Programmes nucléaires à la dérive

DES PREVISIONS SOUS EVALUEES

Le réacteur nucléaire EPR, est un réacteur à eau sous pression, actuellement en construction (depuis 2007) à Flamanville (Manche) qui sera d’une puissance de 1 650 MW. L’estimation initiale de son coût en 2005 était de 3,3 milliards d’euros. En 2011, EDF annonçait un EPR à 6,6 Mds ?. Le 3 décembre dernier EDF a indiqué un surcoût de 2 Mds ? dû à « l’évolution du design de la chaudière, les études d’ingénierie supplémentaires, l’intégration des nouvelles exigences réglementaires, ainsi que les enseignements Post-Fukushima ». Le coût total de ce réacteur nucléaire de troisième génération est en 2012 de 8,5 Mds ?. EDF assure cependant, que le démarrage de la production d’électricité de ce réacteur se fera bien en 2016, soit avec 4 ans de retard. Selon la Cour des Comptes (Rapport janvier 2012)], les EPR de série pourraient coûter 5 Mds ? ; soit 1,7 Mds ? de plus que le budget initialement prévu pour la tête de série, ce chiffre devrait sans nul doute évoluer, lui aussi à la hausse.

Le programme de Simulation des essais nucléaires, auparavant nommé PALEN (pour Préparation à la limitation des essais nucléaires) a été lancé en 1995. Son objectif est de reproduire le fonctionnement d’une arme, étape par étape (pyrotechnique, nucléaire, puis thermonucléaire). Son but est triple : assurer la sûreté, la fiabilité et la crédibilité de l’arsenal nucléaire, donc sa continuité. Il comprend :

Le [supercalculateur Tera 100 mis en place en 2010.
Une nouvelle machine radiographique, qui est en cours d’installation sur le site de Valduc (le site de Moronvilliers va en effet fermer, mettant un terme aux premières expériences réalisées sur la machine radiographique AIRIX) dans le cadre du programme Epure (en coopération avec les britanniques).
Le laser mégajoule (LMJ), situé au Barp, près de Bordeaux va « permettre de reproduire à très petite échelle les phénomènes thermonucléaires caractéristiques du fonctionnement d’une arme nucléaire ». Originellement, il devait comporter 240 faisceaux laser, mais celui-ci a été ramené à 176 pour faire des économies. Son entrée en fonction en 2010 a été repoussée à 2014.

En 1999, un rapport parlementaire indique un montant de 2,8 Mds ?, puis un coût global de 5 Mds ? en 2002 pour atteindre 6,6 Mds ? en 2009. Aujourd’hui « le coût du programme de simulation est évalué à 7 Mds ?, dont 3,25 Mds ? pour le LMJ », selon un dernier rapport parlementaire du Sénat. Heureusement, « les programmes en matière d’armement nucléaire sont toujours respectueux des calendriers, des délais et des coûts », selon les mêmes parlementaires !

Interrogation : Nulle question de savoir si ces deux grands programmes nucléaires, l’un civil et l’autre militaire, sont utiles pour la France, sa souveraineté énergétique et sa défense. C’est un autre débat. Mais savoir combien coûtera précisément ces programmes (avec une très faible marge d’erreur) dès le départ, est une obligation pour les finances publiques.

Force est de constater qu’il y a donc un très fort dérapage budgétaire dans ces deux programmes, que nul autre type de projet ne pourrait être en mesure d’accepter et de supporter. Certes, dans le cadre de l’EPR, de nouvelles mesures de sécurité sont en partie en cause dans ce nouveau chiffrage, mais cela n’explique pas tout : 5,2 Mds ? en plus, en 7 ans?

Alors d’ou viennent ces dérapages ? Est-il possible que ces entreprises de renommée internationale (EDF, Areva, .. ) et grandes institutions étatiques (CEA, MinDef, ?), qui dirigent ces projets soient incompétentes, au point de ne pas évaluer correctement ces projets ? Ã priori non. Alors, est-il possible d’émettre l’hypothèse que ces projets soient sciemment sous évalués, dans le but de les faire adopter ?.?

Retrouvez les chroniques « Défense » de Jean-Marie Collin sur son blog.