’Europe, seule façon de sortir par le haut de la crise financière ; les moyens d’inverser la spirale dépressive par une croissance centrée sur le qualitatif et reposant sur une logique de coopération et d’accompagnement?; et, enfin, les conditions d’une politique novatrice de l’énergie reposant sur la réduction de la dépense énergétique et le développement d’une filière industrielle d’énergie non fossiles.

Mais ce déni est aussi celui des classes populaires, des personnes qui se sentent mises sur le côté, de celles et ceux qui vivent dans La France périphérique décrite par Christophe Guilluy (Fractures Françaises, Bourin Edition). Ces catégories populaires sont celles qui subissent de plein fouet la crise actuelle et qui paradoxalement sont les moins soutenus par l’Etat Providence. L’étude de la Cour des comptes, publiée par Le Monde du 13 avril 2012, montre ainsi que les sommes en faveur de l’éducation investies par l’Etat vont en priorité dans les zones qui en ont le moins besoin.

L’écart en termes d’investissement est de 50% entre Paris et les régions éloignées.

Ce déni du réel explique sans doute pour partie le succès de certains candidats et candidates dont la posture essentielle se résume à récuser la réalité, à faire comme si la mondialisation n’avait pas bouleversé le monde et les rapports sociaux, à «?oublier?» les contraintes économiques et budgétaires, à inventer un âge d’or mythique, à laisser croire que tout peut changer d’un coup de baguette magique ou par la magie du verbe…

En sciences du management, on parle de retro marketing à propos des démarches fondées sur la valorisation de marques ou de produits anciens porteurs du doux sentiment que le temps s’est arrêté?