Que penser des « Zones de Sécurité Prioritaires » ?

Si nous ne pouvons pas nous réjouir de figurer dans ce classement ciblant des territoires marqués par des « actes de délinquance ou d’incivilités structurellement enracinés », nous ne pouvons que saluer cette décision ministérielle.

Conformément aux engagements du Président de la République, il s’agit de réaffirmer le retour de l’État garant de la sécurité. Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont récemment annoncé vouloir stopper l’hémorragie dans les effectifs de police orchestrée par la RGPP. La suppression de quelques 12 000 postes sous le précédent quinquennat a également touché la circonscription de police d’Amiens. Ainsi, une vingtaine de fonctionnaires du service de sécurité et de proximité n’ont pas été remplacés, ce qui équivaut peu ou prou à six à sept patrouilles par jour qui ont disparu de notre ville, alors même que les Amiénois souhaitent une présence quotidienne et « normalisée » de la police dans les quartiers.

LA METHODE VALLS

C’est pourquoi nous attendions de pied ferme l’annonce d’un renforcement des effectifs de police, notamment par la fidélisation d’une compagnie départementale d’intervention rodée aux violences urbaines. La mise en place d’une zone de sécurité prioritaire à Amiens nord ne se traduira pas par des renforts immédiats.

Au-delà d’une présence policière renforcée à moyen terme, il s’agit d’instaurer dès septembre des méthodes de travail pragmatiques, évaluables, partenariales, et c’est tant mieux ! La sécurité n’est pas qu’une affaire de police, c’est avant tout la mobilisation des différentes autorités. Depuis quatre ans, je me démène avec mes collaborateurs pour reconstruire une action publique exigeante et réaliste en matière de prévention de la délinquance et de sécurité : retour d’une police municipale de proximité, professionnalisation de la municipale, doublement des effectifs dans les postes de quartier, refonte du partenariat avec la police et les autres institutions, diffusion d’un guide de la sécurité, recrutement d’agents locaux de médiation sociale? Pourtant, je n’arrive plus à décompter les bâtons mis dans les roues et autres parasitages. Nous ne pouvons pas laisser nos concitoyens être des victimes collatérales des incompatibilités d’humeur des uns ou des a priori politiciens des autres. Je salue la méthode Valls, conceptualisée par Alain Bauer : « on quitte la théologie pour le pragmatisme ».

Dès lundi, je serai aux côtés des autorités préfectorales et judiciaires pour affiner le périmètre de la ZPS d’Amiens Nord, les trois objectifs prioritaires de notre action et les indicateurs de résultats, indispensables à l’évaluation préalable à la généralisation du dispositif sur le territoire.

Une circulaire signée le 30 juillet 2012 (Circulaire du 30 juillet 2012 instaurant les zones prioritaires de sécurité à télécharger CI CONTRE : circulaire-ZSP) par Manuel Valls précise aux préfets et aux directeurs de la police nationale et de la gendarmerie la nouvelle méthode de travail à adopter dans les 24 premières villes concernées par les ZSP.

Si un volet répressif est bien entendu très développé, une sorte de volet préventif semble proposé. Je note qu’il n’est pas évoqué le concept de dissuasion ; le texte évoque « l’occupation de la voie publique »? A côté d’une cellule de coordination opérationnelle des forces de sécurité intérieure, est créée une cellule de coordination opérationnelle du partenariat, distincte des instances préexistantes du CLSPD/CISPD ? que j’anime actuellement. Le préfet reprend la main en définissant le périmètre de la cellule, mais surtout, en pilotant, via cette nouvelle structure restreinte, le traitement des situations individuelles et la mise en ?uvre des « ressources complémentaires, notamment les polices municipales ».

Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance pourrait être mobilisé pour soutenir la prévention de la récidive et le « suivi individualisé des mineurs prédélinquants ». Il s’agit d’une bonne nouvelle puisque les crédits du FIPD étaient jusqu’alors mobilisés à plus de 60% pour abonder l’installation de vidéosurveillance, avec l’efficacité toute relative qu’on connaît en matière de prévention de la délinquance? J’avoue par contre ne pas trop saisir qui sont les « mineurs prédélinquants ».

LE RETOUR DE L’ETAT

Sur le volet des effectifs, le dispositif devra reposer dans un premier temps sur « la mobilisation et la coordination des ressources existantes ». Il est prévu que les créations de poste au sein du ministère de l’Intérieur irriguent en priorité les quinze zones retenues. Il faudra être attentifs à ce que ce soient bien des fonctionnaires titulaires et pas des adjoints de sécurité, mais encore, que les moins expérimentés ne continuent pas à être affectés sur des postes « difficiles » où personne ne veut aller (comme dans l’Éducation nationale?).

Au-delà, la création des zones de sécurité prioritaires doit reposer la question de l’inégale répartition des effectifs de police dans notre pays ? avec ses zonages obsolètes police/gendarmerie, ou encore la concentration de la Préfecture de police de Paris. Si l’esprit de la circulaire marque le retour de l’État dans le pilotage d’instances partenariales de prévention de la délinquance, gageons que le principe ? constitutionnellement reconnu ? de libre-administration des collectivités (par la définition de missions pour les agents de police municipale) ne soit pas contrarié. Nous devons enfin être particulièrement vigilants pour que la gouvernance locale de la sécurité ne soit pas découragée.

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